Table des matières
Préambule
Cet article tiré de La Politique nouvelle, revue hebdomadaire de Politique, sciences, littérature, beaux arts du 2mars-9 novembre 1851 et signé d’Adèle DOMBASLE a été déniché par Frédéric de La GRANDVILLE lors de ses recherches sur Edmond de GINOUX.
Cet article, évoquant une promenade sur l’île de Noukou Hiva en août 1848, indique que ce couple n’a pas débarqué directement à Tahiti venant de Valparaiso (Chili). Il s’est arrêté aux iles Marquises où mouillaient de nombreux navires faisant la navette entre Valparaiso et Tahiti.
Adèle se dévoile peu à peu dans son récit. Elle évoque ses émotions et réactions devant les évènements survenant au cours de sa promenade sur l’île. Elle est un peu coincée dans sa position de femme française éduquée de son époque. Malgré cela, On la perçoit comme une vraie exploratrice voulant découvrir par elle même le sens de ce qu’elle vit.
Elle nous apprend quelques mots des natifs des îles Marquises. Elle décrit minutieusement les paysages, les habitations, les individus et elle informe qu’elle réalise des dessins de ce qu’elle observe.
Ses rapports avec Edmond de GINOUX sont évoqués. Elle se sent souvent raillée par son mentor à l’aise avec les « sauvages ». Il a 8 ans de plus qu’elle et semble la laisser découvrir par elle même le sens des situations, n’intervenant qu’aux moments délicats.
Nous pouvons mettre en lien cet article d’Adèle et l’article « souvenirs des îles Marquises – l’éventail de la grande prêtresse » d’Edmond.
- Les plans et les photos (de 1898) sont extraits des Archives Nationales d’Outre Mer.
- Les dessins sont d’Adèle de DOMBASLE conservés par le Musée des explorations du monde de Cannes et du Musée du quai Branly-Jacques Chirac.
- Le texte de l’article d’Adèle de DOMBASLE a été retranscrit en partie avec l’aide de ChatGPT ou d’un logiciel d’OCR en ligne et corrigé par un humain.
- La traduction des mots marquisiens est assurée par le site Te éo.
- Deux représentations de la grande prêtresse ont été générées par ChatGPT à partir de la description d’Adèle de DOMBASLE.
Lexique marquisien
Les mots marquisiens suivants sont utilisés dans le texte d’Adèle de DOMBASLE. Elle transcrit la syllabe « ou » par « ou » alors que d’autres auteurs le font avec « u ».
Mots végétaux
- Maioré arbre à pain
- Pouraou mûrier dont l’écorce permet les tapas
- Tamanou arbre à fleurs
- Goyavier plante à fleurs
- Mapé chataignier tahitien
- Stipe tige de palmier
- Tapas écorce de mûrier pour confectionner des pagnes
- Tiaré arbuste à fleur
- Kava espèce de poivrier dont la racine est utilisée pour élaborer une boisson de cérémonie
- Casuarina arbuste ou arbre à feuilles persistantes
- Pandanus ou fara plantes arbustives
- Héva faux manguier dont le latex est un poison
Personnages
- Témoara le roi de l’île
- Vékétou le grand- prêtre
- Hani la grande-prêtresse
- Tahia la fille décédée de Hina
- Touhané : la jeune fille qui s’occupe du bien être d’Adèle
- Té-héo-outu le fils du chef des Taïohas
- Manoutini : le petit-fils de la reine Patini
- Aténa Adèle
- Té-Moana le roi de l’île
- Patini la reine de l’île
PROMENADE À NOUKOUHIVA
Visite à la grande-prêtresse
La veille de la promenade
Baie de Taiohaé avec le fort Collet et la maison du Commandant supérieur à droite du fort, isolée, en rouge sur le plan
Un soir du mois d’août 1848, brisée par la fatigue d’une longue course dans la vallée d’Ikoéi, j’étais paresseusement assise sur la véranda de l’habitation du commandant particulier de Noukouhiva. La chaleur était accablante, la nuit profonde, le ciel bas et écrasé ; des masses compactes de nuages noirs roulaient lentement au-dessus de l’île ; aucune étoile ne projetait son étincelle d’argent sur la surface unie et sombre de la mer ; pas un souffle de brise n’agitait les broussailles, ne soulevait les flocons blancs de cotonniers en fleurs. De loin en loin un léger frémissement courait, et il est vrai, sur les feuilles perdues à la cime des grands arbres ; mais bientôt tout se calmait ; la lame, mollement refoulée sur la plage, troublait seule par son clapotement le silence du soir.
