Table des matières
Bibliographie
- Edmond de GINOUX, Ethnologue en polynésie française dans les années 1840 de Frédéric de la GRANDVILLE – Édition L’Harmattan.
- La Polynésie française sous le règne de Louis Philippe (1836-1846) de Edmond de GINOUX – Édition critique – Préface, annotations et restitution du texte par Frédéric de La Grandville – Édition L’Harmattan.
- Un article de Tahiti-Infos rédigé par Raymond PARDON le 4 septembre 2019.
- Cannes, de Ginoux de la Coche à 2020. Poursuivre une collection océanienne figée dans le temps ? de Théano JAILLET Dans le Journal de la Société des Océanistes 2021/1 (n° 152), pages 35 à 48.
- Si Tahiti m’était contée – Ginoux, journaliste et voyageur en Polynésie au XIXème siècle – Musée des explorations du monde de Cannes.
- Dessiner au bout du monde : le regard d’Adèle de DOMBASLE, aventurière et illustratrice au XIXème siècle – Musée des explorations du monde de Cannes.
Nouveau livre de Frédéric de La Grandville - décembre 2025
Au musée des Explorations du Monde à Cannes (06) vous pouvez découvrir les collections d'objets d'Edmond de GINOUX de LACOCHE
Une exposition SI TAHITI M’ÉTAIT CONTÉE s’est déroulée du 9 juillet au 13 novembre 2022.
Ginoux, journaliste et voyageur en Polynésie au XIXe siècle
La Polynésie est à l’honneur au Musée des explorations du monde grâce à la collection qu’Edmond de Ginoux de La Coche a rapportée du Pacifique dans les années 1840. L’exposition propose de se familiariser avec la personnalité et le parcours atypique de Ginoux, à une époque charnière pour cette région du monde. Elle invite également à découvrir les petites histoires cachées derrière les objets tahitiens et marquisiens, témoins des relations privilégiées entretenues par Ginoux avec les Polynésiens. Les dessins d’Adèle de Dombasle, compagne de Ginoux lors de son second périple en Océanie et en Amérique, viennent compléter ce carnet de voyage.
Deux ouvrages édités par le musée :
L'enfance d'Edmond
Edmond de GINOUX est né le 29 juin 1811 à Annecy (voir son acte de naissance). Son père, Hippolyte GINOUX, fonctionnaire de l’Enregistrement et des Domaines (Direction du Ministère des finances) est en poste (provisoire) à Annecy. Puis, il est nommé, une nouvelle fois, à Grenoble en 1812.
En 1816, sa mère Maria Grazia BEJUY de LACOCHE hérite de propriétés de son père dans le Var, probablement à Solliès Pont où vivait sa grand-mère paternelle et peut-être au Beausset où ses frères et soeurs sont nés. Elle emmène ses enfants avec elle. Le père Hippolyte César poursuit sa carrière à Grenoble.
Il est nommé à Toulon en 1820. Les enfants sont alors au collège de Toulon.
En 1823, Hippolyte est déjà sur un autre poste. Afin que ses fils suivent les meilleures études possible, il les place au Collège de Forcalquier (Alpes de Haute Provence) dirigé par des jésuites, un des meilleurs collège de France à l’époque.
en 1825, Hippolyte est nommé à Vesoul. Edmond poursuivra ses études au collège de Vesoul.
En 1828, Hippolyte est de retour à Grenoble. Edmond va poursuivre ses études au lycée de Grenoble. Il a donc 18 ans.
Edmond et son service militaire
Edmond essuyant un échec au concours de l’Ecole navale, il a du mal à trouver sa voie. En 1830, il demande à intégrer l’armée. Il est militaire à Briançon de 1830 à 1832. Puis, au grand désarroi de l’officier qui le commande, il demande à partir comme militaire en Algérie de 1833 à 1835. Il est démobilisé après une épidémie de choléra à laquelle il échappe. Source : « Edmond de GINOUX, Ethnologue en polynésie française dans les années 1840 » de Frédéric de la GRANDVILLE, L’Harmattan
En 1842, Edmond écrit un article sur l’état du soldat en France dans l’Almanach populaire de la France (extrait de l’ouvrage numérisé par Google pour la bibliothèque nationale des Pays Bas).
Edmond le journaliste
Il se retrouve à Bayonne en 1835 où il entre dans le journalisme. il est rédacteur en chef de La Sentinelle des Pyrénées, un journal républicain. Les procureurs du Roi Louis Philippe traque les journaux de l’opposition.
Vers 1838, Edmond se rend à Arras où il va travailler pour le Progrès d’Arras, un autre journal républicain. Là encore, le journal est harcelé par la justice.
En 1839, Edmond est à Paris. Il travaille pour le journal républicain le National. Ce journal est très virulent sur la politique de Louis Philippe. Il se séparera du journal en 1843 pour rejoindre l’Océanie.
