Le site de la Communauté des Ginoux

La Polynésie française

Le XVIIIème siècle est la période où les pays européens découvrent la possibilité de coloniser des peuples et des terres lointaines. On sait que la terre est ronde et que l’on peut faire le tour du monde. Les voiliers sont de plus en plus rapides et fiables. Le goût de la découverte se développe.

Un site consacré aux arts classiques et cultures d’Océanie : Détours d’Océanie.

Site du musée des Explorations du Monde à Cannes

Tahiti n’est découverte qu’en 1767 par le Britannique Samuel Wallis, suivi en 1768 par Bougainville et par Cook en 1769.

La première rencontre entre les français et les tahitiens en 1768

Partie du port français de Nantes en novembre 1766, l’expédition commandée par Louis-Antoine de Bougainville a deux missions. L’une, diplomatique, consiste à finaliser des négociations entre la France et l’Espagne concernant le statut des îles Malouines (ou Falkland), au large de l’Argentine. L’autre, après avoir passé le détroit de Magellan, a pour objectif d’entamer la traversée et l’exploration d’un Pacifique alors quasi inconnu dans sa partie centrale. Après avoir quitté la Terre de Feu, début janvier 1768, ces deux navires s’engagent de concert dans cette immensité océane pour rejoindre le continent asiatique. Début avril, alors qu’une partie des équipages est malade du scorbut, Bougainville souhaite trouver une terre pour refaire le plein d’eau douce et trouver des vivres frais afin de remettre les marins en bonne santé.

Après avoir louvoyé autour de la Presqu’île puis au large de la côte Est de Tahiti, la vision d’une passe, d’une rivière et d’un village l’incite à faire ancrer les navires, même si les conditions du littoral de Hitia’a ne sont pas idéales. L’accueil des habitants est amical. «Plus de cent pirogues de grandeurs différentes, et toutes à balancier, environnèrent les deux vaisseaux. Elles étaient chargées de cocos, de bananes et d’autres fruits du pays », écrit Bougainville. Il ne le sait pas, mais en juin 1767 une expédition anglaise commandée par Samuel Wallis a fait escale pendant un mois à une trentaine de kilomètres de là dans une baie protégée, la baie de Matavai, à Mahina. Au départ, l’accueil des habitants de cette autre chefferie avait été plutôt hostile. Une canonnade avait rapidement montré la supériorité des armes des Anglais, faisant de nombreux morts chez les Tahitiens, mais des échanges plus amicaux s’en étaient suivis. Les habitants de Hitia’a étaient-ils informés de cet épisode récent et ont-ils préféré établir des relations pacifiques avec ces nouveaux venus ?

Le contact ambigu de deux civilisations

Lors de la « découverte » de Tahiti par les Européens, en 1767 et 1768, l’île était divisée en plusieurs chefferies. Le littoral de Hitia’a où accosta l’expédition était dirigé par le arii Ereti. Celui-ci dirigeait une chefferie différente de celle de Pare (aujourd’hui cette dernière correspond à un territoire regroupant les communes de Arue/Mahina), où était arrivé Wallis, à une trentaine de kilomètres plus au nord. Cette chefferie de Pare était dirigée par la cheffesse Oberea (ou Purea), que ne rencontra pas Bougainville, et qui était elle-même liée au clan des Teva, une alliance alors dominante sur une grande partie de plusieurs chefferies de Tahiti… Hitia’a faisait alors partie d’une autre coalition influente sur la côte est/nord-est de l’île, nommée : Te Aharoa. Lors de son séjour, le Français visita une partie de ce littoral, ce qui nous vaut les premières descriptions du mode de vie, de l’architecture, des techniques de construction, etc. de cette société. La culture polynésienne étant alors de tradition orale, c’est essentiellement par les écrits de Bougainville que l’on peut avoir une idée des conditions dans lesquelles fut établi ce contact. Ils en reflètent donc la vision européenne. Mais cet homme d’action est aussi un esprit ouvert, un esprit « philosophe », et il ne porte pas de jugements.

Il n’est pas non plus habité par une volonté de conversion, comme pourront l’être les missionnaires protestants arrivés sur le navire anglais, le Duff, une trentaine d’années plus tard. Il est à remarquer que les notes de ses compagnons lettrés de voyage, l’astronome Verron, le cartographe Routier de Romainville, le naturaliste Commerson, le Prince de Nassau…, vont tous dans le même sens d’un accueil chaleureux et contribueront eux aussi à renforcer la réputation de Tahiti/paradis.

