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Le Chili et les Araucans par Edmond de GINOUX

Préambule

Le document ci-après a été publié dans le Bulletin de la Société de Géographie de janvier 1852. Un dénommé SÉDILLOT a légèrement modifié le récit d’Edmond de GINOUX pour en faire un article signé de son nom pour la Société de Géographie. Ci-dessous son introduction : 

« M. de Ginoux a fait insérer dans la Politique nouvelle, au mois de juillet dernier, sur les sauvages de l’Araucanie, une série d’articles qui offrent un vif intérêt. Nos lecteurs nous sauront gré de leur faire connaître par quelques extraits cette publication, qui révèle chez
l’auteur un esprit d’observation remarquable et le talent d’un écrivain distingué. M. de Ginoux était à Santiago au mois de février 1849; il se joignit, avec quelques amis, à un jeune cacique de l’Araucanie soumise qu’un intérêt de tribu avait amené auprès du général Bulnès président de la république, et qui se disposait à regagner son pays il s’agissait de faire quatre cents lieues à cheval et de traverser le Chili du nord au sud dans toute sa longueur, entreprise hardie qui n’effraya point notre voyageur, et qui devait être pour lui l’occasion des remarques les plus instructives et de descriptions saisissantes.
Le Chili ne possédant pas une carte exacte de son territoire, une description rapide de la configuration physique des contrées comprises entre la capitale et Valdivia, les grandes Andes et l’océan Pacifique, ne peut manquer d’avoir pour les géographes l’intérêt d’une nouveauté. »

(NDRL :L’Araucanie ne fait pas partie du Chili en 1849)

L'article d'Edmond de GINOUX

Première partie : le voyage jusqu'en Araucanie

NDRL : Parti à cheval le 16 février 1849, avec des compagnons de voyage et un cacique Araucan, Edmond de GINOUX arrivera le 13 mars à Valdivia où il restera 5 jours. Le 19 mars, il s’embarque pour Valparaiso.

De Santiago à Talca
16 février 1849 - La région de Santiago

La ville de Santiago, est assise au fond d’un très beau bassin, situé entre la Cordillère des Andes et la Cordillère de la côte. Ce bassin commence, à vingt-cinq lieues au nord, au pied de la montagne de Chacabuco, point célèbre dans les fastes de l’indépendance chilienne par une victoire remportée en 1817 sur les forces espagnoles. Le volcan d’Aconcagua, au bas duquel la rivière de Quillota prend sa source, s’élève à peu de distance au nord-est de Chacabuco. A partir de cette dernière localité, le bassin, qu’on suit constamment pour arriver au delà du pays des Araucans, coupe du nord au sud la partie méridionale du Chili, sans en excepter l’Araucanie elle-même. Creusé entre d’immenses montagnes, courant parallèlement du nord au sud, en abaissant toutefois peu à peu leurs têtes, il est bordé à l’est par la chaîne des Andes, à l’ouest par la Cordillère dite de la Côte. La Cordillère de la Côte est formée de groupes arrondis, peu élevés en comparaison des masses de gauche ou de l’est. La chaîne des Andes, aux flancs escarpés, sillonnés en tout sens de précipices épouvantables, aux crêtes aiguës et hachées, présente à une certaine hauteur des lignes de stratification appartenant à diverses époques géologiques; viennent ensuite les neiges éternelles. Au-dessus des neiges, brillent, comme d’énormes phares semés sur un rivage rempli d’écueils, les volcans qui couronnent avec majesté cette merveilleuse charpente de la terre, la reine des montagnes.

Le bassin intermédiaire est un fond plat accidenté de collines verdoyantes, de cônes basaltiques aux teintes sombres et traversé dans toutes les directions par une multitude de cours d’eau qui fertilisent un sol d’une qualité rare. Si les Chiliens savaient cultiver convenablement ces terres la bande intermédiaire et plate dont il est question serait, dans une proportion gigantesque, plus belle et plus riche que notre Touraine, que la Limagne d’Auvergne et la vallée de Grésivaudan. Aujourd’hui elle ressemble plus aux pampas de la république Argentine qu’à la terre nourricière d’un peuple qui se prétend avancé en civilisation.

A la latitude de Santiago, la Cordillère de la Côte, couverte de verdure en automne, en hiver et au printemps, ne dépasse pas 1200 mètres d’élévation au-dessus du niveau de la mer, tandis que les Andes projettent leurs têtes chargées de neige et de volcans à près de 5 000 mètres. Le premier grand torrent à citer, depuis Chacabuco, est le Mapocho, qui contourne la capitale du Chili. Après avoir pris l’une de ses deux sources dans la montagne à l’est de Chacabuco, l’autre dans le Cerro de Portillo. Il descend en désordre du nord-est au sud-ouest, et va se jeter dans le Maypu, à quelques lieues au sud-ouest de Santiago.

 

Vue panoramique du centre-ville. de Santiago

Le fleuve Maypu et ses ponts ingénieux

Le Maypu est un joli fleuve qui prend sa source à la base du volcan de San-José, et dont les eaux roulent de l’est à l’ouest jusqu’à la mer. Son nom, glorieux dans les annales des guerres de l’indépendance, éveille dans tous les cœurs chiliens les sentiments du patriotisme le plus profond. Ce fut sur le bord de ce fleuve que, dans la journée du 5 avril 1818, eut lieu la fameuse bataille engagée par les indépendants coalisés contre les Espagnols, et dont le résultat fut le triomphe définitif de la cause républicaine.

De ce point, on découvre, en amont du Maypu un de ces systèmes aériens inventés par le génie des Indigènes pour le passage des rivières. Selon toute vraisemblance, ces machines, fort simples au Chili, compliquées au Pérou, ont fourni l’idée mère de nos ponts suspendus, si perfectionnés en Europe. Le manège aérien organisé sur le Maypu est construit à un étranglement du fleuve, causé par deux roches fermes formant un défilé assez étroit ; il consiste en de fortes cordes de cuir, solidement arrêtées, tendues d’une rive à l’autre au-dessus de l’abîme, et portant suspendu, un grand panier de cuir. Le voyageur s’assied dans le panier, et, au moyen d’un va-et-vient qu’il fait jouer avec les bras, il arrive sur la rive opposée. Au Chili, il en existe de moins exigus, sur lesquels peuvent passer les bêtes de somme. Plusieurs câbles en cuir, roidis horizontalement, supportent un tablier en planches et en peau de bœuf, large d’un mètre environ ce tablier, bien cousu aux câbles de support, est en outre maintenu, autant que possible, à l’état horizontal, et non mobile, par des cordes d’étaie décrivant une courbe au-dessus de lui.

Dans la saison des pluies et à l’époque de la fonte des neiges dans les Cordillères, les gués étant impraticables, les voyageurs à cheval sont dans l’obligation de se détourner de la route directe pour aller passer par un de ces derniers ponts ; les hommes à pied se risquent en tout temps à l’exercice acrobatique du panier de cuir. Sous la domination des Incas, un poste de gardiens était installé à chaque extrémité de ces voies périlleuses ; les gardiens avaient pour fonctions de veiller à la sûreté des matériaux, et de prêter gratuitement leur assistance aux vieillards, aux femmes, aux infirmes.

