Table des matières
Adèle de Dombasle, une femme libre
Adèle et le violoncelliste Adrien GARREAU
Gabrielle Adèlaïde MATHIEU de DOMSBALE est née à Nancy le 17 septembre 1819 d’un père officier d’état major et de Céline Gabrielle BERTIER. Les parents habitent faubourg Saint Pierre à Nancy.
Adèle (prénom choisie par Gabrielle) rencontre un violoncelliste Adrien GARREAU âgé de 13 ans de plus qu’elle. Enceinte de peu, elle se rend en avril 1841 avec Adrien à Madrid où celui-ci doit se produire.
Ensuite, le couple s’installe à Paris probablement 12 rue Saint Georges. Leur premier enfant Gabrielle Théléïde (un des prénoms de la mère d’Adrien) Berthe naît le 13 novembre 1841.
Adèle et Adrien se marient civilement à Paris le 12 février 1842, puis, religieusement à Notre Dame de Lorette le 17 octobre de la même année (Edmond GINOUX de LACOCHE était lui aussi à Paris, au journal Le National).
Adèle met au monde 3 enfants :
- Gabrielle Théléide Berthe GARREAU-DOMBASLE née le 12 novembre 1841 à Paris 2ème. A 20 ans, elle est pianiste. Elle se marie deux fois. La première fois le 17 juin 1861 à Toulouse avec un écossais Alexandre GIBB. La seconde fois, le 27 décembre 1876 à Toulouse avec Jules CENSIER. Elle décède le 10 décembre 1912 à Paris à l’âge de 71 ans.
- Ferdinand GARREAU-DOMBASLE né le 11 juillet 1843 à Paris 2ème est l’arrière grand-père d’Arielle DOMBASLE, actrice, chanteuse, réalisatrice, scénariste et meneuse de revue franco-américaine. Ferdinand est professeur à l’école des Mines d’Alès (Gard). Il se marie le 18 septembre 1869 à Alès avec Elise Catherine FABRE.
- Georges Armand GARREAU-DOMBASLE né le 1er janvier 1845 à Milly la Forêt (Essonne) au domicile de la mère d’Adèle, alors directrice de la Poste aux lettres. Georges se marie le 9 septembre 1874 à Danmarie (Eure et Loire) avec Louise Rosine DUCHON. Il décède le 26 octobre 1912 à Taverny (Seine et Oise) et inhumé à Joinville le Pont. Il est homme de lettres, Secrétaire général du Dictionnaire du Commerce, de l’Industrie et de la Banque, journaliste depuis 1867, Secrétaire de la rédaction et rédacteur au journal « Le Siècle » (de 1890 à 1900). Il est membre du comité d’admission (classe 109 : initiative publique ou privée en vue du bien être des citoyens) de l’Exposition universelle de 1900. Il est nommé Chevalier de la légion d’honneur à l’occasion de l’Exposition universelle de 1900.
Adèle voyageuse, dessinatrice
Puis elle se sépare de son mari (et de ses enfants très jeunes, 2 à 5 ans) en 1847.
Le voyage à bord du voilier "Le Gange"- 27 septembre 1847 au 10 janvier 1848
Elle embarque à Bordeaux sur le navire le Gange pour Valparaiso, le port des mers du sud, passage obligé pour se rendre en Océanie. Elle voyage avec Edmond GINOUX de LACOCHE durant plus de 100 jours. Elle raconte ce voyage dans un manuscrit transcrit par Frédéric de La Grandville dans son ouvrage « Un voyage romantique dans le Grand-Océan (1847-1859) » (pages 21 à 44). Un autre voyageur, jeune émigrant, Charle PIHAN, décrit ce même voyage dans les lettres à sa mère. Les deux descriptions du voyage sont regroupées dans la page du navire Le Gange.
Valparaiso (Chili) - 10 janvier au 28 juillet 1848
Ils débarquent à Valparaiso (Chili) le 10 janvier 1848, port de destination du navire « le Gange ». Là, en mai, Ils apprennent la révolution de février à Paris. En attendant un autre bateau pour se rendre à Tahiti, Edmond se rend à Santiago du Chili. Adèle ne semble pas accompagner Edmond au cours de cette brève incursion dans le pays.