Bercée par ce bruit monotone, je m’abandonnais à une vague rêverie, les regards machinalement attachés sur trois beaux chiens de chasse, fidèles compagnons des voyages du chef de notre établissement. Ces pauvres bêtes, haletantes sous le poids de l’atmosphère, grattaient le sol avec une sorte de rage, et comme si elles désiraient trouver un peu de fraîcheur sous le sable, elles y plongeaient à l’envie leur museau brûlant.
Le capitaine de vaisseau, commandant supérieur de nos petites forces dans l’île, mit fin à ma méditation. Cet officier apparaissait armé d’un mouchoir dont il se servait tour à tour pour s’essuyer le front et pour s’envoyer au visage les bouffées d’un vent factice.
— Je ne puis plus tenir dans le salon, dit-il en agitant son éventail improvisé. Quand donc me sera-t-il permis de sortir de cette fournaise et de respirer de l’air enfin !
— Comment pouvez-vous ne pas aimer Noukouhiva, répliquai-je d’un ton de reproche. Dans la position que vous occupez, la vie me semble devoir y être fort douce, et à votre place je me trouverais heureuse.
— Si vous étiez ici depuis treize mois, — et le capitaine de vaisseau hochait la tête avec tristesse, — vous ne parleriez plus de même. Une fois le soleil levé sur cette terre maudite, il devient impossible de se mouvoir, et vous le voyez, les nuits sont presque aussi étouffantes que les journées.
— Je l’avoue, répondis-je en me débarrassant d’une écharpe de mousseline dont le léger contact n’était pas supportable, la température est affreuse aujourd’hui ; cependant j’ai ouï me promener à toutes les heures, et j’ai formé pour demain un projet hardi. Je compte aller surprendre chez eux le grand-prêtre Vékétou et sa femme.
— Parlez-vous sérieusement ? Mais c’est de la folie ! La case du grand-prêtre est au fond de la vallée de Pakiou ; il y a fort loin. Jamais il ne vous sera possible de faire seulement la moitié du chemin. Voyons, c’est une plaisanterie, n’est-ce pas ? Quel charme peut vous attirer chez ce farouche sacrificateur ? Sa vue seule vous effraie, et je ne pense pas, malgré sa beauté, que la femme de Vékétou vous inspire de la sympathie.
— Vous ne voulez donc pas comprendre, monsieur, combien je dois trouver d’intérêt à voir les sauvages réellement dans leur intérieur, au milieu de leurs habitudes, entourés de tous les objets à leur usage. On aura beau me faire de longs récits sur leur manière de vivre, je n’apprendrai qu’imparfaitement ce que je désire savoir. La simple inspection d’une case m’en dira davantage. Mieux que les descriptions, elle me révélera les particularités intimes de leur existence. Vous le savez, je suis venue à Noukouhiva uniquement pour voir ; mon but ne serait-il pas manqué, si je me contentais de parcourir la plage et le maigre plateau d’Akapéi ? Je vous laisse juger. — N’obtenant pas de réponse, je poursuivis : — Les uniformes des soldats éparpillés sur le rivage de Taïohaé gâchent complètement pour moi l’aspect sauvage de l’île, et il est bien naturel que je cherche à rapporter de mon voyage des impressions puisées dans un milieu plus primitif encore que celui de la baie.
Quand apparaît Edmond de GINOUX
Tandis que j’achevais ces paroles, M. Edmond de Ginoux, chargé d’une mission en Océanie, alors de passage aux Marquises, arrivait sur la varangue où avait lieu notre débat. Il devait m’être un auxiliaire, aussi en le voyant s’approcher le commandant rompit-il le silence pour me dire :
— M. de Ginoux est sans aucun doute de votre avis, madame ; j’ai lieu de le craindre, il ne vous détournera pas d’une fantaisie de course lointaine.
— Vous avez raison, commandant, dit aussitôt le visiteur indirectement attaqué. Au lieu de songer à retenir madame lorsqu’elle manifeste l’intention d’entreprendre une longue promenade, je suis le premier à lui en inspirer le désir. Elle emportera un remords, si elle quittait Noukouhiva après avoir parcouru seulement les vallées voisines de notre petit fort.
— Oui, mais pour une femme, aller jusque chez Vékétou, c’est un voyage au-dessus de ses forces ; il faudra supporter le soleil de midi, et il y a là de quoi tuer.
— La pluie est plus à craindre pour demain que le soleil, répondit simplement M. de Ginoux. Le ciel semble nous promettre un de ses plus beaux déluges.
— Enfin, madame le veut ! murmura le commandant d’un ton de mauvaise humeur ; je souhaite que cette excursion n’ait point un résultat fâcheux.
Le commandant se tut, mais tout en lui trahissait de la contrariété ; les mains croisées derrière le dos, il allait et venait sur la varangue comme s’il se fût promené sur le pont de sa frégate. Au bout de quelques minutes il s’arrêta devant moi.