Edmond Templier et franc-maçon
Catholique et homme de lettres, il s’illustre dans les milieux ésotériques du XIXe siècle par un engagement marqué à la fois dans la franc-maçonnerie et dans le mouvement néo-templier qui prétendait restaurer l’Ordre du Temple (dans le contexte historique).
Engagement templier
Le 21 février 1840, Edmond de Ginoux est reçu chevalier de l’Ordre du Temple à Arras par le Légat magistral de cette organisation. Ce courant templier issu de la lignée de Fabré-Palaprat mêlait aspirations chevaleresques, symbolisme chrétien et inspiration maçonnique. Quelques jours plus tard, le 26 février 1840, il est ordonné prêtre et docteur de la Loi dans la sainte Église du Christ, l’église néo-templière fondée en parallèle de l’Ordre.
En juillet 1857, il fut l’un des chevaliers choisis pour porter les insignes de la grande maîtrise au roi Georges V de Hanovre, dans le cadre d’une tentative du mouvement templier de reconnaître un Grand Maître légitime issu de la haute aristocratie européenne.
Engagement maçonnique
Parallèlement à ses activités templières, Edmond de Ginoux est membre de la loge maçonnique L’Espérance, probablement située à Arras. Cette loge était affiliée à la loge du Mont Sinaï, une obédience parisienne active dans les milieux spiritualistes. Il y portait le titre de Rose-Croix (R∴C∴), un grade supérieur de la franc-maçonnerie symbolique.
Héritage
Edmond de Ginoux incarne une figure typique de ces intellectuels du XIXe siècle engagés dans les réseaux ésotériques et spirituels, au croisement de la chevalerie restaurée, de la franc-maçonnerie mystique et d’un catholicisme rénové. Son parcours illustre les liens subtils entre engagement maçonnique et tentatives de reconstitution de l’Ordre du Temple dans une époque avide de rites, de traditions et de sens historique.
Edmond le voyageur
Premier voyage jusqu'à Tahiti en 1843
Edmond sollicite une mission scientifique en Océanie auprès du Ministre des Affaires étrangères de l’époque. Un rapport au Roi propose d’accorder un passage gratuit à Edmond pour faire des études de géologie, de zoologie et de botanique. Il embarque à Toulon à bord de la frégate l’Uranie avec le nouveau gouverneur de l’Océanie française, Armand Joseph BRUAT et sa jeune épouse. Après une escale aux îles Marquises le 16 septembre 1843, le gouverneur s’installe à Papeete sur l’île de Tahiti. Il confie à Edmond de GINOUX la création du premier journal de l’Océanie française et le nomme procureur du Roi au tribunal civil et au conseil d’appel.
Editorial écrit de la main d'Edmond pour le premier numéro de l'Océanie française
Le journal de l’Océanie française déroule des rubriques variées, chaque semaine :
- les mouvements des navires dans la rade de Tahiti
- les comptes rendus des combats (la bataille de Mahahena 1844), échauffourées, révoltes, etc.
- des sujets ayant traits avec les moeurs, coutumes, traditions des îles de l’Océanie
- un article sur la pomme de terre
- des feuilletons comme Lysistrata d’Aristophane, l’épisode de la guerre du Péloponèse
- les noms des chefs des différents districts de Tahiti et Moorea
- différentes annonces comme les produits fraîchement arrivés dans les différents magasins de Tahiti.
- les observations météorologiques
- …
Nomination d'Edmond au poste de procureur du roi
Les observations d'Edmond de GINOUX
Durant son séjour, Edmond observe les « naturels » (les natifs des îles) de plusieurs districts et constitue le début d’une collection d’objets océaniens conservés encore aujourd’hui au musée municipal de La Castre, devenu le musée des Explorations du Monde à Cannes (Alpes Maritimes).
Les Nouvelles annales des voyages, de la géographie et de l’histoire publient en 1844 des lettres d’Edmond de GINOUX consacrées aux femmes de Tahiti et des îles Marquises (de la page 356 à la page 374).
La Gazette nationale du 22 mars 1845 publie un article sur la flore tahitienne.
La Mosaïque du 1er janvier 1883 publiera « l’éventail de la grande prêtresse« .
La Presse Littéraire du 21 août 1853 publiera « Le collier d’Anao ».
Extrait de la lettre du Ministre de la Marine et des Colonies reprochant le contenu de certains articles du journal l'Océanie Française
Le Ministre de la Marine et des Colonies, le Baron Ange René Armand de Mackau, ayant pris ombrage du journal l’Océanie Française suite à la plainte d’un officier anglais, demande au gouverneur l’arrêt de sa parution. Edmond décide alors de rentrer en France via Valparaiso le 22 septembre 1845.