Voyage à bord du voilier de commerce chilien Le Niévez-Martinez - du 28 juillet au 28 août 1848
Nuku Hiva (îles Marquises) - 28 août au 5 septembre 1848
Partis de Valparaiso le 28 juillet 1848 sur le brick de commerce le Nievez-Martinez, Adèle de DOMBASLE et Edmond de GINOUX débarquent aux îles Marquises le 28 août, dans le port de l’île de Nuku Hiva. Dans un article paru en 1851 dans la revue La Politique Nouvelle, Adèle DOMBASLE décrit une promenade à Nuku Hiva en août 1848. Un manuscrit conservé dans les archives familiales intitulé « Les Îles Marquises » est transcrit dans le livre « Un voyage romantique dans le Grand Océan – (1847-1850) » (pages 72 à 99) présenté, restitué et annoté par Frédéric de La Grandville – L’Harmattan. Le manuscrit débute par l’histoire des îles Marquises vue par ses découvreurs et colonisateurs. Ensuite, il évoque la navigation dans cet archipel, décrit chacune des îles, ses habitants et leurs moeurs, leurs croyances… Voir sur ce site La Polynésie française.
Papeete (Tahiti) - 10 septembre au 5 octobre 1848
Voyage à bord du voilier de commerce chilien Le Niévez-Martinez - du 5 octobre au 1er décembre 1848
Escale à l'île de Chiloé (Chili) - du 15 au 25 novembre 1848
Navire de commerce chilien, le Niévez-Martinez fait escale sur l’île de Chiloé afin de charger une cargaison de bois destinée à Valparaiso. Edmond en profite pour accomplir la mission confiée par François Guizot. Il rédigera un rapport sur ce qu’il a vu et étudié sur l’île.
Valparaiso - 1er décembre 1848 à juin 1849
Depuis Valparaiso où ils s’installent, Edmond abreuve Paris, ministères et presse, de courriers dénonçant Lavaud, demandant que son honneur soit lavé par une sanction envers le gouverneur rancunier. Mais, comme il en est coutumier, Edmond ne reste pas inactif :
- avec Adèle de DOMBASLE, il fait une excursion jusqu’à Quillota dans la vallée de Aconcagua à ,une soixantaine de kilomètres de Valparaiso.
- sans Adèle mais avec des amis, il effectue un long voyage à cheval jusqu’en Auricanie. (lire le paragraphe ci-dessous et l’article de M. Sédillot dans la revue de la Société de Géographie de Paris)
C’est à Valparaiso qu’il reçoit le 25 mai 1849 une copie de l’ordre ministériel qui le rappelle en France. Adèle et Edmond se décident de quitter Valparaiso pour Lima au Pérou.
Lima (Pérou) - juin 1849 au 13 janvier 1850
Deux manuscrits d’Adèle, conservés dans les archives familiales, décrivent ses souvenirs du Pérou. Ils sont transcrits par Frédéric de La Grandville dans le livre « Un voyage romantique dans le Grand Océan – (1847-1850) » (pages 245 à 267). Le premier manuscrit intitulé « la Saya » (jupe longue) décrit la femme de Lima, la liménienne, ses vêtements et ses traditions. Elle assiste à une course de taureaux. Ci-dessous la dernière page de ce manuscrit :
« [La réunion des Tapadas est imposante] par le nombre, il [le député] sait qu’on l’observe, que pas un de ses mouvements ne passera inaperçu ; il se tient pour averti. En montant à la tribune, l’orateur, à son tour, ne peut se défendre de la pensée que des juges sévères vont l’entendre et prononcer leur sentence séance tenante. Son discours plait-il aux Tapadas, il est applaudi de la voix et des mains, des bouquets de fleurs fondent sur lui. S’il déplait, les petits pieds s’agitent, frappent le sol avec colère, et des huées parties de dessous les mantas (un voile-châle enveloppant le haut du corps) couvrent la voix de l’orateur.
Il faut que les Liméniennes aient gain de cause en tout, partout, pour tout, et je ne sache pas, grâce au prodige de la Saya, que dans les affaires de coeur, dans la famille ni dans les choses de l’État, elles aient eu à enregistrer un seul échec vraiment sérieux. »
Le second manuscrit dont le titre est « El coche ardientes » raconte une histoire de revenants la nuit dans les rues de Lima.
Adèle et Edmond se rendent en excursion vers Cusco et le Lac Titicaca.