— Je ne vous offre pas de vous accompagner, reprit-il froidement ; je compromettrais peut-être votre singulière partie de plaisir. Conduite par M. de Ginoux, les sauvages ne vous feront aucun mal ; ma présence pourrait changer leurs dispositions. Je suis le chef supérieur, tout mécontentement remonte jusqu’à moi, et les mécontents sont nombreux.
Je regardai le capitaine de vaisseau. Malgré le ton grave dont il avait prononcé ces paroles, j’avais de la peine à me persuader qu’il parlât sérieusement. Sa physionomie était on ne peut plus solennelle, et j’en ressentis une certaine émotion. Je le confesse, l’idée d’un danger possible soulevait en moi comme un mouvement d’hésitation ; il s’effaça rapidement. Un regard jeté à la dérobée sur M. de Ginoux m’avait fait voir son visage empreint d’un étonnement si naïf, que j’eus honte de ma faiblesse. M. de Ginoux n’en était point à son premier séjour parmi les Noukouhiviens. Dans un précédent voyage il avait passé plusieurs mois au milieu d’eux, et il avait souvent mis à l’épreuve la foi toute pacifique dont les sauvages accueillent ceux qui viennent à eux sans dispositions hostiles.
— Il était tard, je me levai pour me retirer, et, tendant la main au commandant, je lui promis qu’à l’heure du dîner je reviendrais mettre fin à sa bienveillante sollicitude.
— Puisque vous persistez, me dit-il alors d’un air moitié chagrin, moitié gracieux, je vais donner quelques ordres relatifs à votre course.
Maison du Commandant supérieur – la conversation se déroule sous la véranda probablement face à la mer avec la vue de la photo de droite.
Le début de la promenade
Le lendemain, avant le jour, un interprète, les canotiers et l’embarcation du commandant nous attendaient sur la plage. Cet officier avait eu la galanterie de nous donner sa yole pour traverser la rade et par là abréger le trajet. Je m’embarquai en songeant à l’entretien de la veille, et peut-être une vague inquiétude me serait-elle restée sans les plaisanteries de M. de Ginoux, qui riait franchement de mes terreurs. Tout à fait rassurée en abordant la rive opposée au plateau d’Akapéi, je sautai à terre dans la meilleure situation d’esprit, et vraiment il fallait dire fort de ces bonnes dispositions, car les sentiers n’étaient guère praticables. Durant une partie de la nuit, des orages s’étaient succédés avec violence. Le terrain, tout détrempé, était devenu glissant au point de rendre la marche très difficile. D’épaisses nuées pleines d’électricité s’élevaient lourdement l’un après l’autre derrière les montagnes et chargeaient l’atmosphère d’une pesanteur insupportable. À quelques pas du rivage, nous nous étions engagés sous les arbres. Là, des nuées de moustiques soulevées par l’humidité tourbillonnaient dans l’air et ne cessaient de nous tourmenter cruellement ; de plus, chaque branche, encore baignée de pluie, secouait sur nos vêtements les gouttes d’eau qui ruisselaient au bout de ses feuilles.
Ces ennuis étaient bien capables de décourager au début d’une promenade ; toutefois, en les endurant, je n’ai pas éprouvé un regret, car ces petites misères disparaissaient pour moi devant l’aspect si nouveau de la nature offerte à nos regards. Le paysage, cependant, ne brillait point par la diversité des accidents ; la vallée, couverte comme une forêt vierge, nous ensevelissait sous l’épaisseur de sa puissante végétation et ne laissait à l’œil aucune perspective. De toutes parts, les Maïorés (arbres à pain), providence du sauvage par le pain qu’ils lui donnent, les Pouraous, muriers dont l’écorce battue se transforme en Tapa, étoffe des insulaires, les Tamanous, les Goyaviers, les Mapés gigantesques, élançaient orgueilleusement au-dessus de nous leurs têtes chargées de fleurs pourpres ou dorées. Leurs branches s’entrelaçaient de mille manières et recouvraient l’étroit sentier d’un immense dais parsemé d’étoiles odorantes. À leurs pieds, le sol était envahi par toutes ces plantes délicates et brillantes qui, aux Marquises, ne demandent pour naître qu’un peu de fraîcheur à l’ombre protectrice des grands arbres. Devenu moins abondant sur le rivage, le cocotier dressait ça et là, à l’extrémité de son stipe long et souple, son panache de feuilles découpées. Ce panache, sans cesse tremblant sous la brise, rend un murmure mélancolique, douce voix qui me rappelait à six mille lieues de la France, le chant plaintif du sapin de nos montagnes. Le petit sentier, tracé par le pas des sauvages et perdu sous la magnificence de cette végétation, serpentait à l’abri de la chaleur pour aller bientôt gravir avec nonchalance une colline qui barre la grande vallée.