L’histoire pittoresque des ponts suspendus serait un travail intéressant à écrire. Les cocotiers, de soixante à quatre-vingts pieds de longueur, jetés côte à côte sur les petites rivières de Tahiti et des autres iles de l’Océanie, donneraient le point de départ ; les ponts indiens du Chili viendraient ensuite. Le troisième tableau présenterait les merveilleux ponts de roseaux créés sur l’Apurimac par les empereurs péruviens. Deux de ces chefs-d’œuvre de la conception humaine subsistant intacts, il est aisé de les étudier ; enfin, transformant les tresses de roseaux et de joncs en faisceaux de fils de fer, on obtiendrait nos magnifiques ponts suspendus. Le perfectionnement de ces chemins légers, enjambant de larges cours d’eau, est dû au génie de notre siècle; mais il est juste d’accorder le mérite de leur invention aux Indiens de l’Amérique du Sud, qui en faisaient usage prés de mille ans
avant nous.

Image créée par ChatGPT à partir du texte ci-dessus

Angostura de Paine, première halte

A la fin du premier jour, la petite caravane cherchait un abri dans une pauvre cabane en branchages, dressée contre un mamelon de la Cordillère de la Côte ; là, les deux Cordillères, brusquement rapprochées, étranglent le bassin intermédiaire. Ce lieu est nommé Angostura de Payne. Une fois dans l’hôtellerie on ne pouvait, sans une vive compassion, tourner les regards sur les quatre coins de cette demeure d’une famille condamnée à la plus affreuse misère. Déjetés par l’action du vent ou par des tremblements de terre, les arbres noueux, auxquels s’appuyaient les branchages formant murailles, avaient considérablement perdu la perpendiculaire, si jamais ils l’avaient gardée ; la cabane, entraînée en entier par leur mouvement, inclinait sur le flanc gauche, et menaçait de tomber. La toiture, persillée de trous, donnait libre issue à la lumière, à la pluie, au vent, à la poussière. Le sol était sans plancher, la porte sans défense. Nulle part on ne voyait un meuble, une table, un siège; des peaux de bœuf, étendues sur de l’herbe sèche, remplaçaient les lits, chose inconnue à ces malheureux déshérités du nécessaire, et à un petit feu flambant en liberté au centre de l’unique pièce de l’habitation, cuisaient, dans un vieux pot ébréché, quelques régimes de mais, pain quotidien de la famille.

La plaine de Rancagua

L’Angostura de Payne, où l’on couche est une gorge assez courte, flanquée de mornes surbaissés. Ce passage franchi, on débouche dans la vaste plaine de Rancagua. A la sortie de i’Angostura, les Cordillères se retirent rapidement, et le bassin s’évase pour prendre bientôt une largeur de 12 à 13 lieues. La plaine de Rancagua tristement mémorable dans l’histoire des guerres du Chili, se termine, 25 lieues plus au sud, à une muraille naturelle qui ferme entièrement le bassin. Rancagua, ville insignifiante, triste, morte, arriérée mal bâtie, est assise à peu près à égale distance entre Payne et la muraille de Regolemo, sur !e bord du rio Cachapual, torrent impétueux qui roule sans frein, de l’est à l’ouest, jusqu’à la rencontre du rio Rapel, auquel il mêle ses eaux redoutables.

Le rio Rapel tire sa source du pied du volcan de Tinguririca, et se jette dans la mer près du cap de Topocalma. Lorsqu’on parcourt la belle plaine de Rancagua, on ne peut s’empêcher de remarquer le contraste curieux qui existe entre la végétation du penchant occidental des Andes et celle du versant oriental des montagnes de la côte. Sur les premières, au-dessous des neiges perpétuelles, en touchant presqu’à la ligne où les végétaux expirent, on observe, détachée en vert sombre, une bande serrée d’arbres résineux essentiellement du domaine des régions australes sur les secondes montagnes, au contraire, se montrent les palmiers et les cactus, indices caractéristiques du voisinage des tropiques. Ainsi, à quelques lieues de distance, sur la même latitude, on trouve d’un côté le froid des pôles, de l’autre les chaleurs des contrées sans hiver.

La muraille naturelle qui coupe au sud la plaine de Rancagua a dû être sans nul doute un isthme qui unissait les deux chaînes, alors que la mer occupait le fond du bassin intermédiaire. Ce barrage appelé Angostura de Regolemo, est le seul, de Charahuco à Chiloé, qui ferme tout à fait l’immense vallée que longe la route. Au nord, il regarde le village de Rengo, amas de chétives maisonnettes enfoncées dans un bois d’arbres fruitiers au sud il protège San-Fernando, petite bourgade bâtie sur le rio Rapel.

Immédiatement après l’Angostura de Regolemo le bassin se développe de nouveau, et sa largeur devient plus considérable qu’auparavant. Sur une étendue d’environ 50 lieues de France, c’est-à-dire jusqu’au rio Maule, le terrain plat que l’on parcourt est cultivé en partie et d’un aspect riant il porte un assez grand nombre de fermes ou haciendas, des hameaux, des villages dont quelques-uns, entre autres Curico et Talca sont décorés du nom de ville.
 
21 février 1849 - Talca
Talca est a 100 lieues de Santiago, et nos voyageurs avaient mis cinq jours pour franchir cette distance; ils se trouvaient au milieu d’une contrée fertile arrosée par beaucoup de ruisseaux surtout par le Maule, rivière profonde et navigable. Talca parait destinée à acquérir plus de prospérité que les autres villes de l’intérieur du Chili ; par le Maule, les forêts de la Cordillère de la Côte peuvent être exploitées lucrativement, et déjà il se fait par cette voie, du dedans au dehors, un commerce très suivi de céréales, de fromages, de laines. La rivière, dont les eaux se perdent dans le Grand Océan, à Port-Constitucion, prend naissance sous l’imposant Descabezado montagne haute de six mille mètres, devant laquelle celles qui lui font face, a l’ouest, ne sont plus que des élévations sans importance. En revanche, ces dernières. sont riches en lavacleros, ou mines d’or.

Extrait d’une carte du Chili occidental, dressée sur les indications de l’auteur de « l’Essai sur la république chilienne  » / par Ch. Fuchs, 1856 – GALLICA

De Talca à l'Arauco
Chillan

Au sud du Maule, sur une longueur de 50 lieues, la plaine, qui va toujours s’élargissant, n’est qu’un désert, pareil de tout point aux vastes pampas de la république Argentine. Ici, plus d’arbres, plus de végétation vigoureuse, mais seulement des broussailles éparses sur un sol marécageux. On voit qu’aucun être humain n’a jamais passé par là. Les villages ont cessé de se montrer, et si de loin en loin apparaissent quelques ranchos, ces demeures respirent la plus affreuse misère. La ville de Chillan, avec ses modestes vergers, ses pâturages, sa jolie rivière, rompt enfin l’affligeante monotonie de la pampa.