Voyage de Lima à Guayaquil en steamer - du 13 au 21 janvier 1850
À cette époque, le voyage de Lima (en partant du port de Callao) à Guayaquil s’effectuait principalement par voie maritime le long de l’océan Pacifique, une transition importante voyant l’essor de la navigation à vapeur. La liaison était assurée par les navires de la Pacific Steam Navigation Company (PSNC), une compagnie britannique qui avait étendu ses routes postales et commerciales vers le nord (Pérou et Équateur) dès 1846. Des voiliers traditionnels (brics ou goélettes) restaient aussi utilisés, mais le vapeur s’imposait pour la régularité. Le paquebot faisait des arrêts intermédiaires dans les ports de la côte pacifique pour ravitailler et débarquer du courrier ou des passagers, notamment à Paita (au nord du Pérou). Le voyage de quelques centaines de kilomètres prenait généralement plusieurs jours (souvent 4 à 7 jours selon l’état de la mer et les escales). Adèle et Edmond sont probablement restés une petite semaine à Guayaquil dans l’attente du même navire déchargeant et chargeant de nouvelles marchandises et voyageurs. Edmond a eu le temps d’interroger un vieil indien et se procurer une pierre en jaspe.
Voyage de Guayaquil à Panama - 29 janvier au 8 février 1850
Le voyage en bateau de Guayaquil (Équateur) à Panama durait environ une à deux semaines le long de l’océan Pacifique. Cette liaison maritime servait de route clé, stimulée par la ruée vers l’or en Californie, bien avant l’ouverture du canal ou la fin de la construction du train transisthmique.
La traversée de l'isthme de Panama - 8 au 11 février 1850
- Départ de Panama : Le voyage commençait à la ville de Panama sur la côte pacifique, en empruntant le sentier pavé de pierres coloniales s’enfonçant dans la forêt tropicale.
- Le passage terrestre : Une marche difficile de 15 à 20 kilomètres à travers la jungle humide et boueuse, souvent rythmée par les convois de mules transportant des marchandises et des voyageurs.
- L’embarquement à Venta de Cruces : Le terminus terrestre du sentier situé sur les rives du fleuve Chagres, où les voyageurs prenaient des bateaux ou des pirogues locales.
- La descente du fleuve : Une navigation fluviale de plusieurs heures sur le rio Chagres jusqu’à l’embouchure ou les forts des Caraïbes (comme le secteur de Chagres et le château de San Lorenzo), permettant de rejoindre la mer des Caraïbes.
- Déclin de la route : Contrairement aux siècles précédents ( XVIe-XVIIIe siècles) où transitaient les immenses richesses de l’Empire espagnol, le chemin des Croix connaissait un usage plus restreint, supplanté en grande partie par le trafic direct autour du port de Portobelo.
- Climat et dangers : L’humidité constante, les moussons tropicales rendant les pavés glissants, les insectes et les fièvres tropicales rendaient l’expérience particulièrement épuisante et périlleuse.
- Sécurité : Les patrouilles coloniales se faisaient plus rares, mais la forêt abritait une faune exubérante et des communautés de parias ou marrons isolés.
La traversée de l’isthme par le chemin des Croix prenait généralement entre 2 et 4 jours au total. La durée exacte dépendait principalement de la saison et du sens du voyage. Pour nos deux voyageurs dans le sens Panama-Chagres et à la saison sèche, le voyage a duré 3 jours au maximum. Le détail du trajet :
- Partie terrestre (Panama ↔ Venta de Cruces) : 1 jour de marche intensive ou à dos de mule (environ 15 à 20 km dans la jungle).
- Partie fluviale (Venta de Cruces ↔ Embouchure du Río Chagres) : 1 à 2 jours maximum en pirogue grâce au courant.
Voyage de Chagres à New-York - 11 février au 10 avril 1850
Le voyage maritime entre Chagres (un village fortifié situé sur la côte atlantique de la Colombie, aujourd’hui le Panama) et New York représentait une route commerciale et migratoire cruciale. Ce trajet constituait la seconde moitié de la célèbre « route de Panama » empruntée par des milliers de chercheurs d’or (les Forty-Niners) qui revenaient de Californie.
En 1850, la transition technologique battait son plein : bien que des voiliers (bricks et goélettes) effectuaient encore le trajet, les bateaux à vapeur à roues à aubes de la United States Mail Steamship Company (USMSSCo.) dominaient largement la ligne. Les principaux navires en service sur cet axe en 1850 incluaient :
- Le SS Georgia (entré en service en janvier 1850)
- Le SS Ohio
- Le SS Falcon
- Le SS Cherokee
Ces bateaux transportaient non seulement des passagers, mais aussi d’importantes cargaisons de lingots et de poussière d’or en provenance de Californie, sous contrat avec le gouvernement américain pour le transport du courrier (U.S. Mail). Un voyage en navire à vapeur de Chagres à New York prenait généralement entre 8 et 12 jours, selon les conditions météorologiques et les escales. Les navires s’arrêtaient fréquemment à La Havane (Cuba), Kingston (Jamaïque) pour charger du charbon, ou à La Nouvelle-Orléans.