Une réputation que perpétuèrent les expéditions suivantes, et rivales, notamment celles de James Cook. Les Anglais et les Français s’accusant mutuellement, au passage, d’avoir apporté avec eux des maladies vénériennes… Quelques épisodes conflictuels assombrirent néanmoins le séjour de l’expédition. Il y eut notamment quelques morts chez les Tahitiens, suite à des vols. On ne peut cependant comparer ces accrochages avec la bataille qui avait opposé Wallis, dix mois plus tôt, à plusieurs centaines de guerriers qui attaquèrent le Dolphin à bord de leurs pirogues à balancier. Celle-ci avait fait de nombreux tués chez les insulaires. La curiosité des Tahitiens à l’égard de matériaux (le fer) et d’objets quasi inconnus qu’ils souhaitaient posséder était à comprendre dans un jeu de don et de contre-don ignoré des marins. La compréhension des mœurs régissant la sexualité des indigènes par les Européens – qui se voient « offrir » des jeunes filles, leur excitation et leur embarras – n’était pas sans ambigüité. Le « malentendu culturel » qui avait déjà commencé avec Wallis se poursuivra avec les expéditions européennes ultérieures et ne manquera pas de créer les conditions d’une acculturation chez les Tahitiens. Mais ceci est une autre histoire…

Une civilisation complexe dans un environnement insulaire.

La société tahitienne d’alors, dont les ancêtres étaient installés sur l’île depuis plusieurs siècles, dans le courant du premier millénaire de notre ère, est issue de migrations en provenance de l’Asie du Sud-Est, via la Micronésie et la Mélanésie. Excellents navigateurs – ils établirent pendant longtemps des échanges entre les pointes du Triangle polynésien (Hawaï, la Nouvelle-Zélande, l’île de Pâques) –, ils ont néanmoins vécu dans l’isolement du reste du monde. Un isolement qui les a menés à mettre au point des techniques d’horticulture et de pêche qui ont permis le maintien en bonne santé de populations structurées selon des règles sociales traditionnelles respectées.

Ce qui permettra d’ailleurs aux premiers « découvreurs » européens de trouver des vivres frais en mesure de pallier des carences alimentaires (notamment à l’origine du scorbut) consécutives à une navigation de plusieurs mois. « La civilisation des Polynésiens, sommaire sous son aspect matériel, avait atteint socialement, politiquement et religieusement, un degré bien supérieur à celui qu’on pourrait attendre d’un peuple vivant aussi isolé de toutes les autres influences humaines », commente l’historienne Corinne Raybaud. La compréhension du système de pouvoir très hiérarchisé qui prévalait – fondé sur des valeurs culturelles étrangères à Bougainville, comme d’ailleurs à Wallis et à Cook – lui a cependant échappé. Les réelles structures sociales, basées sur des considérations religieuses (les chefs étant considérés comme des descendants des dieux), furent mieux reconnues plus tard par des marins restés plusieurs mois sur l’île, comme l’Espagnol Maximo Rodrigues, en 1774, et le mutin de la Bounty, James Morrison, en 1790. Sa perception « rousseauiste » d’une civilisation libre et fraternelle, sans classes ni contraintes, qui ressort de ses écrits était assez éloignée de la réalité. Néanmoins, le tableau que dresse Bougainville de cette société va contribuer, à sa mesure et pour plus de 250 ans, à forger l’image d’un Éden dont la population polynésienne d’aujourd’hui, malgré les aléas de l’Histoire, est toujours héritière.

La colonisation française au XIXème siècle

Un chef de Tahiti, allié aux Anglais, fonde la lignée des Pomaré. Des missionnaires britanniques de la London Missionary Society s’implantent à Moorea  à partir du .

Puis, les îles de la Société sont converties au protestantisme, sous l’égide de la dynastie des Pomaré régnant sur le royaume de Tahiti (1790-1880), tandis que des missions catholiques françaises s’implantent aux Gambier et aux Marquises dès les années 1830. Bref, c’est la guéguerre entre les anglais et les français en manipulant les peuples autochtones.

Les années 1840 sont marquées par le début de l’implantation coloniale française, d’abord aux Marquises puis à Tahiti, où, au terme de la guerre franco-tahitienne (1844-1847) la reine Pomaré IV doit finalement accepter le protectorat français motif de cette guerre. C’est juste avant la guerre qu’arrive Edmond de GINOUX (de LACOCHE) avec le nouveau gouverneur BRUAT. En 1880, Pomaré V accepte de céder son royaume de Tahiti à la France. Il devient l’élément principal d’une colonie, les Établissements français de l’Océanie (EFO). Les îles encore indépendantes sont intégrées aux EFO de 1887 à 1901, notamment : les Tuamotou, Rapa et les îles Gambier en 1882, puis les îles Sous-le-Vent en 1898.