Sentier d’une vallée de Noukou Hiva – paysage sous les yeux d’Adèle de Dombasle
Rencontre d'un effrayant autochtone
À mesure que nous avancions, le soleil pompait l’humidité de la terre, et la marche devenait moins pénible. De temps à autre, seulement, nos pas étaient ralentis par un frais ruisseau glissant sur un lit de mousse au milieu d’une profusion de fougères et de lianes. Ces cours d’eau, très-peu profonds, sont semés de grosses pierres à l’aide desquelles on peut les franchir pour la plupart sans être obligé de se mouiller. Au bord de l’une de ces coquettes rivières plus creuse que les précédentes, je m’arrêtais fort indécise ; les pierres servant de gué aux autres manquaient à celui-ci, et M. de Ginoux riait. J’étais absorbée dans la contemplation de l’obstacle inattendu, lorsqu’un Kaoha (salut) sonore retentit à mon oreille. Je relevai la tête, et je vis près de moi un sauvage d’une stature colossale. Une large bande de tatouage coupait diagonalement sa face, partout recouverte de dessins bizarres. À l’exception d’une ceinture retombant en tablier, son corps était littéralement nu, et les tatouages se variaient à l’infini sur chacun de ses membres. Les cheveux de ce Marquisan à l’aspect terrible, relevés de deux cornes solidement tordues, ajoutaient un cachet de plus à sa physionomie diabolique. Une longue pique, au sommet de laquelle se balançaient des mèches de cheveux surmontées de menus brins de sauvage et mon compagnon de promenade, je cherchais avec inquiétude un signe rassurant sur le visage de ce dernier. Tout à coup, sans me laisser le temps de recevoir aucune explication, sans aucun préambule, je me sentis enlevée par deux bras vigoureux, qui me déposèrent de l’autre côté de l’eau. Cela s’était fait si vite que je n’avais eu le temps de savoir si j’avais peur. J’étais enchantée de voir l’obstacle vaincu, et de pouvoir continuer ma route. Toutefois, la surprise était vive; j’avais peine à me convaincre des bonnes intentions d’un homme qui ne savait pas mettre plus de formes dans ses procédés, et instinctivement je redoutais une surprise nouvelle.
— Avouez, dis-je à M. de Ginoux, quand le kanaque se fut éloigné, que vous auriez dû m’avertir.
— Pourquoi cela ? Vous êtes aux Marquises, vous voulez apprendre par vous-même, je dois vous abandonner à vos émotions. Du reste, que la galanterie de ce sauvage ne vous surprenne point; tous les Marquisans ont la même obligeance. Ils n’offrent pas, ils rendent service et ne demandent aucun remerciement. Pour traverser les rivières, la civilisation a inventé les ponts; les sauvages prêtent gratuitement leurs épaules. Patientez un peu, madame, et vous finirez par aimer ces braves Noukouhiviens, que l’on représente en Europe comme de hideux mangeurs d’hommes, toujours à la piste d’une proie à dévorer.
Le jeune chef qui a soulevé Adèle lui permettant de franchir le ruisseau – dessin d’Adèle de DOMBASLE – Musée du quai Branly-Jacques Chirac
Découverte d'une Koïka
Le sentier, fort resserré jusqu’alors, s’ouvrit brusquement sur une large voie en pierres, unie comme nos chaussées les mieux entretenues. Cette voie est un côté d’un vaste encadrement rectangulaire, construit en façon de rempart autour d’une esplanade plus basse d’un mètre que le dessus de la chaussée. De gros blocs de roche à demi-polis, mais joints avec beaucoup d’adresse, composent en entier cette manière de fortification, travail surprenant pour des sauvages. A l’intérieur, et de distance en distance, de petits massifs couronnés de débris de cabanes flanquent les quatre faces. Le terrain de l’esplanade est nivelé, fortement battu et dégagé avec soin de toute espèce d’herbe; quelques arbres centenaires, seuls respectés par la main de ‘homme, étendent l’un vers l’autre leurs longs bras noueux chargés, en guise de bracelets, de mille guirlandes formées par les lianes parasites qui ont pris naissance dans la poussière de leur écorce.
— Vous voyez une Koïka, me dit mon guide officieux. Les jours de fête publique, les sauvages se réunissent dans un de ces lieux consacrés à la fois aux réjouissances et aux sacrifices humains. Les massifs avancés qui, à l’intérieur, s’adossent à la grande muraille, supportent les huttes en bambous où s’installent les familles des chefs. Ces huttes sont toujours provisoires; après chaque fête on les laisse s’écrouler
d’elles-mêmes.