Des écrits d’Edmond de GINOUX durant cette période sont restitués par Frédéric de La Grandville dans le livre « La Polynésie française sous le règne de Louis-Philippe (1836-1846) L’Harmattan 2016. Ces écrits étaient annoncés dans la presse dès 1846, voir ci-dessous.
Voir la page de ce site La Polynésie française afin de lire des textes d’Edmond de GINOUX.
Second voyage accompagné par Adèle de DOMBASLE à Tahiti en 1847 et autres péripéties
Devant la qualité du rapport sur Tahiti et les Marquises livré par Edmond, François GUIZOT alors Ministre des Affaires étrangères lui confie une nouvelle mission :
- « Je vous charge donc, Monsieur, de vous transporter successivement dans chacun des groupes d’îles de l’Océan Pacifique où existent des missions, soit catholiques, soit protestantes, et d’examiner la situation de ces établissements. Vous observerez de même, avec soin, tous les faits qui se rattachent au commerce et à la navigation. Je n’ai pas besoin de vous avertir que cette mission n’a aucun caractère politique et doit se borner à un travail d’exploration scientifique. »
Extrait de la lettre du 12 juin 1847 signée GUIZOT du dossier Ginoux conservé aux archives diplomatiques.
Le voyage à bord du voilier "Le Gange"- 27 septembre 1847 au 10 janvier 1848
Il embarque le 27 septembre 1847 à Bordeaux sur « le Gange », le même navire qu’Adèle de DOMBASLE, aïeule de Arielle DOMBASLE actrice, chanteuse, réalisatrice, scénariste et meneuse de revue franco-américaine.
Leur voyage à bord du Gange est raconté par un autre passager, émigrant au Chili, qui évoque la présence d’Edmond de GINOUX.
Valparaiso (Chili) - 10 janvier au 28 juillet 1848
Ils débarquent à Valparaiso (Chili) le 10 janvier 1848, port de destination du navire « le Gange ». Là, en mai, Ils apprennent la révolution de février à Paris. En attendant un autre bateau pour se rendre à Tahiti, Edmond se rend à Santiago du Chili. Adèle ne semble pas accompagner Edmond au cours de cette brève incursion dans le pays. (voir la vie d’Adèle DOMBASLE).
Voyage à bord du voilier de commerce chilien Le Niévez-Martinez - du 28 juillet au 28 août 1848
Nuku Hiva (îles Marquises) - 28 août au 5 septembre 1848
Partis de Valparaiso le 28 juillet 1848 sur le brick de commerce le Nievez-Martinez, Adèle de DOMBASLE et Edmond de GINOUX débarquent aux îles Marquises le 28 août, dans le port de l’île de Nuku Hiva. Dans un article paru en 1851 dans la revue La Politique Nouvelle, Adèle DOMBASLE décrit une promenade à Nuku Hiva en août 1848. Un manuscrit conservé dans les archives familiales intitulé « Les Îles Marquises » est transcrit dans le livre « Un voyage romantique dans le Grand Océan – (1847-1850) présenté, restitué et annoté par Frédéric de La Grandville – L’Harmattan. Le manuscrit débute par l’histoire des îles Marquises vue par ses découvreurs et colonisateurs. Ensuite, il évoque la navigation dans cet archipel, décrit chacune des îles, ses habitants et leurs moeurs, leurs croyances…
Papeete (Tahiti) - 10 septembre au 5 octobre 1848
Voyage à bord du voilier de commerce chilien Le Niévez-Martinez - du 5 octobre au 1er décembre 1848
Escale à l'île de Chiloé (Chili) - du 15 au 25 novembre 1848
Navire de commerce chilien, le Niévez-Martinez fait escale sur l’île de Chiloé afin de charger une cargaison de bois destinée à Valparaiso. Edmond en profite pour accomplir la mission confiée par François Guizot. Il rédigera un rapport sur ce qu’il a vu et étudié sur l’île avec les points suivants :
- Topographie et histoire de l’île de Chiloé
- La rade d’Ancud
- La Punta Arena
- Rencontre avec des français
- Aspects de la ville d’Ancud
- Médecin français à Ancud
- Démographie d’Ancud
- Considérations sur la République chilienne
- Population de Chiloé
- Habitat et alimentation à Chiloé
- Aspects sociaux à Chiloé
- Cimmerce
En si peu de temps, la qualité du rapport dont sa masse d’informations est sidérant. Le Ministre des Affaires Étrangères, François GUIZOT avait été impressionné par son premier rapport de 1846 sur Tahiti et les Marquises. On comprend le Ministre d’avoir choisi Edmond pour une longue mission dans le monde. On peut lire ce rapport dans le troisième livre de Frédéric de La Grandville, « Un voyage romantique dans le Grand-Océan (1847-1859) » (page 168 à 209).
