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Le coup d’Etat du 2 décembre 1851

Retour au contexte historique

Le coup d’État du 2 décembre 1851 est l’acte par lequel, en violation de la légitimité constitutionnelleLouis-Napoléon BonapartePrésident de la République française depuis trois ans, conserve le pouvoir à quelques mois de la fin de son mandat alors que la Constitution de la Deuxième République lui interdisait de se représenter.

Le matin du 2 décembre 1851, Louis-Napoléon Bonaparte édicte six décrets proclamant la dissolution de l’Assemblée nationale, le rétablissement du suffrage universel masculin, la convocation du peuple français à des élections et la préparation d’une nouvelle constitution pour succéder à celle de la Deuxième République. Celle-ci, proclamée en février 1848, a duré moins de quatre ans.

Conclusion non seulement des difficultés que la Deuxième République rencontra pour s’imposer, mais aussi d’un conflit de trente mois avec le parti de l’Ordre, qui détient la majorité au Parlement, ce coup d’État marque la victoire des bonapartistes autoritaires.

Extrait de l’encyclopédie libre Wikipédia page “Le coup d’Etat du 2 décembre 1851

Le grand événement de décembre 1851 :  la résistance en province

La résistance en province est le grand événement de décembre 1851. En effet, tout au long de la 1ère moitié du XIXe siècle, la province avait subi les changements de régime imposés par les événements parisiens (1815, 1830, 1848). En 1851, plusieurs régions résistent de façon inattendue avec, dans les départements du Var et des Basses-Alpes, un véritable soulèvement armé. A part la chouannerie de 1793 et les « maquis » de 1943-1944, on ne voit guère d’autre prise d’armes rurale de la même importance, même si le soulèvement « pour le droit » n’a affecté que quelques régions.

Il s’agissait de défendre la république. En province, partout où la propagande républicaine avait pénétré, les « rouges » avaient fait connaître les articles 68 et 110 de la Constitution en vertu desquels un coup d’état donnerait le signal de l’insurrection. Les populations rurales « rouges », prêtes à défendre la République, étaient, en outre, souvent exaspérées par les tracasseries des préfets qui avaient dissous des municipalités républicaines ou supprimé des journaux locaux.

Les nouvelles circulaient lentement et le pouvoir était maître du télégraphe. Il y a donc un décalage de l’information et la province n’apprend le coup d’état que le 3, le 4 ou le 5 décembre – lorsqu’il a triomphé à Paris. Les grandes villes, tenues par les préfets, ne bougent pas. Les capacités de résistance des ouvriers de villes comme Limoges ou Lyon avaient été brisées par une répression antérieure. Les chefs montagnards sont à Paris et manquent à l’insurrection : Louis-Napoléon Bonaparte avait d’ailleurs volontairement attendu que la rentrée parlementaire soit faite pour déclencher le coup d’état.

L’exemple de la Corrèze est éclairant : en décembre 1851, Pierre Bourzat, député montagnard de la Corrèze, était à Paris pour la session parlementaire ; il se battit sur les barricades parisiennes et, coupé de son département, il ne put donner de mots d’ordre ou transformer en mouvement les quelques incidents qui eurent lieu.

Avant de s’insurger, la nécessité s’imposait aux chefs montagnards locaux d’apprécier l’état d’esprit des autorités locales ainsi que celui de la ville, ou de la grande ville voisine qui pouvait servir de relais. Bref, la résistance en province ne commence pas tout de suite. Elle se produit surtout entre le 3 et le 8 décembre 1851.

Les sociétés secrètes : leur organisation…

     Les sociétés secrètes avaient structuré l’opinion républicaine et mis en place un réseau politique qui transmettait les informations et les mots d’ordre. Elles étaient parfois héritières de sociabilités anciennes :

– Les « chambrées », caractéristiques des gros villages de Basse-Provence, ne sont ni des « tripots camouflés », ni des clubs, ni des coopératives de consommation mais des « cercles populaires » qui rassemblent des amis désireux d’occuper leurs loisirs et de parler ensemble, avec en outre une dimension d’entraide. La chambrée est aussi le lieu où, outre boire et jouer, on peut s’informer. Le journal républicain, auquel la chambrée est abonné, est souvent lu à haute voix, ce qui permet à l’illettré d’accéder aux informations, puis il est traduit en provençal pour ceux qui ne comprennent pas bien le français, et il est enfin commenté collectivement. Il y a souvent plusieurs chambrées par village. Elles ont servi de matrices ou de relais pour la formation des sociétés républicaines qui se structurent en quelques mois (1849-1851). En 1850, on compte un millier de chambrées dans le seul département du Var. Elles comptent chacune – au moins officiellement – peu de membres, ce qui permet de tourner la loi qui fait obligation de déclarer les sociétés de plus de 20 personnes. Au total, c’est généralement près de la moitié des hommes adultes du village qui appartiennent à l’une ou l’autre chambrée.