Immédiatement devant nous, au-delà des ouvrages en pierre qui encadrent la koïka, j’avais remarqué d’un oeil d’envie une grande et jolie case solitairement couchée, à l’ombre des Tamanous, sur la lisière de la forêt. Le site qu’on lui avait choisi était charmant. L’air devait y être frais toujours, malgré l’excessive ardeur du soleil des Marquises. Le calme le plus profond régnait dans cette retraite. La case était fermée cependant, et, dans mon ignorance de la cause de cet abandon, j’exprimai tout haut le plaisir que j’aurais à y habiter.
— Cette case est un Moraï, madame, murmura une voix que je ne m’attendais pas à entendre.
Koïka – Dessin d’Adèle de DOMBASLE – Cannes, Musée des explorations du monde – Ancienne collection Dombasle-Gilbert Sonnery/Arielle Dombasle
scènes lors d’une Koïka à Noukou Hiva de nos jours
L'histoire de Baptiste, l'interprète
Je me retournai avec étonnement, et je reconnus Baptiste, l’interprète que nous avait donné le commandant particulier. Depuis notre départ d’Akapéi, Baptiste, cicerone muet, nous avait accompagnés sans mot dire. Pour la première fois, il se hasardait à proférer une parole. Ce grave personnage avait seize ans, et il ne paraissait en avoir que treize. Fils d’un ouvrier génois venu aux îles Marquises en 1843, à la suite de M. le gouverneur Bruat, cet enfant s’était bientôt mêlé aux jeux des Poïtis de son âge, partageant en émule infatigable exercices dans l’eau, leurs courses dans la montagne, leurs repas frugaux, leur sommeil sur la pierre. Par cette fréquentation de toutes les heures, il avait promptement appris à parler la langue kanaque aussi bien qu’un Mahoï ou naturel de l’île. L’ouvrier génois ne partageait pas l’engouement de son fils pour le séjour de Noukouhiva; il résolut d’en sortir, et il partit; mais sans Baptiste. Le petit Italien avait voulu demeurer avec ses amis les sauvages. Il était devenu utile, on lui confia les importantes fonctions d’interprète.
Tentative de visite d'un Moraï
Souvent on m’avait parlé des moraïs, temples des dieux de Noukahiva ; je savais qu’ils renfermaient les idoles des tribus, les tambours de guerre et de fête, des armes consacrées, des crânes humains, des ossements, des chevelures; mais je n’en avais point visité encore.
J’accueillis donc avec empressement l’occasion de pénétrer dans un de ces sanctuaires élevés par l’anthropophagie, et je priai M. de Ginoux de me conduire vers celui que nous avions devant nous. Je me disposais à franchir l’espace qui nous séparait du terrain battu de la koïka, lorsque je fus arrêtée par ces mots :
— Regardez Baptiste, madame, et demandez-lui de vous servir de guide.
L’interprète avait la tête basse ; il tournait sournoisement sur les talons à la manière d’un écolier, surpris en faute, qui fait mine de se soustraire par la fuite à la correction dont il est menacé.
— Je dois vous expliquer le motif de l’effroi de Baptiste, reprit M. de Ginoux. L’objet de votre convoitise de tout à l’heure, cette case, si coquettement assoupie sous l’éventail des grands arbres, vient de perdre subitement sa poésie ; un mot l’a transformée en un charnier. Que voulez-vous ? C’est le sort de bien des choses dans notre bas monde. L’imagination et une fée puissante. Sans le secours d’une baguette, elle a le don de prêter à une morgue l’apparence d’un chalet digne d’une bergère de Watteau, malheureusement la triste réalité marche sans relâche à sa suite pour anéantir ses créations, et de son souffle de glace elle détruit les rêves.
— Veuillez être assez aimable, monsieur, pour remettre à plus tard le chapitre des railleries, et apprenez-moi pourquoi l’interprète ne pourrait pas nous suivre au moraï.
— J’arrive au fait. L’illusion détruite, un sentiment de curiosité a pris sa place ; seulement votre fantaisie n’est pas sans danger à satisfaire. Le danger ne serait pas pour nous, mais pour Baptiste.Un moraï est un édifice Tapou, sacré ; toute violation du Tapou est punie de mort.
— Cette loi concerne les sauvages, non Baptiste, je le suppose ; il est sous la protection de l’autorité française.