Valparaiso - 1er décembre 1848 à juin 1849
Depuis Valparaiso où il s’installe, il abreuve Paris, ministères et presse, de courriers dénonçant Lavaud, demandant que son honneur soit lavé par une sanction envers le gouverneur rancunier. Mais, comme il en est coutumier, Edmond ne reste pas inactif :
- avec Adèle de DOMBASLE, il fait une excursion jusqu’à Quillota dans la vallée de Aconcagua à ,une soixantaine de kilomètres de Valparaiso.
- sans Adèle mais avec des amis, il effectue un long voyage à cheval jusqu’en Auricanie. (lire le paragraphe ci-dessous et l’article de M. Sédillot dans la revue de la Société de Géographie de Paris)
C’est à Valparaiso qu’il reçoit le 25 mai 1849 une copie de l’ordre ministériel qui le rappelle en France. Adèle et Edmond se décident de quitter Valparaiso pour Lima au Pérou.
Voyage en Auricanie - 16 février au 13 mars 1849
Sa soif de découverte va lui faire visiter l’Araucanie, région du Chili peuplée des Mapuches, peuple autochtone, farouche résistant aux envahisseurs (incas, espagnols…). À partir de Santiago (capitale du Chili), il se joint à un jeune cacique qui après avoir rencontré le président de la République du Chili retourne dans son pays. Le voyage se fait à cheval. Il quitte Santiago le 16 février 1849, arrive à Valdivia le 13 mars. Il est de retour à Valparaiso aux alentours du 20 mars 1849. Lire le récit « Le Chili et les Araucans » de M. SÉDILLOT de la Société de Géographie de Paris tiré d’un article écrit par Edmond de GINOUX dans la revue « La Politique Nouvelle ».
Un résumé de l’article d’Edmond peut être lu dans le troisième livre de Frédéric de La Grandville, « Un voyage romantique dans le Grand-Océan (1847-1859) » (page 228 à 234).
Lima (Pérou) - juin 1849 au 13 janvier 1850
Du séjour à Lima, il nous reste des notes manuscrites rédigées par Edmond et transcrites dans le troisième livre de Frédéric de La Grandville, « Un voyage romantique dans le Grand-Océan (1847-1859) » (page 277 à 288) :
- Une visite à la cathédrale de Lima en 1849
- Sources littéraires, Garcilaso de la VÉGA
- Histoire des Incas
- Avant Propos, origine du mot Pérou
- Hiérarchie sociale, Manco Capac
- La justice
- Les temples incas
- suite de l’histoire des incas
- Technique des métaux chez les Incas
A Lima, il est mêlé à la constitution d’une Société franco-péruvienne des mines d’or de la province de Carabaya (Pérou) à la recherche d’investisseurs français, avec le marquis de Villiers de l’Isle-Adam, écrivain et Alcide d’Orbiny, éminent naturaliste (source BEROSE, encyclopédie internationale des histoires de l’anthropologie : Une vie de recherche tient-elle dans un appartement ? L’inventaire après décès d’Alcide d’Orbigny ; auteur Pascal Riviale). Extrait ci-après de l’article de Pascal RIVIALE (2019) :
D’après les manuscrits d’Adèle de DOMBASLE conservés par la famille, le couple s’est rendu à Cusco et au lac Titicaca. Entre les deux se trouve la Province de Carabaya et ses plages et mines d’or à l’origine de la création de la société Edmond de GINOUX et Compagnie en 1854 (Lire plus bas).
Voyage de Lima à Guayaquil en steamer - du 13 au 21 janvier 1850
À cette époque, le voyage de Lima (en partant du port de Callao) à Guayaquil s’effectuait principalement par voie maritime le long de l’océan Pacifique, une transition importante voyant l’essor de la navigation à vapeur. La liaison était assurée par les navires de la Pacific Steam Navigation Company (PSNC), une compagnie britannique qui avait étendu ses routes postales et commerciales vers le nord (Pérou et Équateur) dès 1846. Des voiliers traditionnels (brics ou goélettes) restaient aussi utilisés, mais le vapeur s’imposait pour la régularité. Le paquebot faisait des arrêts intermédiaires dans les ports de la côte pacifique pour ravitailler et débarquer du courrier ou des passagers, notamment à Paita (au nord du Pérou). Le voyage de quelques centaines de kilomètres prenait généralement plusieurs jours (souvent 4 à 7 jours selon l’état de la mer et les escales). Adèle et Edmond sont probablement restés une petite semaine à Guayaquil dans l’attente du même navire déchargeant et chargeant de nouvelles marchandises et voyageurs. Edmond a eu le temps d’interroger un vieil indien et se procurer une pierre en jaspe.