La colonisation est au départ initiée par les militaires (avec l’aide des missionnaires catholiques). C’est ainsi que Edmond de GINOUX revoit son ami rencontré lors de ses années à l’armée et croisé à Arras quand il était journaliste, Antoine Léon Raimbault devenu Chef de Bataillon du Génie. Celui-ci dessine des bâtiments militaires à Tahiti.

Les écrits d'Edmond de GINOUX

Edmond de GINOUX séjournent deux fois à Nuku Hiva, la plus grande île de l’archipel des Marquises et à Tahiti, une des îles du Vent de l’archipel de la Société.

  • La première fois, il accompagne Armand Joseph BRUAT, le nouveau gouverneur des Établissement français en Océanie. Le journal de l’Océanie dont-il est le rédacteur est interdit par le Ministre des Colonies. Très affecté par cette décision, il quitte Tahiti. (séjour de septembre 1843 à septembre 1845)
  • La deuxième fois, il est accompagné par Adèle de DOMBASLE, dessinatrice et souhaitant découvrir cette partie du monde. Après un séjour à Nuku Hiva, ils se rendent à Tahiti où Edmond est rapidement expulsé par le  gouverneur qui remplace BRUAT. Ce nouveau gouverneur agit probablement par vengeance, ayant été fortement critiqué par Edmond, le journaliste, dans le journal le National en 1839.

Souvenirs de Tahiti

Sur la flore tahitienne
Article de la Gazette nationale du 22 mars 1845

Souvenirs des îles Marquises

Les femmes de Tahiti et des îles Marquises

Les Nouvelles annales des voyages, de la géographie et de l’histoire publient en 1844 des lettres d’Edmond de GINOUX consacrées aux femmes de Tahiti et des îles Marquises (de la page 356 à la page 374).

L'éventail de la grande prêtresse
Article du journal La Mosaïque du 1er janvier 1883 après le décès d'Edmond
Le collier d’Anao

Ce récit évoque une rencontre tragique avec Anao, une jeune fille condamnée à mort par le grand-prêtre pour avoir enfreint un tabou. L’auteur tente de lui apporter réconfort et aide, mais Anao accepte son destin avec résignation. Elle offre à l’auteur un collier en dents de marsouin en souvenir. Cinq ans plus tard, l’auteur revient à Noukouhiva pour se remémorer Anao et son histoire tragique, déposant des fleurs sur son cercueil en hommage à sa vie écourtée. Récit dans Le collier d’Anao.

Les écrits d'Adèle de DOMBASLE

Adèle de DOMBASLE souhaite découvrir la Polynésie. Douée en dessin, elle accompagne Edmond de GINOUX dans son second voyage en Polynésie. Elle débarque à Noukou Hiva puis à Tahiti. Son séjour d’un ou deux mois lui permet de réaliser des dessins représentant des paysages et des personnages locaux.

Promenade à Noukou Hiva

 

Le texte raconte une soirée d’août 1848 à Noukouhiva, où l’auteur, fatiguée après une longue promenade, se trouve sur la véranda de l’habitation du commandant. La chaleur étouffante et l’atmosphère oppressante dominent la scène, tandis que le silence est seulement troublé par le clapotis des vagues. En plein échange avec le capitaine de vaisseau sur la rudesse du climat et la vie sur l’île, l’auteur exprime son désir d’explorer l’intérieur des vallées pour observer les habitants dans leur environnement naturel, en particulier le grand-prêtre Vékétou et sa femme.

Malgré les réticences du capitaine, qui juge cette entreprise dangereuse pour une femme, Edmond de Ginoux, en mission aux Marquises, soutient son projet. Ce dernier, ayant déjà vécu parmi les Noukouhiviens, minimise les risques et encourage cette exploration. L’auteur, inspirée par sa détermination à découvrir des aspects authentiques de la culture locale, persiste dans son intention de mener cette excursion, malgré les craintes exprimées par le commandant.  Récit dans Promenade à Noukou Hiva.

Le Monde en estampes – Types et costumes des principaux peuples de l’univers d’après des dessins d’Auguste Leloir, lithographie de Jean-Adolphe Bocquin, imprimerie Lemercier Paris – 1858 –  © Communauté des GINOUX

Extrait du livre Les Merveilles des Races humaines – Louis FIGUIER -Hachette – 1872

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