— Sans doute, madame, nos canons le protègent. Cela n’empêche pas que le tapou ne comprenne les étrangers aussi bien que les mahoïs. Les soldats du fort commandent le respect de nos personnes au grand-prêtre Vékétou ; il n’oserait pas attenter à la vie d’un Français. D’ailleurs, ce ne serait pas une entreprise facile : nos soldats et nos matelots sont prudents. Baptiste fait un peu exception ; il ne porte point d’uniforme, il n’est au milieu de nous que par adoption, et les Noukouhiviens le considèrent comme leur appartenant à moitié. Il mange partout avec confiance. Un jour ou l’autre, s’il transgressait la loi religieuse, quelques gouttes du poison tiré du fruit de l’Héva ferait justice de son crime, et les sauvages savent que, pour lui, on ne déclarerait pas la guerre à la population de l’île. Si nous étions seuls , vous et moi, je n’hésiterais pas à vous conduire au moraï, et je répondrais de l’impunité pour tous deux ; la présence de l’interprète doit nous retenir, car on se vengerait peut-être sur lui d’une faute dont il ne serait pas coupable.
— Je dois donc renoncer à voir un de ces temples ?
Dessin d’un Moraï d’Adèle de DOMBASLE – peut-être celui rencontré lors de sa promenade – Musée du quai Branly-Jacques Chirac
La vallée de Méaou
— Non , madame. Après notre visite à la grande prêtresse, l’interprète se rendra, par le chemin le plus court, devant la case du roi Témoana ; il y trouvera les canotiers du commandant, qui nous attendent, et il les renverra à Akapéi. Nous autres , nous descendrons la vallée de Pakiou ; j’y connais un moraï, nous y entrerons, sans crainte pour personne cette fois.
— Je me garderai d’insister, monsieur. J’accepte votre offre, vous je vous en remercie. Mais permettez-moi une réflexion. Elle n’a aucune arrière-pensée, je vous l’assure. Depuis que nous avons tourné le dos à la mer, nous n’avons rencontré qu’un sauvage, celui qui a eu la galanterie de me porter pour passer la rivière ; autrement, pas une trace d’habitation, pas une voix, pas la moindre spirale de fumée n’a trahi l’existence de l’homme. Nous sommes à présent au sein d’une forêt épaisse et déserte. Quel être invisible aurait pu dénoncer notre violation du Tapou ? Il n’y a certainement jamais eu une demeure humaine près d’ici.
— Je vous demande pardon, madame, s’écria avec vivacité notre pauvre interprète. La vallée de Méaou ne compte pas un très grand nombre de familles, cependant les cases y sont communes. Du point où vous êtes, vous pouvez distinguer à travers les arbres plusieurs toits en feuilles de cocotier.
En examinant avec beaucoup d’attention, je finis en effet par apercevoir quelques taches jaunâtres dans les plis du manteau de la forêt. Toutefois , le silence était si absolu que, malgré le témoignage de mes yeux, je doutais que ces taches marquassent des maisons kanaques, et surtout, que ces maisons fussent habitées.
— Parce que vous n’avez entendu aucun bruit, parce que vous ne voyez aucun Noukouhivien venir à nous, vous vous figurez que nulle âme n’est instruite de notre marche sur les terres de Méaou. Vous connaissez peu les sauvages, madame, dit M. de Ginoux. Tous nos pas ont été observés ; en ce moment-ci , par exemple, la solitude vous parait complète, eh bien ! vos moindres gestes sont épiés par plus d’un regard. A ces paroles, qui ne m’effrayaient point, je répondis par un signe d’incrédulité.
— Il vous faut des preuve soit ! — Baptiste , poussez un cri de reconnaissance.
L’interprète jeta dans l’air ce cri sauvage : » Hou ! » tiré du fond de sa poitrine, et, au même instant, vingt cris pareils partirent de diverses directions. Je frissonnai involontairement.
Le circuit effectué par Adèle et Edmond lors de cette promenade
Apparition d'un groupe de marquisans
— Hou ! répéta l’interprète.
Moins d’une minute après ce second signal, le paysage si entièrement mort auparavant s’anima tout à coup. De tous côtés je vis surgir en s’avançant vers nous, des hommes à l’allure souple et alerte, des femmes enjouées, des enfants à la physionomie ouverte.
L’un après l’autre, ces Marquisans nous saluèrent d’un kahoa ! de bienvenue ; ensuite, discrètement accroupis sur leurs talons, ils commencèrent l’examen de nos personnes. Chaque objet nouveau pour eux leur arrachait ces exclamations : « Hé ! aha ! » produites avec un accent naïf indéfinissable.
Les hommes, barbouillés de tatouages bleus indélébiles, portaient en fait d’habillement l’unique ceinture de tapa commune à presque tous les peuples des îles de l’Océanie. Les femmes étaient vêtues d’un morceau de la même étoffe noué à la taille. Leur torse, leurs bras, leurs jambes étaient nus.
Moins timide que ses compagnes, une charmante jeune fille s’était placée tout près de moi. Elle m’avait tendu la main, et comme je me plaisais à retenir cette main dans les miennes, la jeune fille, radieuse, ne cessait de m’accabler de caresses.