Les navires étaient souvent surchargés au-delà de leur capacité théorique en raison de l’afflux massif de voyageurs. Les conditions sanitaires en cabine de troisième classe (steerage) y étaient particulièrement rudes, et la promiscuité favorisait la propagation de maladies tropicales contractées lors de la traversée de l’isthme (comme le paludisme ou la fièvre jaune).
L’année 1850 marque le début de la fin pour le port de Chagres. C’est précisément cette année-là que débutent les travaux de construction du Panama Railway (le chemin de fer transisthmique). Les ingénieurs américains fondent alors la ville d’Aspinwall (aujourd’hui Colón) à quelques kilomètres de là pour servir de nouveau terminus atlantique doté de meilleures installations portuaires, provoquant le déclin progressif de Chagres dès les années suivantes.
Adèle et Edmond effectuent ce voyage en 2 mois, semble-t-il, après une escale à la Jamaïque où Edmond attrape la fièvre et un séjour à La Havane où Edmond obtient un prêt auprès d’un notaire français en villégiature.
New-York (USA) - 10 avril à juillet 1850
Résidence
Adèle et Edmond se retrouvent à New-York en résidence à l’hôtel Pélerin n°9 White Hall. Tenu par Hilaire Pélerin (qui gérait également Bowling Green Hotel au 10 Broadway), cet établissement servait de point de chute et de quartier général pour les immigrés, exilés et travailleurs francophones à Manhattan. Le numéro 9 de la rue Whitehall se situait à la pointe sud de Manhattan (Lower Manhattan), un secteur alors extrêmement bouillonnant, à deux pas des quais, des stations de bateaux à vapeur pour Staten Island et de la Battery. C’était la porte d’entrée majeure pour les voyageurs et les marchandises arrivant par le port de New York.
Des excursions
- Adèle et Edmond visitent les chutes du Niagara en mai juin 1850.
- Ils rendent visite au Président des États Unis , le Général Zachari Taylor à Washington.
Voyage New-York Le Havre - juillet 1850
Sauf découverte très récente de manuscrits prouvant qu’Edmond a obtenu un passage de faveur sur un navire à vapeur américain, Adèle, Edmond de Ginoux et sa précieuse cargaison ont très probablement embarqué à New York en juin 1850 sur l’un des voiliers réguliers de la Havre Old Line (comme le Sully ou le Silvie de Grasse) ou de la Whitlock Line (comme l’Argo), arrivant au Havre au cœur de l’été avant de rejoindre Paris où la vie mondaine a repris son cours.
Les évènements actuels autour du voyage
Dessiner au bout du monde, le regard d'Adèle de DOMBASLE, aventurière et illustratrice au XIXème siècle
Une exposition d’objets ramenés par Edmond de GINOUX et de dessins d’Adèle de DOMBASLE s’est déroulée du 9 juillet au 13 novembre 2022 au musées des Explorations du Monde à Cannes. A cette occasion un ouvrage intitulé « Dessiner au bout du monde, le regard d’Adèle de DOMBASLE, aventurière et illustratrice au XIXème siècle » a été publié
Dernier livre de Frédéric de La Grandville
- Un article de Gilles Herzog « La fille du vent qui défia son temps » dans la revue La règle du jeu – mai 2026.
Adèle à Paris, Nice et Monaco
Elle vient d’abord rejoindre son mari à Toulouse. Elle est présente lors du premier mariage de sa fille en 1861.
Puis, elle part vivre à Paris. Un peu avant la mort d’Edmond en 1870, elle rachète sa propriété de Carras. Elle s’installe alors à Nice. (Voir la propriété niçoise d’Edmond de GINOUX)
Elle se marie avec Gustave DARDEL le 4 août 1875 à Nice. Elle est âgée de 56 ans. Lui est plus jeune, 50 ans (né le 9 mai 1825 à Rennes, Ille et Vilaine). Ils s’installent dans la propriété d’Edmond (sources : archives départementales, bureau des Hypothèques des Alpes maritimes et recensement de 1876).
En 1879, Elle vend les collections d’Edmond et la propriété pour habiter à Monaco avec Gustave DARDEL.
Gustave DARDEL décède le 9 avril 1901 dans leur maison rue des Açores, la villa Millo. Adèle DOMBASLE décède quelques mois après, le 8 novembre 1901 dans cette même villa, à Monaco.
Quelques nouvelles d'Adrien GARREAU devenu professeur de violoncelle au conservatoire de Toulouse (Haute Garonne) et de sa fille Théléïde, pianiste