Pour enrichir ce désert, il faudrait uniquement le travail de l’homme. Les pluies, dit-on, sont trop continuelles pour que tous les efforts ne soient pas dépensés en pure perte. Il serait facile de remédier à cet inconvénient ; les pluies sont causées surtout par le voisinage des épaisses forêts qui, à droite et à gauche, tapissent les montagnes. Si l’on détruisait ces forêts inutiles, inexploitables pour la plupart, les pluies diminueraient. Ce n’est pas la qualité du sol qui peut décourager ce n’est pas non plus le froid de cette zone ; car si les arbres entassés sur le flanc des Andes et sur la Cordillère de l’ouest sont de ceux qui se plaisent dans les latitudes aux hivers rigoureux, les palmiers de l’antique Chillan et les orangers de la petite vallée d’Ytata attestent suffisamment que la température du fond du bassin est fort douce.
En longeant cette triste pampa, on laisse à sa gauche, vers le 36ème degré de latitude, le volcan de Chillan. On coupe alors la ligne d’un nouveau volcan celui d’Antuco. de 3 000 mètres de hauteur, au bas duquel commence à couler la rivière de la Laja.

La Laja, niagara du Chili

La Laja, Niagara du Chili, après être sortie d’un lac ouvert au pied du volcan d’Antuco, serpente sur un lit de laves en s’avançant vers l’ouest. Au milieu
du bassin la terre fait défaut subitement, et la rivière se précipite en une cascade écumeuse dans un abîme profond. Ce saut de la Laja est fécond en souvenirs et en inspirations poétiques. Témoin de maintes courses hardies de la part des Indiens contre les Espagnols, de combats acharnés, d’exploits fameux, il occupe à lui seul une des grandes pages de l’histoire de la conquête. Au fond, de l’abime, entre deux rives bordées de lauriers et de myrtes, la Laja poursuit une marche lente, tranquille, jusqu’à la rencontre du Biobio, où elle finit. Avant sa jonction avec le Biobio, elle reçoit le rio Claro, qui descend du nord au sud, en arrosant les vignes de Yumbei et de San-Cristobal.
A l’est de la cataracte, le volcan d’Antuco, aux pentes blanches de neiges, à la cime noire, lance dans l’air ses éternelles flammes et vomit des torrents de laves. Du bord du cratère, on découvre un panorama grandiose, étendu, varié ; à l’est, la Cordillère de Pichachen, patrie des Indiens Pehuenches ; au nord, les Cordillères de Chillan et de Talca ; à l’ouest, la Laja, dont les eaux, contrariées d’abord par des amas de scories, vont fertiliser les jardins d’Antuco, puis les terres de Tucapel, la Nueva, village adossé à des forêts vierges, et près duquel gisent des ruines aujourd’hui sans nom, qui bordent l’entrée du désert. Plus loin toujours à l’ouest, le saut de la Laja. Après quoi, l’œil se repose sur l’Isla de la Laja, vaste plaine verte, comprise entre la Laja, le Biobio et d’autres rivières. Au sud, le regard embrasse à la fois le colossal CerroBelludo, les champs de las Canturas, ceux de los Angeles, de Santa-Barbara, enfin l’Araucanie.

Chutes de la Laja

Le chemin des Pehuenches à travers les Andes

Au pied du volcan d’Antuco, sur la marge même du lac, passe le chemin qui permet de communiquer d’un versant à l’autre de la chaîne des Andes. Découvert, il y a quarante ans environ, par le général Cruz (NDRL : en 1817, sous le commandement du général de San Martin), dans l’expédition de Buenos-Ayres, ce chemin, tracé par les Pehuenches, donnait carrière à leurs excursions dévastatrices entre les villages voisins, dont ils étaient la terreur. Le sabot de leurs chevaux a laissé de fortes empreintes sur les nappes de laves qui, bien que non refroidies et non solidifiées, n’arrêtaient pas leurs courses barbares. Le même chemin, grâce à une paix consentie par les caciques Pehuenches, est fréquenté maintenant par les Chiliens d’Antuco, de Tucapel, de los Angeles, qui vont chercher du sel gemme dans les salines de la pente orientale des Andes. A peu de distance du Cerro de Pichachen, à l’est du volcan d’Antuco, dans la petite vallée du Mancol, on trouve d’excellentes eaux thermales. Le rio Mancol, grossi du rio Tucuman, se mêle au rio de Nanguen, lequel porte le tribut de ses eaux on ne sait où, en Patagonie.

Les salines, les eaux thermales, les vallées des Andes, appartiennent aux Pehuenches, Indiens nomades, pasteurs guerriers, vivant sous des tentes. Leur existence en temps de paix est simple comme la nature ; ils ne travaillent pas ; la chair des troupeaux fait leur nourriture ; la dépouille du mouton, laine et cuir, leur sert de vêtement et de lit. Deux journées de marche suffisent à ces sauvages pour fondre sur Antuco ; de là, en une étape, ils peuvent venir ravager les campagnes de l’Isla de la Laja, et semer la désolation jusqu’aux portes de Chillan et de Nacimiento.

À l'ouest de la Laja

Le pays situé à l’ouest du saut de la Laja n’est pas moins intéressant que celui de l’est. Derrière Yumbel, qui fut jadis une forteresse constamment détruite par les Araucans, constamment relevée par les Espagnols, aujourd’hui pauvre village sorti des vieilles ruines, les premières hauteurs que l’on gravit, nues, rougeâtres, rappellent les mornes désolés de Valparaiso; mais à mesure qu’on s’avance vers la mer, des vignes, des bois, des habitations, animent le paysage. Dans cette partie de la Cordillère existaient les plus belles mines d’or, exploitées sous l’administration du conquérant Valdivia. Là aussi se dressent Rere, autrefois riche d’une cloche d’or ; Hualqui, Florida bourgades comptées au nombre des futures villes du Chili. Bientôt après, on arrive à la large embouchure du Biobio. Ce fleuve coule du sud-est au nord-ouest, en se promenant avec nonchalance à travers le bassin encaissé dans les Cordillères. Sur le côté nord de son embouchure, deux baies, fréquentées par les gros navires, se creusent dans les terres ; l’une est nommée baie de San-Vicente ; la seconde, fermée par le lourd promontoire de Gualpen et l’ile de Quiriquina, est le magnifique mouillage de Talcahuano. La petite ville de Talcahuano, bâtie au sud-ouest de la baie, sur une langue rocheuse, regarde, au sud-est, les ruines de l’infortunée capitale du nom de Penco, qui fut l’orgueil des conquérants. Un pauvre fortin, avec son lion de Castille, veille encore, mais piteusement, sur les ruines de la fière cité, et quelques familles de pêcheurs, blotties sous les décombres, remplacent à cette heure les riches Espagnols qui avaient sculpté leurs blasons sur de somptueux hôtels. Maltraitée à diverses reprises par les Araucans, plusieurs fois renversée par des tremblements de terre, Penco dut à la fin être complètement abandonnée. La population a transporté ses pénates à trois lieues de la mer, et elle a construit Concepcion, ville de vingt mille âmes à présent, et capitale de province. Quoique déchirée, elle aussi, par plusieurs tremblements de terre, notamment le 20 février 1835, cette ville semble avoir oublié ses désastres et rêver un brillant avenir.