— Les pêcheurs ont eu le temps de jeter bien des fois leur hameçon à la mer depuis que nous sommes ici ; ne nous avais-tu pas vus avant de mettre le pied dans la koïka ? lui dit M. de Ginoux.
— Je vous voyais depuis longtemps, répondit-elle. J’étais blottie derrière un maïoré, et de loin je considérais la femme étrangère.
— Pourquoi ne venais-tu pas à elle ?
— Je n’osais pas.
— Que craignais-tu ?
— Je craignais de déplaire à la femme étrangère.
— La femme étrangère est une Maka-oui-oui, une Farani (Française) ; elle te voit avec plaisir et elle t’aime.
— Moi aussi, je l’aime.
— Écoute : la femme Farani a soif, va lui chercher de l’eau de coco.
Vive et légère, la jolie Noukouhivienne s’élança hors du groupe, et en un clin d’œil elle atteignit le sommet touffu d’un cocotier. Son choix fait entre les régimes les plus verts et les plus gros, elle descendit de sa périlleuse expédition avec une aisance inimaginable.
— Quelle cruauté, m’écriai-je, d’avoir donné une pareille commission à cette pauvre enfant ; ne valait-il pas mieux en charger un homme !
— Elle est fière de la préférence, soyez-en certaine ; les autres sauvages auraient été contents de pouvoir la lui disputer.
M. de Ginoux avait raison. Parvenue au bas du cocotier, la jeune fille s’empressa d’arracher à force de dents l’enveloppe ligneuse du coco. C’était un rude travail, et j’en souffrais pour elle. Un homme s’étant approché pour lui épargner au moins cette peine :
— Retire-toi, lui dit-elle en serrant le fruit contre sa poitrine, retire-toi ; la femme Farani veut boire l’eau du coco préparé par mes mains, laisse-moi.
Le sauvage n’insista point. Quant à la Marquisanne, après avoir ouvert le fruit, elle me le présenta d’un air de triomphe, en ajoutant d’une voix douce :
— Bois cette eau, elle est fraîche, et si tu reviens te promener en koïka, appelle Touhané, Touhané ira te cueillir des cocos.
Je ne voulais pas m’éloigner sans enrichir mon album d’un croquis de ce lieu pittoresque. Une masse de trachyte m’offrait un siège commode au bord de la chaussée ; je m’y installai en recommandant à Baptiste de veiller à ce que les Kanaques ne me gênassent point. Cette précaution était superflue. La réserve habituelle des sauvages devait me protéger mieux que la vigilance d’un gardien. Ma droite était occupée en première ligne par deux mères ayant chacune un nourrisson à cheval sur la hanche ; à ma gauche, debout, munies de rameaux verts, ma nouvelle amie et d’autres femmes s’évertuaient à me garantir de la piqûre des moustiques. Les hommes s’étaient réunis en arrière de nous toutes, et ils faisaient mon bonheur par la large expansion de leur surprise ou de leur joie à mesure que le paysage se développait sur le papier.
Village marquisien – dessin d’Adèle de DOMBASLE – Musée du quai Branly-Jacques Chirac
Rencontre avec deux akaïakis
Tandis que je dessinais, les notes d’un chant vague résonnèrent dans la vallée ; peu à peu, la modulation se rapprocha, un roulement de danse devint saisissable, puis soudain il s’éteignit. Le chanteur nous avait aperçus. Bientôt après, deux jeunes Noukouhiviens en toilette de cérémonie parurent à l’angle de la koïka. Indécis un moment, ils suspendirent leur marche, sans doute pour se demander s’ils défileraient devant nous. C’était leur chemin le plus direct, ils s’y résignèrent, et en passant, il se fit entre eux et M. de Ginoux des échanges de politesses. Les sauvages de notre groupe n’avaient pas bougé à leur approche, mais à l’expression respectueuse de leur physionomie, il aurait été facile de deviner le rang des nouveaux-venus, si déjà l’air superbe de ces derniers n’avait fait connaître qu’ils appartenaient à des familles puissantes. Froids et dédaigneux, ils avaient comme affecté de n’accorder aucune attention aux leurs ni à Baptiste. Pour moi, ils me considérèrent avec assez de hardiesse, ensuite ils poursuivirent leur route. Ils se rendaient dans la montagne à une fête donnée ce même jour par le chef de la tribu des Happas.