Voyage de Guayaquil à Panama - 29 janvier au 8 février 1850
Le voyage en bateau de Guayaquil (Équateur) à Panama durait environ une à deux semaines le long de l’océan Pacifique. Cette liaison maritime servait de route clé, stimulée par la ruée vers l’or en Californie, bien avant l’ouverture du canal ou la fin de la construction du train transisthmique.
La traversée de l'isthme de Panama - 8 au 11 février 1850
- Départ de Panama : Le voyage commençait à la ville de Panama sur la côte pacifique, en empruntant le sentier pavé de pierres coloniales s’enfonçant dans la forêt tropicale.
- Le passage terrestre : Une marche difficile de 15 à 20 kilomètres à travers la jungle humide et boueuse, souvent rythmée par les convois de mules transportant des marchandises et des voyageurs.
- L’embarquement à Venta de Cruces : Le terminus terrestre du sentier situé sur les rives du fleuve Chagres, où les voyageurs prenaient des bateaux ou des pirogues locales.
- La descente du fleuve : Une navigation fluviale de plusieurs heures sur le rio Chagres jusqu’à l’embouchure ou les forts des Caraïbes (comme le secteur de Chagres et le château de San Lorenzo), permettant de rejoindre la mer des Caraïbes.
- Déclin de la route : Contrairement aux siècles précédents ( XVIe-XVIIIe siècles) où transitaient les immenses richesses de l’Empire espagnol, le chemin des Croix connaissait un usage plus restreint, supplanté en grande partie par le trafic direct autour du port de Portobelo.
- Climat et dangers : L’humidité constante, les moussons tropicales rendant les pavés glissants, les insectes et les fièvres tropicales rendaient l’expérience particulièrement épuisante et périlleuse.
- Sécurité : Les patrouilles coloniales se faisaient plus rares, mais la forêt abritait une faune exubérante et des communautés de parias ou marrons isolés.
La traversée de l’isthme par le chemin des Croix prenait généralement entre 2 et 4 jours au total. La durée exacte dépendait principalement de la saison et du sens du voyage. Pour nos deux voyageurs dans le sens Panama-Chagres et à la saison sèche, le voyage a duré 3 jours au maximum. Le détail du trajet :
- Partie terrestre (Panama ↔ Venta de Cruces) : 1 jour de marche intensive ou à dos de mule (environ 15 à 20 km dans la jungle).
- Partie fluviale (Venta de Cruces ↔ Embouchure du Río Chagres) : 1 à 2 jours maximum en pirogue grâce au courant.
Chemin suivi par Adèle et Edmond – en vert la parti pédestre, en bleu la partie en pirogue
Voyage de Chagres à New-York - 11 février au 10 avril 1850
Le voyage maritime entre Chagres (un village fortifié situé sur la côte atlantique de la Colombie, aujourd’hui le Panama) et New York représentait une route commerciale et migratoire cruciale. Ce trajet constituait la seconde moitié de la célèbre « route de Panama » empruntée par des milliers de chercheurs d’or (les Forty-Niners) qui revenaient de Californie.
En 1850, la transition technologique battait son plein : bien que des voiliers (bricks et goélettes) effectuaient encore le trajet, les bateaux à vapeur à roues à aubes de la United States Mail Steamship Company (USMSSCo.) dominaient largement la ligne. Les principaux navires en service sur cet axe en 1850 incluaient :
- Le SS Georgia (entré en service en janvier 1850)
- Le SS Ohio
- Le SS Falcon
- Le SS Cherokee
Ces bateaux transportaient non seulement des passagers, mais aussi d’importantes cargaisons de lingots et de poussière d’or en provenance de Californie, sous contrat avec le gouvernement américain pour le transport du courrier (U.S. Mail). Un voyage en navire à vapeur de Chagres à New York prenait généralement entre 8 et 12 jours, selon les conditions météorologiques et les escales. Les navires s’arrêtaient fréquemment à La Havane (Cuba), Kingston (Jamaïque) pour charger du charbon, ou à La Nouvelle-Orléans.
Les navires étaient souvent surchargés au-delà de leur capacité théorique en raison de l’afflux massif de voyageurs. Les conditions sanitaires en cabine de troisième classe (steerage) y étaient particulièrement rudes, et la promiscuité favorisait la propagation de maladies tropicales contractées lors de la traversée de l’isthme (comme le paludisme ou la fièvre jaune).
L’année 1850 marque le début de la fin pour le port de Chagres. C’est précisément cette année-là que débutent les travaux de construction du Panama Railway (le chemin de fer transisthmique). Les ingénieurs américains fondent alors la ville d’Aspinwall (aujourd’hui Colón) à quelques kilomètres de là pour servir de nouveau terminus atlantique doté de meilleures installations portuaires, provoquant le déclin progressif de Chagres dès les années suivantes.
Adèle et Edmond effectuent ce voyage en 2 mois, semble-t-il, après une escale à la Jamaïque où Edmond attrape la fièvre et un séjour à La Havane où Edmond obtient un prêt auprès d’un notaire français en villégiature.