2 mars 1849 - Traversée du Biobio

Nos voyageurs avaient fait cent lieues de plus en neuf jours, sur lesquels il y avait à retrancher vingt-quatre heures de repos à Talca et quarante-huit au volcan d’Antuco c’était aller bien lentement, au dire des Chiliens, habitués à dévorer trente de leurs lieues dans chaque course du soleil au-dessus de l’horizon.
Le lendemain, la caravane passait le Biobio, et, saluant de loin l’Araucanie, défilait devant les maisons de Colcura. Les environs de ce village renferment des mines de houille, exploitées d’une manière déplorable, et ne rendant encore qu’un combustible maigre, pyriteux, impropre au chauffage des chaudières. Au delà de Colcura, le chemin gravit la montagne d’Andalican, sur laquelle, en l’année 1554 ou 1555, le fameux cacique Caupolican tailla en pièces les troupes du général de Villagran, lorsque ce dernier, à la nouvelle de l’extermination des Espagnols dans la plaine du vieux Tucapel, voulut aller venger la mort du héros Valdivia.
De l’Andalican, on descend dans une vallée arrosée par le Carampangue; ensuite le chemin court directement vers la forteresse d’Arauco, située au pied de la montagne de Colocolo.

Aujourd’hui, le Biobio n’est plus la limite qui sépare les Araucans indépendants de la république du Chili ; Le petit espace compris entre l’embouchure
du fleuve et Arauco est au pouvoir des Chiliens. Les terres indépendantes ont actuellement pour frontières au nord, la ligne déterminée par la montagne de Colocolo et les maisonnettes grises de Nacimiento, de los Angeles, de Santa-Barbara ; à l’est, la cime des Andes, jalonnée par les volcans d’Antuco, de Villarica, de Huenahue ; à l’ouest, la côte de l’Océan jusqu’aux murailles de Valdivia; au sud, la rivière de Valdivia. Ces terres embrassent une superficie de 4 degrés carrés ou 2500 de nos lieues carrées.

Extrait d’une carte du Chili occidental, dressée sur les indications de l’auteur de « l’Essai sur la république chilienne  » / par Ch. Fuchs, 1856 – GALLICA

Deuxième partie : l'Araucanie et les Araucans

Le paysage, montagnes, rivières

La configuration de l’Araucanie, cette contrée si peu connue, et dont le nom apparaît à peine sur nos cartes géographiques, présente les mêmes reliefs que le Chili ; le bassin intermédiaire, très vaste maintenant et d’une pente fort douce, poursuit sa marche du nord au sud, en longeant, à l’est, les grandes Andes, et à l’ouest, la Cordillère de la côte. Une quantité de jolies rivières sillonnent les plaines de l’Araucanie; les principales sont : le Carampangue, l’Araquete, le Llembu, le Paycavi, le Lierillen, le Tirua ou Cauten, le Budi, le Tolten, et le Queule. D’autres cours d’eau d’une moindre importance descendent aussi des montagnes et se promènent dans le bassin; mais leurs noms sont ignorés : on sait seulement que la plupart de ces grands ruisseaux se réunissent au Biobio, au Cauten, et au Tolten. Ces trois rivières sont navigables.

Les arbres

Les parties basses du pays, habitées par des sauvages farouches, sont d’une richesse extraordinaire, et les soins que les Araucans prodiguent à l’agriculture font honte à leurs voisins du Chili. Sur les deux lignes de montagnes, la végétation est incroyablement belle, vigoureuse, variée. L’arbre le plus commun (il efface presque tous les autres) est un hêtre colossal, le Fagus Dombeyi de Mirbel, Fagus australis de Poeppig. Cet arbre, dans les Andes, atteint au delà de 80 pieds de hauteur ; son tronc, raboteux, mais remarquablement droit, est sans branches jusqu’à la moitié de son élévation : au dire de Poeppig, il égale en qualité les meilleurs bois de l’Amérique du Nord. A côté de ce chêne, il faut ranger immédiatement le Rauli des In-diens, Fagus procera de Poeppig ; et, aussitôt après, un laurier aux rameaux d’un vert foncé, fort élégant dans sa coupe, nommé Laurelia aromation par Jus., Laurelia dentata par Bert. Les Indiens tirent de cet arbre une résine qui, brûlée, répand une odeur plus délicate que celle de l’encens. Viennent ensuite : le pittoresque lingue, aux branches élastiques, Laurus lingue de Hook; le gracieux Peumo, coquettement chargé de baies rouges; puis une multitude d’espèces de myrtes, diversifiées par leurs formes, leurs dimensions, l’arrangement des feuilles et des fleurs; la Luma, Escallonia Thirsoidea, dont la fleur blanche et l’écorce rosée contrastent avec le vert pur de ses petites feuilles, tapisse à profusion les rives de tous les cours d’eau.

La Luma

La végétation

Au pied, comme à l’abri de la végétation puissante, croissent humblement des myriades d’arbustes et de plantes fragiles qui semblent avoir besoin de se sentir protégés. Là abonde un coudrier dont la feuille, nuancée de plusieurs teintes, appelle l’attention; près de lui foisonne un cannelier, le Drimis chilensis, remarquable par la disposition symétrique de ses rameaux tendus horizontalement, surtout par le jet si fin, si élancé de sa tige flexible. Partout, dans ces végétaux, la copigue, la plus adorable des plantes grimpantes, agite ses clochettes d’un angélique incarnat, tandis qu’à la base, au plus fourré de ces masses de verdure, vierges de reptiles et d’insectes venimeux, les pâles fougères, et une infinité d’autres plantes, trouvent encore à disputer leur part d’air et de lumière.

Les forêts

Pour compléter cette trop rapide esquisse de la richesse des Cordillères, principalement de celle d’Arauco, il suffit d’ajouter que, n’importe par quel point on essaye de pénétrer dans ces forêts ou arbres, arbustes, plantes, herbes, lianes, se trouvent confondus, entrelacés de mille manières, cette surabondance de végétation n’offre qu’un chaos inextricable. Si tout ce qui est tendre, faible, rampe sur le sol, s’étouffe entre les grosses racines, envahit les troncs solides ou s’accroche au moindre appui, les grandes lianes, à leur tour, s’élancent orgueilleusement jusqu’à la cime des arbres, et, des pointes les plus élevées, elles retombent à regret vers la terre. Ici ce sont les souples Boques, que l’on prendrait pour les câbles d’un navire ; là, multipliées à l’excès, se montrent les Coligues, qui font ressembler les forêts à d’inimaginables chevelures embrouillées par le vent. Les naturels de l’Araucanie taillent leurs lances redoutables dans cette graminée.

L'araucaria

Derrière les forêts primitives, au couronnement des montagnes de la côte et à la région supérieure de la zone subandine, on voit s’étager, comme dernier mot des prodigalités de la nature, de massives guirlandes de ces sapins gigantesques et célèbres connus sous le nom d’Araucaria. Cet arbre, cher aux Indiens, élève à cent pieds dans l’air son tronc robuste, toujours aussi droit, aussi uni que le grand mât d’un vaisseau. Sa tête, en forme d’hémisphère, perpétuellement secouée par la brise, rend un bruit lugubre, semblable à la voix prêtée aux fantômes; mais, si des esprits résident dans ces arbres, il faut convenir qu’ils sont bienfai-sants, car les longues branches fourchues de ces sa-pins, pareilles à d’immenses bras terminés chacun par une main ouverte, portent entre leurs dernières ramifications un fruit nutritif, pain ordinaire des Arau-cans.