 Ces sociétés secrètes s’organisent donc selon un véritable réseau. C’est la naissance de la Jeune Montagne ou Nouvelle Montagne qui semble avoir sa source dans le Vaucluse, autour d’Alphonse Gent, ancien préfet et député de 1848, compromis dans le soi-disant « complot de Lyon ». Elle se répand le long de la vallée du Rhône, de Marseille à Lyon en passant par le Gard, la Drôme, l’Ardèche. Elle se développe ensuite dans le Var et les Basses-Alpes.

Dans les Bouches du Rhône

Dans son rapport du 16 janvier adressé au procureur général, le procureur de la République dénombre 29 communes à la suite des renseignements obtenus par l’information :

« (…) il a existé dans les communes dont les noms suivent une société secrète sous le nom de La Montagne : Aurons, Berre, Cabriès, Eguilles, Fos et Port de Bouc, Fuveau, Gardanne, Istres, Jouques, Lambesc, La Roque d’Anthéron, Le Puy Ste Réparade, Marignane, Martigues, Meyrargues, Meyreuil, Pélissanne, Peyrolles, Rognes, St Chamas, St Paul, Salon, Trests, Velaux et Vitrolles ».

La répression

En province, les exécutions eurent souvent lieu lors de la véritable « chasse à l’homme » qui s’exerça après la fuite des insurgés vaincus. Lors de leur arrivée à Saint-Etienne-les-Orgues, les soldats du colonel Vinoy arrêtèrent trois républicains qui furent fusillés sur le champ. D’autres compagnons d’André Ailhaud, arrêtés dans la montagne de Lure furent aussi fusillés sans jugement. Le colonel Travers, après avoir repris Cuers et être passé à Draguignan, fit fusiller tous les traînards au cours de la poursuite menée contre les « rouges ». Louis Martin, dit Martin Bidouré, un jeune peigneur de chanvre de Barjols qui servait comme estafette fut même fusillé deux fois : une fois par un coup de pistolet tiré par l’officier qui commandait les soldats qui l’avaient arrêté ; laissé pour mort, il fut fusillé une seconde fois par les soldats auxquels le livra le paysan chez qui il s’était réfugié. Dans certains départements, comme le Gers, l’Allier, la Drôme les gendarmes cernèrent des villages pour arrêter les suspects. A Clamecy, cerné par la troupe, les deux parlementaires envoyés par les insurgés pour négocier leur reddition furent immédiatement fusillés. Des insurgés du Var et des Basses-Alpes réfugiés dans les grottes du comté de Nice – alors piémontais, furent repris par les gendarmes alors qu’ils regagnaient leurs fermes.

Dix mille personnes environ furent condamnées à la transportation : 239 étaient envoyées au bagne de Cayenne, les autres en Algérie : « Algérie + » (10 ans en résidence forcée) ou « Algérie – » (5 ans en résidence libre). La condamnation au bagne était particulièrement redoutée car peu de condamnés survivaient au delà de cinq ans. L’exemple de Clamecy est caractéristique : 44 insurgés de la ville avaient été déportés à Cayenne. Simone Waquet a retrouvé la trace de 32 d’entre eux ; 22 sont morts, n’ayant pas « résisté aux conditions de vie effroyables du pénitencier ». Les deux chefs moururent au bagne, Eugène Millelot d’épuisement après une tentative manquée d’évasion et Dominique Guerbet, miné par la dysenterie et la folie.

Les autres républicains condamnés par les commissions mixtes étaient expulsés du territoire (980), éloignés momentanément du territoire français (640), internés (2827), placés en maison de correction (29 enfants), placés sous la surveillance de la police (5184). Les conseils de guerre (247 personnes), les tribunaux correctionnels (645 personnes) et les mises à la disposition du Parquet (645 personnes) auraient à compléter la besogne. Quelques-uns furent jugés en cours d’assises. A Clamecy, deux condamnés à mort – pour le meurtre du gendarme Bidan – furent guillotinés sur place dans une ville « écrasée de stupeur », tous volets clos. Le but recherché avait été atteint et comme l’écrivait le commissaire de Poligny en janvier 1852, « la démagogie est terrifiée, journellement on fait des arrestations, ce qui épouvante le reste des démocrates ». Le pouvoir pouvait alors manifester une certaine clémence et désengorger les prisons surpeuplées. 5857 personnes étaient libérées après quelques jours ou quelques semaines de prison : on estimait sans doute que, pour elles, le coup de semonce d’un emprisonnement serait suffisant.

Monument de Crest (Drôme)

Les mesures de grâce

Le déchaînement répressif des commissions mixtes inquiéta le président lui-même qui, se donnant le beau rôle, envoya trois conseillers d’état en mission extraordinaire, pour réviser les décisions prises et préparer les mesures de grâce. Les généraux Espinasse et Canrobert, chargés du Sud-Ouest et du Languedoc, firent preuve de peu d’indulgence. En revanche, le conseiller d’Etat Quentin-Bauchart, envoyé dans le Sud-Est proposa 3000 grâces. Louis-Napoléon Bonaparte usa largement de son droit de grâce. Le nombre des transportations en Algérie passa de 9581 à 3006 et, finalement, le nombre des républicains remis en liberté passa de 5857 à 12632.

Extraits du site internet 1851