New-York (USA) - 10 avril à juillet 1850
Résidence
Adèle et Edmond se retrouvent à New-York en résidence à l’hôtel Pélerin n°9 White Hall. Tenu par Hilaire Pélerin (qui gérait égalementBowling Green Hotel au 10 Broadway), cet établissement servait de point de chute et de quartier général pour les immigrés, exilés et travailleurs francophones à Manhattan. Le numéro 9 de la rue Whitehall se situait à la pointe sud de Manhattan (Lower Manhattan), un secteur alors extrêmement bouillonnant, à deux pas des quais, des stations de bateaux à vapeur pour Staten Island et de la Battery. C’était la porte d’entrée majeure pour les voyageurs et les marchandises arrivant par le port de New York.
Des excursions
- Adèle et Edmond visitent les chutes du Niagara en mai juin 1850.
- Ils rendent visite au Président des États Unis , le Général Zachari Taylor à Washington.
Voyage New-York Le Havre - juillet 1850
Sauf découverte très récente de manuscrits prouvant qu’il a obtenu un passage de faveur sur un navire à vapeur américain, Edmond de Ginoux et sa précieuse cargaison ont très probablement embarqué à New York en juin 1850 sur l’un des voiliers réguliers de la Havre Old Line (comme le Sully ou le Silvie de Grasse) ou de la Whitlock Line (comme l’Argo), arrivant au Havre au cœur de l’été avant de rejoindre Paris où il s’est installé.
Le retour d'Edmond en France
Edmond à Paris (1850-1857)
Edmond se retire à Paris en juillet 1850. Il habite 6, cité Gaillard dans le deuxième arrondissement de Paris. Cité Gaillard était une voie privée, fermée par une grille à ses extrémités. Aujourd’hui, cette voie est dénommée rue Paul Escudier, située entre les rues Blanche et Henner dans le 9ème arrondissement. Gaillard était un entrepreneur de maçonnerie créateur du lotissement. Le nom est un exemple classique d’attribution de voie à un propriétaire ou promoteur local, pratique courante dans les lotissements du XIXᵉ siècle.
Il est encore très actif et donne son avis en septembre 1851 sur la transportation aux îles Marquises peu avant le coup d’état du prince-président BONAPARTE.
Ses publications
Il publie, toujours en 1851, un article intitulé Les rencontres avec les présidents des Républiques américaines dans lequel il décrit ses rencontres et ses observations sur les présidents de plusieurs Républiques américaines, notamment en Amérique du Sud et aux États-Unis.
Principaux points
- Chili – Ginoux rencontre le président Manuel Bulnes, décrit comme simple et accessible, sans faste ni escorte.
- Bolivie – Il évoque l’instabilité politique (Ballivian, Velasco, Belzu) et les difficultés économiques dues à l’absence de ports. Les présidents restent néanmoins facilement abordables.
- Pérou – Ginoux admire le président Ramon Castilla pour sa probité et sa simplicité ; son successeur Echenique est aussi estimé.
- Autres Républiques sud-américaines (Équateur, Nouvelle-Grenade, Venezuela) – Les présidents y vivent également simplement, sans luxe excessif.
- États-Unis – Ginoux visite le président Zachary Taylor à la Maison-Blanche. Il est frappé par l’extrême simplicité de l’accueil : aucune garde, peu de formalités, un président affable et chaleureux. Ginoux décrit Taylor comme un homme simple, honnête, plus proche d’un riche fermier que d’un chef d’État européen.
Thème principal
Ginoux souligne à chaque étape la simplicité, l’accessibilité et l’absence de faste des présidents républicains américains, contrastant fortement avec les pratiques monarchiques européennes.
Résumé proposé par ChatGPT
En 1853, le journal La Presse Littéraire publie le 21 août un texte d’Edmond : le collier d’Anao, un objet de sa collection qui lui rappelle la jeune Anao.
Création de de la Société Edmond de GINOUX et COMPAGNIE - 3 juin 1854
Le 24 août 1852 est créé un premier contrat entre Philibert Hector de VARAIGNE, ancien chargé de l’émigration de Buenos Aires, demeurant Paris et Alcide d’Orbigny comme fondé de pouvoir de la Compagnie péruvienne, la Grande Société Nationale dont le directeur est Rufino MACEDO et le docteur Francisco ARTAJONA propriétaire des mines d’or de la province de Carabaya (les mêmes péruviens que ci-dessous). La société est créée à partir de 200 000 F d’actions. Son capital est de 3 760 000 F ou 50 000 £ en action de 25 F ou 1 £ et peut se monter à 5 000 000 F ou 250 000 £. Il existe un comité anglais. Sur les 150 000 actions, 120 000 sont destinées au fonds de roulement et 30 000 sont considérées comme apport des concessionnaires. 30% des bénéfices sont destinés aux frais de fonctionnement, les 70% restant servent à rémunérer les actions.