Un araucaria

Telle est la magnificence du manteau de verdure déployé sur les montagnes qui encadrent longitudinalement l’Araucanie depuis le Biobio jusqu’à Valdivia. Il y a plus encore que cette superbe beauté à contempler : la providence parait avoir voulu mettre ces terres à l’abri de toute conquête. Du côté de la mer, deux ceintures continues de forêts font comme des remparts inattaquables; au nord et au sud, le bassin est défendu par des rivières ; à l’ouest, les Andes en interdisent l’approche : le voyageur, cependant, peut parcourir les diverses parties de l’Araucanie sinon commodément, du moins avec sécurité. Les deux principales voies de communication, maigres sentiers tracés par le pied des chevaux, bordent latéralement le territoire: elles sont appelées, l’une Chemin de la Côte, l’autre Chemin de la Pampa.

La ville d'Arauco

La plus curieuse de ces voies sauvages conduit à Arauco, nom bien trompeur, et qui rappelle une grave inexactitude commise par les géographes d’Europe. Balbi prétend que, de toutes les villes fondées par les Espagnols en Araucanie, une seule, Arauco, est demeurée en la possession des Indiens. Or, c’est diamétralement le contraire. Les sept villes créées par les Espagnols sur ces terres ont été rasées presque aussitôt après leur naissance, et les lieux où elles existaient ne sauraient être disputés aux indigènes. Arauco est le seul des petits centres de population organisés jadis au sud du Biobio qui soit resté au gouvernement chilien.

Cette ancienne forteresse, tour à tour occupée par les Espagnols et par les Araucans, protége une ville en espérance, assise au fond d’une jolie baie. Arauco, théâtre de tant de combats furieux, restera à jamais célèbre par le souvenir des exploits guerriers de Caupolican, de Lautare et de l’intrépide Golocolo. Dans un coin obscur de la citadelle, on montre un gros lion de Castille, taillé dans un bloc de pierre. Il y a deux siècles et demi, lorsque les Espagnols le hissèrent sur la grande porte d’entrée, ce lion inspira aux Araucans la terreur et le respect.

La façon de vivre des Araucans

La contrée que l’on traverse, après avoir quitté Arauco, est richement accidentée de hautes collines vertes, de vallées riantes, de cours d’eau frais et limpides, le tout distribué avec une admirable harmonie à la base de la Cordillère de la Côte. De distance en distance, derrière une butte, ou bien au fond d’un ravin, parfois aussi au milieu d’un bouquet d’arbres isolé dans les plaines de gauche, une petite colonne de fumée, roulant en lourde spirale, trahit une demeure indienne.

Les Araucans n’ont jamais vécu en familles groupées, en foyers réunis, en société enfin ; jamais ils n’ont eu une ville, un village, un hameau. Tous les centres de population élevés jadis sur leur territoire étaient exclusivement du fait des Espagnols. Tantôt vainqueurs, tantôt battus, mais jamais découragés, les Espagnols, dans leurs jours de triomphe, se hâtaient de bâtir un fort sur chaque portion de terre passagèrement conquise. A l’intérieur, ou sous les murs de ce fort, ils pétrissaient quelques maisons de terre, et ils décoraient le tout du nom de ville et de chef-lieu d’une province. De cette façon, ils étaient parvenus à construire, dans l’Araucanie, sept villes, parmi lesquelles les plus notables étaient l’Impérial et Villarica. L’Impérial était appelée à devenir la capitale du gouvernement du Chili: or, les sept villes ont été détruites par les Araucans, et quelques-unes, qui ont été réédifiées deux ou trois fois, ont aussi été deux ou trois fois renversées par les Indiens. Il ne reste pas une seule de celles qui furent assises sur une portion du territoire nommé aujourd’hui Araucanie indépendante.

Ces Indiens ne conçoivent pas que l’on puisse vivre côte à côte, d’une vie presque commune. Ils ne supporteraient pas plus deux habitations attenantes qu’ils ne consentiraient à se grouper plusieurs ensemble sur un lieu découvert ; la sociabilité n’est point dans leur caractère. Le pays est divisé en tribus distinctes, inviolables, et chaque tribu est coupée en autant de petits fiefs qu’elle compte de familles. Le soin de tout individu à se tenir isolé réellement chez soi, complètement à l’abri de tout regard étranger, est poussé si loin, que du seuil d’une habitation on doit n’en pas apercevoir une seconde, fût-ce celle d’un frère, d’un oncle, d’un fils. Ces demeures sont cachées les unes aux autres par des bois, ou encore par des accidents de terrain scrupuleusement étudiés. Une armée d’invasion à repousser, une junte, une orgie au sujet de quelque grand événement, sont les seules circonstances capables de faire sortir ces hommes de leurs sombres retraites et de les rassembler momentanément.

Page de « Les merveilles des races humaines » – Hachette – 1920

Les toquis et les ulmènes

Jadis, comme aujourd’hui, l’Araucanie était partagée en un grand nombre de tribus. Chaque tribu était gouvernée, comme aujourd’hui encore, par un cacique ou chef de familie noble, dont l’autorité se transmettait par droit naturel et en ligne directe à ses enfants mâles. Mais, au-dessus des caciques, venaient les toquis et les ulmènes, sortes de souverains politiques et religieux, élus par les assemblées des nobles. Les toquis et les ulmènes veillaient aux intérêts généraux et commandaient les armées ; grâce à eux, la nation n’avait qu’une volonté et marchait avec un ensemble admirable. Un danger extérieur menaçait-il le territoire, des coureurs, envoyés dans chaque direction, pour informer les caciques du péril commun, leur faisaient connaitre les ordres du gouvernement suprême, et aussitôt les chefs de tribu mettaient sur pied leur contingent de guerriers, et, guidés par des feux allumés la nuit aux cimes des montagnes, ils savaient à quel point ils devaient se réunir, de quel côté venait l’ennemi ; s’il fallait marcher en avant, à droite ou à gauche. Maintenant les dignités de toqui et d’ulmène n’existent plus ; il ne reste plus que les caciques ordinaires, et cet état de choses est la cause première de l’affaiblissement de la nation. Tout cacique est maitre absolu dans son district ; nul ne relève d’un autre. Le pays, en conséquence, est morcelé en une multitude de petites principautés indépendantes, et, par suite des jalousies, des désaccords personnels entre les divers chefs, les intérêts de la nation sont abandonnés au caprice des événements.

Nos voyageurs devaient réclamer l’hospitalité d’un cacique de Tucapel, auquel ils étaient recommandés; mais que de précautions à prendre ! Les habitations, en Araucanie, doivent être sacrées pour quiconque n’a pas, par droit de naissance, le privilège d’y pénétrer. La moindre violation d’un seuil peut attirer la mort sur la personne du coupable ; à table, on est servi par les femmes du cacique ; leur parler, les regarder même est une offense grave faite au propriétaire du logis. Les cases des Arancans n’offrent qu’une seule pièce de rez-de-chaussée, dont une partie est consacrée au foyer, aux soins et aux travaux du ménage; l’autre sert de dortoir commun. Lorsque des étrangers sont admis à passer la nuit dans ces tristes demeures, les femmes veillent et filent de la laine, immobiles et silencieuses comme des statues. Leur esclavage est le plus barbare que l’homme ait jamais inventé. La cuença, c’est-à-dire l’enclos de l’habitation, est leur univers ; rien du dehors ne doit les intéresser ; aucune relation de voisinage ne leur est permise. A l’intérieur, une loi inflexible les fait ramper devant leur maître et dicte leurs actions, leurs gestes, leurs paroles.

Les funérailles d'un cacique

M. de Ginoux quitte bientôt le cacique du Tucapel pour aller assister aux funérailles d’un chef voisin ; il se dirige vers le rio Cudico, en traversant des plaines riantes. Du rio Cudico au rio Tirua, le chemin escalade, puis redescend un bras de la Cordillère, à travers des terres profondément boueuses; puis, au sortir d’une épaisse forêt, se développe la vallée de Tirua.

« Si nous n’avions pas été prévenus, dit notre voyageur, du spectacle qui nous y attendait, nous aurions hésité à nous approcher, pendant la nuit, de la scène fantastique que nous dominions du pied de la Cordillère. A peu de distance, sur notre gauche, la vallée, illuminée de torches, semblait être envahie par un débordement de légions infernales. Dans un cercle immense, formé par des lignes de feux fixes, on voyait passer, repasser, courir, se croiser en tous sens, des ombres noires perchées sur des chevaux noirs, et laissant après chacune d’elles une large traînée de flamme ; du sein de cette armée diabolique, des cris, qui n’ont point de nom dans notre langue, faisaient frémir les échos des montagnes, et, pareilles à des spectres gigantesques, les silhouettes des grands arbres, animées par les mouvements des flammes, avaient l’air d’applaudir à ces jeux infernaux.

On préludait aux funérailles d’un cacique, qui exigent toujours un temps fort long ; tandis qu’on s’en occupe, le corps du défunt repose sur un lit de parade construit en fortes lianes dans l’intérieur de sa case, et, à partir du jour du décès, les femmes se mettent à tisser des vêtements de luxe pour en habiller le cadavre. Les proches parents s’empressent de rassembler ou de fabriquer assez de chicha, liqueur qu’ils préfèrent; pour en offrir en abondance aux trois ou quatre cents conviés reconnus dignes, par leur rang, de prendre part à la fête des funérailles ; ils amassent du blé, du maïs, des farines, des fruits, tout ce qui, dans une telle circonstance, mérite d’être distribué à plusieurs centaines de voisins, et, prenant de chacune de ces choses une faible portion, ils en emplissent un cercueil en forme de pirogue, taillé dans un tronc d’arbre. Ce cercueil doit suivre dans la fosse celui destiné à recevoir le corps du noble, afin que l’esprit de ce chef ne manque pas de nourriture dans l’autre monde.

Il n’est pas rare, avant de procéder aux cérémonies de l’inhumation, que l’on attende pendant deux ou trois mois la bonne saison de la chicha, principal encens des funérailles, également agréable aux dieux et aux hommes, devant servir à faire les libations exigées. Durant ce long espace de temps, le cadavre se décompose en paix sur son lit de parade, et la famille est tenue de vivre dans ce milieu empoisonné.

Un peu à droite, sous nos pieds, la case du chef, adossée à une colline verte, pointant dans la vallée, regardait un vaste terrain plat, champ et prairie du riche domaine, défendu par une ceinture de bois ; tout ce terrain était entouré de feux que des Indiens alimentaient, et l’espace libre, éclairé encore par des hommes à cheval, portant des torches, n’était plus qu’une arène où se déroulait un spectacle étrange. Là, trois ou quatre cents nobles cavaliers, nus, ivres, et la lance au poing, s’abandonnaient presque en furieux aux extravagances les plus dangereuses ; ceux-ci se précipitaient au grand galop dans des courses périlleuses, ceux-là luttaient de force et d’adresse, d’autres s’acharnaient à des simulacres de combats assez souvent funestes à quelques-uns des champions. Parfois aussi cette armée de sauvages se massait à une extrémité du terrain, puis, au bruit des trompelles de guerre, au hennissement des chevaux, ils partaient ventre à terre, et, en défilant devant la case du mort, ils faisaient retentir les montagnes de cris affreux, qui glaçaient le sang dans nos veines. Ces Indiens ne ressemblaient plus à des hommes, mais à de véritables démons : exaltés par l’ivresse, surexcités en même temps par l’ambition de mettre en évidence leur adresse à manier un cheval ou les armes de guerre, ils se ruaient, tête baissée, dans ces exercices effrayants, leur gloire durant la paix, parce qu’ils retracent leurs prouesses dans les batailles réelles.

La fête avait commencé la veille, elle devait finir le lendemain par l’enterrement du cacique dont on célébrait la puissance et la bravoure. Les deux journées écoulées avaient été remplies exclusivement par des banquets où l’ivresse était de rigueur, et par des discours à la louange du chef trépassé. Les deux nuits avaient été consacrées aux courses, aux luttes guerrières et au culte des chichas enivrants. L’esprit du cacique devait certainement être satisfait ; car si le nombre des nobles Araucans accourus à la célébration des funérailles était considérable, si le gaspillage de la prodigieuse quantité de vivres et de chicha mise à la disposition des conviés attestait qu’il avait été largement fait honneur à la munificence de la famille, il était impossible aussi de glorifier avec plus de frénésie qu’on n’en avait déployé pendant deux nuits les mâles vertus d’un héros. Le lendemain, les nobles Araucans, réveillés par l’éclat des trompettes, avaient tant bien que mal repris leur aplomb, et déjà ils se jetaient comme des affamés sur des monceaux de vivres et d’outres pleines de chicha, que des Indiens achevaient de déposer à une petite distance de la case. L’orgie recommençait, et jamais chez les sauvages des autres parties de l’Amérique, ni chez ceux de l’Océanie, on ne vit l’exemple d’une pareille gloutonnerie. Entre neuf et dix heures, des orateurs, parents du cacique défunt, parcoururent la foule. L’ignoble festin fut suspendu, et tous les nobles convives se portèrent précipitamment devant la case, où ils se pelotonnèrent à droite et à gauche de la porte, en laissant un passage libre. Bientôt parut le corps du cacique, porté triomphalement par des chefs à l’air superbe, fiers sans doute d’avoir élé choisis pour cette haute fonction. Le cadavre, revêtu des riches vêtements que lui avaient fabriqués les femmes, était couché dans la fatale pi-rogue, creusée exprès pour lui servir de cercueil. Il aurait été difficile d’appliquer un âge quelconque au masque décomposé de ce chef : les cheveux, noirs et abondants, témoignaient seuls que le cacique avait été moissonné avant l’époque de la vieillesse. Une certaine pompe présidait à sa sortie du foyer domestique, saluée par le retentissement des trompettes et par des cris barbares. Le cortège marchait lentement, et tandis qu’il s’acheminait vers la tombe ouverte, les enfants du mort, secondés par des personnages qui me semblaient devoir être les prêtres du fétichisme des Araucans, se démenaient à accomplir des pratiques superstitieuses, dont le but était d’empêcher l’âme ou l’esprit du défunt de s’en retourner à la case.