Cette société n’a probablement pas pu exister faute de la vente d’un nombre suffisant d’actions et M. d’OBIGNY, deux ans après s’est adressé à Edmond de GINOUX afin d’en constituer une nouvelle, cette fois à partir de 500 000 F d’actions (200 000 F pour la précédente société) et avec un capital inférieur de 2 000 000 F ( 3 760 000 F dans la première version). On y voit la patte d’Edmond de GINOUX plus exigeant que son prédécesseur Hector de VARAIGNE. Cette nouvelle société a-t-elle pu se constituer ? On peut en douter.
Extrait du journal des tribunaux, Le Droit du 12 juin 1854
Étude de Maître CORRARD, notaire à Boulogne.
- M. Edmond de GINOUX, propriétaire demeurant à Paris, cité Gaillard, 6
- M. Guillaume-Henri GRANIER, propriétaire, demeurant à Paris, rue d’Aumale, 3
- et M. Alcide d’ORBIGNY, docteur ès-sciences, chevalier de la Légion d’Honneur et de plusieurs ordres étrangers, professeur administrateur au muséum d’Histoire naturelle, demeurant à Paris, rue Saint-Victor, 7
M. d’ORBIGNY ayant agi :
- comme mandataire de M. le général Don Rufino MACEDO, député à l’Assemblée nationale du Pérou, aux termes d’une procuration authentique, dans laquelle procuration M. le général Rufino Macedo a agi tant en son nom que comme représentant de la compagnie des mines et plages d’or du rio Guariquari et de la province de Carabaya,
- et comme substitue aux termes d’un acte énoncé en celui dont il est fait extrait, par M. le général don Andrès Santa-Cruz, grand maréchal du Pérou et de la Bolivie, ministre plénipotentiaire à Paris, y demeurant, rue d’Angoulême St Honoré, 40, dans les pouvoirs donnés à ce dernier par M. le docteur don Pablo-Artajona, avocat des Cours supérieures de la république du Pérou, suivant procuration authentique,
Ont établi une société pour l’exploitation des sables et terrains aurifères de la province de Carabaya, au Pérou.
Le but de la société est l’exploitation :
- de la concession accordée en toute propriété les 4, 11 et 18 août 1850 à la grande Société nationale péruvienne, de quinze plages de la rivière Huarihuari, dans la province de Carabaya où l’on peut détourner le cours de la rivière pour recueillir l’or qui se trouve dans son lit.
- des terrains aurifères d’Aporoma, de Moncerrate et du rio Pulipuli, situés non loin de la rivière de Huarihuari dans la même province, et qui sont cédés à la dite société pour 50 ans, avec tous les moyens actuels d’exploitation, magasins, ateliers, fermes, etc.
- des concessions de Remolino, de Ipanacota, Choutabamba, Epinguin, Cuchilla, Chuyo-Mayo, Capac-Mayo, et de toute la province de SanJuan del Oro.
A cet effet, il est formé une société en commandite qui pourra être, par la suite, convertie en société anonyme sous le titre ; Edmond de GINOUX et Compagnie, compagnie des mines d’or de la province de Carabaya, au Pérou.
Cette société qui sera collective à l’égard de M. Edmond de GINOUX, sera en commandite à l’égard des mandants de M. d’ORBIGNY et de tous ceux qui adhèrent à l’acte social dont-il est fait extrait.
Le siège de la société est à Paris, cité Gaillard, 6. Et la raison sociale est Edmond de GINOUX et Compagnie.
La durée de la société est de 99 ans à compter du jour de sa constitution définitive qui aura lieu après la souscription de 500 000 francs d’actions, laquelle somme sera versée au banquier de la société et il en sera fait par le gérant une déclaration appuyée d’une attestation du banquier, par acte en suite de celui dont il est fait extrait.
Le capital social est fixé à la somme de 2 000 000 de francs ou 80 000 livres sterling divisé en action au porteur de 25 francs ou 1 livre sterling. Toutefois, il pourra être créé un certain nombre d’actions de 100 francs ou 4 livres sterling, de 125 francs ou 5 livres sterling, de 1000 francs ou 40 livres sterling. Le capital souscrit est destiné à subvenir aux frais d’organisation de ladite société, aux frais du transport et du paiement du personnel, à l’achat du matériel et à toutes les dépenses successives d’exploitation, etc.
M. Edmond de GINOUX est gérant de la société et possède seul la signature sociale. Par suite de l’engagement pris par M. de GINOUX de se rendre lui-même dans la province de Carabaya, M. GRANIER susnommé le remplacera à Paris en qualité de co-gérant.