Sur les bords de la fosse, les jongleries des prêtres, imitées par les fils du cacique, redoublèrent de violence ; à leur tour, les autres parents répandirent de la chicha dans la tombe. On descendit ensuite la pirogue du mort, puis celle contenant les mets préparés, les grains, les fruits, les semences qui devaient nourrir le noble chef dans l’autre monde et le mettre à même de mener la-bas une vie de délices ; enfin, on déposa à côté des pirogues, avec tous les objets chers au cacique, sa chueca, espèce de jeu de crosse fort en usage en Araucanie; sa lance, ses laquis, autres armes de guerre ; son manteau de fourrure, ses éperons ; en un mot, tout ce que l’on supposait avoir été précieux à un homme de son rang et de son caractère. Après ces diverses cérémonies, la masse des assistants salua une dernière fois le mort de cris terribles, de discours affreux à entendre, et des folies les plus extravagantes que puissent inspirer à des centaines d’individus de cette trempe un fanatisme grossier uni au délire de l’ivresse. Des pelletées de terre tombèrent dans la fosse, le trou se combla ; la fête des funérailles était terminée. »

Reconstitution de la sépulture d’une jeune Mapuche, inhumée dans un canoë-cercueil (wampo), pour rejoindre Nomelafken, « l’autre côté de la mer ».Alberto E. Pérez et al. / PLOS One

Le déroulement des diverses réunions des Araucans

Les juntes politiques, les assemblées générales, n’importe le motif qui les provoque, reproduisent les scènes déplorables que nous venons de décrire. Le sujet de la délibération se discute invariablement au milieu d’une abominable orgie, à laquelle Toutefois ne sont admis que les hommes, les femmes étant rigoureusement exclues de toutes les réunions, de toutes les fêtes, de tous les jeux. D’ordinaire, les assemblées ont lieu dans une plaine, et toujours elles attirent un concours considérable d’Indiens, nobles ou non. Sur le principal emplacement, on construit à la hâte des huttes de branchages, destinées à recevoir les provisions, à abriter les caciques et les membres des familles privilégiées; le peuple dort à la belle étoile, il sert les chefs, il écoute, il joue, il mange, il poit à loisir, mais il n’a pas voix délibérative. Le banquet, appât le plus réel de ces assemblées, commence dès le début de la réunion, et ne cesse que lorsqu’elle est dissoute, c’est-à-dire le troisième ou le. quatrième jour. Les heures non employées à discourir ou à manger sont remplies par des exercices à cheval, par des jeux de diverses sortes particuliers à l’Araucanie, et enfin par des danses pitoyables, indignes de ce peuple fier et belliqueux.

Le Dieu Pillan

Les Araucans, encore livrés aux superstitions païennes, personnifient, dans Apo et Pillan, les deux principes du bien et du mal. Apo, ne pouvant produire que le bien, ils jugent inutile de l’adorer, et ils ne lui rendent aucune espèce de culte; au contraire d’Apo et de toute la série bienfaisante, le dieu Pillan, et les autres génies du mal, ne cessant pas d’engendrer des calamités communes ou particulières, physiques ou morales, ils ont un culte, des hommages, des sacrifices offerts dans le but de désarmer leur colère, de détourner leurs coups. A l’époque des guerres avec les Espagnols, la veille des grandes batailles surtout, on immolait des prisonniers à la Mort et à la Vengeance, principales divinités implorées dans ces moments critiques.

Grâce à la paix avec la république chilienne, ces pratiques barbares ne se renouvellent plus. L’Araucan est cruel dans l’occasion, mais il n’est pas féroce par goût, et si démoralisé qu’il soit devant la puissance de Pillan, les orgies constituent presque en entier le culte qu’il lui offre aujourd’hui.

Les prêtres de ce fétichisme sont des augures qui, dans l’esprit du peuple, ont le don d’interpréter les tremblements de terre, les fortes éruptions volcaniques, les vents furieux, les orages, les trombes, les éclipses, et aussi l’apparition de certains animaux. Ces prétendus devins, instruments non avoués des caciques, exercent un pouvoir incroyable sur les masses, et secondent puissamment les projets des chefs politiques. Par leurs jongleries, les Indiens, habitués à trembler au seul nom de Pillan, sont entretenus dans une superstition telle que, eux si intrépides au combat, ils frémissent lorsqu’ils rencontrent un lézard, un hibou, une chouette, annonce de mauvais présages.

Le dieu Pillan

Vie des Araucans en temps de paix

En lemps de paix, l’Indien de ce pays-ci est affable, hospitalier, fidèle à ses engagements, attaché an point d’honneur; il sait discerner le bien d’avec le mal, le juste d’avec l’injuste, la probité d’avec la fourberie, la générosité d’avec la bassesse. Ses manières et son humeur sont douces, presque cultivées, quant aux delors du moins. Soumis à ses chefs, grave , sérieux, penseur, il est aussi, par une singulière contradiction, nonchalant, goulu, ivrogne, joueur. Chez lui, tout est poussé à l’extrême; d’un sentiment ou d’un état quelconque, il passe au sentiment ou à l’état diamétralement contraire avec une promptitude incroyable. Pour peu qu’un mobile l’excite, du calme le plus profond, de l’impassibilité la plus réelle, il arrive soudainement au comble de la fureur.

Vie des Araucans en temps de guerre

En temps de guerre, l’Araucan n’est plus le même individu. Toutes ses mauvaises passions sont déchaînées alors, et il n’écoute que les pires instincts. La haine, la cruauté, la vengeance, sont les sentiments que son cœur nourrit avec prédilection; il devient sans pitié pour les êtres faibles ou désarmés, incapable d’un élan de générosité pour les vaincus, les malheureux prisonniers, les femmes, les enfants. Mais si, tant que durent les guerres, il se montre furieux, implacable, sanguinaire, il faut reconnaitre qu’il retourne avec joie aux habitudes de sa vie paisible dès que l’heure du repos a sonné. Plus encore que les combats où brille sa valeur, il aime sa tranquille retraite, son harem, les juntes, les sorciers, le jeu. Peu enclin à entretenir un procès, à prolonger un différend, il dédaigne les longs discours, ainsi que le jugement des hommes, et tout de suite il en appelle à la décision du sort. La chueca (crosse avec laquelle on chasse une boule vers un but donné) (NDRL : le jeu du Palin ou Chueca) constitue en Araucanie le système judiciaire, et décide souverainement de toute contestation.

Jeu du palin, dessin de Vernier 

Les voies de communication pour se rendre à Valdivia

Pour sortir du pays, deux routes s’offrent au voyageur. L’une court sur la ligne de l’est au pied des grandes Andes : c’est le meilleur, le plus facile ; on le nomme chemin de la Pampa. L’autre, celui de l’ouest, que devait prendre M. de Ginoux, le plus direct et le plus pittoresque, est le chemin de la Côte.

La route de l'ouest, chemin de la côte

Du rio Tirua au fleuve Canten, le Rio-Imperial des Espagnols, le chemin est détestable;  il se prolonge sur une étendue de 60 kilomètres environ, mesure prise à vol d’oiseau ; le sentier, espèce d’échelle faite par entailles sur le dos de la Cordillère de la Côte, monte, descend, remonte et redescend toujours avec une roideur telle que les chevaux araucans seuls peuvent s’y engager : en France, nous prendrions les chamois pour terme de comparaison. Ce sentier poursuit ses pénibles zigzags en se trainant sur une roche glissante et au bord de précipices affreux. En bien des endroits, cet épouvantable escalier laisse juste au cheval la largeur de son sabot; la bête alors est dans l’obligation de marcher en croisant les jambes, et son instinct la pousse à incliner le corps du côté opposé au précipice, comme si le vide immense ouvert sous elle l’attirait vers l’abime.

Quand on est arrivé au sommet de la Cordillère, on n’a encore derrière soi que la moitié de ce trajet dangereux, qui exige deux-journées de marche. Un nouvel obstacle arrêta un instant nos voyageurs. Sur le chemin gisait la carcasse d’un cheval abandonné, sans doute la veille, par un acteur de la triste fête de Tirua, et en l’air, au-dessus des gigantesques araucarias, planaient, en tourbillonnant, des troupes de magnifiques condors. Le vol majestueux de ces redoutables oiseaux, leurs cris de rage, les menaces que lançaient leurs yeux de sang, et la marche lente, pénible de la colonne à travers la forêt suspendue au front du précipice, tout cela composait un tableau qui aurait fait déborder en inspirations sublimes l’âme d’un poète.

Brisé par les rudes travaux des deux journées que nécessite l’escalade de la Cordillère, l’on repose agréablement sa pensée lorsqu’on descend vers les riches campagnes que fertilise le beau fleuve de l’Impérial. Non loin de l’embouchure de ce fleuve, dans un site charmant, dorment depuis trois siècles les ruines de la ville de ce nom. La puissance de l’empereur Charles-Quint, patron de cette cité, ne l’a pas défendue contre la fureur des Araucans ; l’Impérial devait être la capitale du gouvernement du Chili, et elle n’a vécu que peu de jours. Au sud des tribus de Cauten, les plaines de Budi ou de Colem, et celles de Tolten, présentent la même richesse que les campagnes de l’Impérial. De là on aperçoit le volcan de Villarica, que les Indiens supposent être la demeure de Pillan, et l’on atteint bientôt le rio Qucule, à un point où commence un nouveau casse-cou, moins périlleux cependant que celui de Tirua. Il faut alors reprendre la file un à un, et guider ses montures. Le mauvais passage se continue sur un espace de dix à douze lieues, à travers une haute montagne coupée de ravins dont le fond est tellement boueux, que parfois les chevaux s’y enfoncent jusqu’au poitrail. Cette Cordillère franchie, le rio Cruces apparait, et derrière lui on aperçoit la ville de Valdivia, terme du voyage.

Volcan de Villarica

La route de l'est, chemin de la pampa

Lorsqu’on prend le chemin de la Pampa, on passe dans le voisinage des ruines d’Angol et de Puren ; à la sortie de l’Isla de La Laja, sur la rive droite du Biobio, on entre dans les plaines où les Espagnols bâtirent ces deux villes. Puren est aujourd’hui la résidence d’un des plus audacieux caciques. Ce chef doit ses titres de noblesse, non à sa naissance, mais à sa bravoure et à ses vieilles cruautés. Près de lui vivent des tribus barbares et vaillantes, parmi lesquelles, au dire de la renommée, il est un cacique, Paynemal, descendant des plus anciens chefs, qui commande à sept cents guerriers, et qui possède de très-grandes richesses. A ces tribus indomptables, touchent celles de Cholchol, inquiètes et turbulentes; puis celles de Boroa. Les Indiens de Boroa sont vantés en Araucanie pour la beauté de leur visage. En continuant vers le sud, on visite les Araucans de Maquegua, ensuite ceux de Villarica. L’histoire rapporte qu’à l’approche de l’armée espagnole, les Indiens de Villarica cachèrent soigneusement l’or qu’ils avaient amassé; mais cette précaution ne fit qu’attirer sur eux de plus grandes atrocités. Le rio Tolten sort d’un lac ouvert sur leur territoire, à la base du volcan de Pillan. Après ces tribus, viennent celles de Pelecauchin et de Petrufquen.

Au delà de Valdivia

Au delà de Valdivia, ville chilienne, adossée aux terres indépendantes, résident les Cuncos et les Huilliches, peuplades aux mœurs douces, qui se refusent à avoir des relations avec les Araucans, qu’ils ont toujours considérés comme leurs ennemis naturels. A l’époque des guerres de la conquête, les Cuncos et les Huilliches consentirent à oublier momentanément leur inimitié pour leurs voisins, et, à l’appel de ceux-ci, ils marchèrent contre les troupes castillanes. Ces petits peuples prirent une part très active à la destruction des sept villes.

Il n’est pas sans importance pour la géographie de faire observer que la distribution du terrain en deux chaines de montagnes et en un bassin intermédiaire se poursuit, vers le sud, assez loin dans la mer. Depuis Chacabuco, la Cordillère de la Côte, les Grandes Andes et le fond du bassin intermédiaire ont graduellement abaissé, les unes leurs têtes, l’autre son niveau, sans toutefois changer leur direction nord et sud. Arrivés à la hauteur du 42° degré de latitude, un peu au-dessous du parallèle qui passerait par le volcan de Galbucó ou d’Osorno, la Cordillère de la Côte et le bassin plongent tout à coup sous la mer, tandis que, prolongeant sa marche, la chaine des Andes, très amoindrie, va semer encore les volcans de Chaypira, du Corcovado, de Yanteles, régions riches en mines d’or, pour aller mourir à son tour dans le détroit de Magellan, à la presqu’ile de Port-Famine. Mais, en examinant les lieux avec attention, on est forcé de reconnaitre que les iles de Chiloé, les archipels de los Chonos, etc., ne sont que les cimes du prolongement des montagnes de la côte qui remontent à Chacabuco, et que le bassin compris entre ces Cordillères et les Grandes Andes se continue, sous la mer, dans le golfe de Reloncavi, le canal d’Ancud, les détroits du Corcovado, de los Chonos, etc. Ces portions de l’ancien continent ont dû être submergées lors du dernier surgissement de la chaine des Andes, à l’époque géologique à laquelle il convient de rapporter le déluge de la Genèse.

Parti de Santiago le 16 février 1847 (NDRL : 1849), M. de Ginoux entrait à Valdivia le 13 mars, après vingt-cinq jours de voyage; cinq jours après, il s’embarquait pour Valparaiso, et le récit de cette excursion, dont nous n’avons fait ressortir que les traits principaux, sera, nous n’en doutons pas, accueilli du public avec faveur.

SÉDILLOT.

Extrait d’une carte du Chili occidental, dressée sur les indications de l’auteur de « l’Essai sur la république chilienne  » / par Ch. Fuchs, 1856 – GALLICA

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