Edmond de GINOUX à Nice et sa villa musée (1857-1866)
Habitant Paris, il achète le 30 mai 1857 à Eugène BELMONDO, par l’intermédiaire d’un mandataire, l’avocat Pierre Octave JARAUT, une propriété rurale sur la route de Nice (Piémont) au pont du Var, à la pointe du Carras composée de jardins, de plantations d’arbres (orangers, oliviers…), de terres arables et d’une maison dans laquelle il stocke et entreprend de faire l’inventaire des objets ethniques collectés lors de ses deux voyages. (Voir histoire de la propriété niçoise d’Edmond de GINOUX).
Il transforme la maison, où il vit seul, en véritable musée (500 objets de collection) confirmé par l’extrait ci-dessous du Guide aux Stations d’Hiver du Littoral Méditerranéen Hyères, Cannes, Nice, Menton, Monaco du Docteur LUBENSKI – Charles CAUVIN Editeur, Nice – 1865 (numérisé par GOOGLE Books).
C’est dans cette maison qu’il rédige ses « cahiers d’ethnographie comparée » dans lesquels il cherche la raison d’être de chaque chose humaine.
Cette villa musée est de plus confirmée par l’extrait de l’annexe 3 des Statistiques de Alpes Maritimes – volume 2 du Professeur Joseph ROUX – 1862 – Charles CAUVIN, Éditeur, Nice (numérisé par GOOGLE Books)
Décès d'Edmond le 28 juillet 1870 à Marseille
Atteint de paralysie suite à une attaque cérébrale en 1866, sa santé décline. Il s’installe dans un établissement spécialisé dans l’accueil des hommes âgés et infirmes de la Fondation Saint Jean de Dieu (devenu l’EHPAD Saint Barthélémy) à Marseille. Il nomme mandataires son frère Oswald de GINOUX de LACOCHE et Guillaume Henri GRANIER de MONTFERRIER (Avocat, publiciste, rédacteur au journal des Débats, chevalier de la Légion d’Honneur), originaire de Montpellier mais résidant à Florence. Cet ami est le même que celui de la Société d’exploitation des mines d’or de Carabaya au Pérou.
Guillaume-Henri Granier de Montferrier (1814-1890) : né à Montpellier où son père Guillaume Zoé Granier, manufacturier, a été deux fois maire et élu sept fois député entre 1830 et 1848 ; la famille habitait dans l’hôtel de Lunas à Montpellier ; en 1848, les affaires de son père périclitent puis sont mises en liquidation ; Guillaume-Henri devient avocat dans cette même ville, puis journaliste politique ; auteur de Voyage de fantaisie politique en Autriche-Hongrie, en Serbie et en Bulgarie (1885).
En 1889, à l’occasion du centième anniversaire de sa fondation le Journal des Débats publia un livre au titre sans surprise : Le livre du Centenaire du Journal des Débats, 1789-1889, éd. Plon (à lire sur GALLICA). Dans ce livre de près de 700 pages, se trouve, page 550, une gravure du tableau de Jean Béraud représentant la salle de rédaction du Journal des Débats en 1889 (tableau conservé au musée d’Orsay). Ci-contre le portrait de Henri de Montferrier extrait du tableau. Ce livre présente une notice pour chacun des 700 collaborateurs du journal sur un siècle.
Les deux mandataires revendent la propriété par lots de quelques milliers de francs chacun à deux acquéreurs principaux :
- Adelbert François Barthélémy d’ÉSTÈVE de PRADEL, officier au service du Piémont et membre adjoint de répartition de la ville de Paris,
- Melchior Honoré YVAN, docteur en médecine
Adèle de DOMBASLE apprend tardivement la maladie d’Edmond. Séparée de son mari, elle décide de racheter, juste avant la mort d’Edmond, ce qui reste de la propriété (essentiellement des terres). Elle n’aura de cesse, par la suite , de racheter ce qui manque de la propriété dont la maison de colon (avec les collections). Veuve (Adrien GARREAU décède le 6 décembre 1870), elle y demeurera avec son nouveau mari Gustave DARDEL jusqu’en 1879 date à laquelle elle revend la propriété entière pour probablement s’installer à Monaco. (Voir l’histoire de la propriété niçoise d’Edmond de GINOUX).
Adèle de DOMBASLE vendra les collections à un riche baron hollandais Tinco Martinus Lycklama A Nijeholt, richissime Cannois d’adoption. Celui-ci en fera don le 31 décembre 1877 à la ville de Cannes. Cette collection est aujourd’hui au musée de la Castre, château du Suquet à Cannes. Il ne reste que 150 objets sur les 500 collectionnés par Edmond.
Edmond, lui, décède à l’âge de 59 ans dans l’établissement le 27 juillet 1870. La totalité de son patrimoine de Nice a été vendu.
EPATANT ce Edmond Alain de GINOUX … quelle classe !