Le plus remarquable de ces deux Akaïkis (N.D.L.R. : chefs) pouvait avoir dix-huit ans; il était fils du grand-chef de la vaste tribu des Taïohas ou des pêcheurs, et il se nommait Té-héo-outou (le bras audacieux). Ce nom lui allait à merveille; mais si, dans la langue kanaque, il en était un qui fût capable de rendre à la fois l’idée de la noblesse, de l’élégance et de la suprême beauté, nul homme, aussi bien que Té-héo-outou, ne mériterait de le recevoir ; car, dussé-je être taxée d’exagération à propos d’un anthropophage, je dirai sans faiblesse que je ne crois pas qu’il soit possible de réunir plus complètement les perfections d’un marbre antique. Souple, svelte, robuste en même temps, le jeune Taïoha portait fièrement sa tête empreinte d’une dignité calme et profonde; son visage, d’un ovale irréprochable, n’était point encore défiguré par de trop nombreux tatouages, et les marques légères qui le sillonnaient déjà n’ôtaient rien à sa mâle beauté. Son nez était droit, sa bouche hautaine, son regard brillant d’orgueil; ses cheveux, large- ment rasés sur le front, se dressaient au sommet de la tête en forme de diadème.
Le corps de ce jeune chef était entièrement couvert d’une couche d’Héka, composition à base de safran, qui imprime à la peau une couleur jaune-clair très-estimée des Noukouhiviens et d’un effet agréable. Son costume, également jaune d’Héka, se réduisait, en outre de la ceinture ordinaire, à un morceau de fine étoffe d’écorce noué au cou et flottant derrière les épaules. Un collier de petits fruits rouges pendait sur sa poitrine.
Le compagnon de Té-héo-outou, personnage de quatorze ans, n’était rien moins que l’illustre Manoutini (l’oiseau reproducteur), petit- fils de la fameuse reine Patini, dont le commodore américain Porter a tant parlé dans ses mémoires sur Noukouhiva. Manoutini doit succéder au cruel Té-Moana (l’Océan), aujourd’hui roi de l’île. Le futur Akaïki-nour-nour est lourd, assez laid, et par ses instincts, il semble promettre de continuer les actes barbares de Té-Moana.
— Quel dommage! dis-je après une courte réflexion, que le Taïoha ne se soit pas reposé quelque temps ici ; j’aurais été bien aise de faire son portrait.
Ce désir était manifesté un peu tard ; les deux Marquisans avaient disparu dans le plus épais du bois, mais le chanteur venait de reprendre son komoumou. Baptiste fut dépêché dans la direction d’où partait la voix, et il ramena les chefs, qu’il avait instruits du motif pour lequel on les rappelait. Té-héo-outou n’était pas d’une nature à se faire prier; il s’assit tranquillement sur une pierre, le front haut, le regard toujours paisible et fier, le corps immobile, et il attendit avec patience qu’on le congédiât. Mon travail terminé, il m’offrit d’un geste noble et simple son collier de fruits rouges; ensuite, sans même demander à voir son portrait, il entraîna Manoutini.
Té-Héo-outou – dessin d’Adèle DOMBASLE – Musée des explorations du monde, Cannes.
Paysages de Noukouhiva
Il s’agissait de ne point négliger le but de notre course. L’heure pressait, je dis adieu aux sauvages de Méaou, qui m’accompagnèrent de leurs meilleures paroles. La gentille Touhané, mon amie d’un matin, voulut me suivre jusqu’à la limite des grands arbres.
A la sortie de la koïka, le sentier qui conduit chez Vékétou se promène d’abord dans un bas-fonds, sur un terrain humide, jonché de feuilles, de fruits et de fleurs. Le jour n’y arrive que douteux, l’air y est vivifiant ; mais l’abondance des moustiques qui peuplent les détritus fait un supplice du passage à travers ces frais bassins, où l’on aimerait tant à venir oublier la sécheresse et l’atroce chaleur d’Akapéi. A peu de distance, les arbres s’éclaircissent, les herbes et les plantes délicates meurent, les ronces les remplacent; le terrain monte, devient glissant, et le pied d’un Européen aurait de la peine à s’y tenir sans l’aide que lui fournissent les mapés, dont les énormes racines, semblables à d’immenses boas, courent partout sur le sol. Par degrés, la terre prend une teinte ocreuse qui passe au rouge sombre, les végétaux s’effacent, et, lorsque, las, hors d’haleine, on s’arrête pour se remettre, on se trouve sur le front d’un morne adossé à la montagne principale.
De ce point, l’œil embrasse un panorama circonscrit dans un horizon assez restreint, mais saisissant par les émotions qu’il communique à l’âme. L’esprit, ébloui par l’étrange nouveauté du spectacle qui le frappe, semble devoir se refuser à admettre que ce petit monde, univers d’un peuple sauvage perdu au milieu du plus vaste océan, ait rien de commun avec notre monde à nous, et il se croit transporté dans une autre sphère. J’éprouvais, malgré moi, cette sensation intime en contemplant du haut du morne le tableau qui m’environnait Je me sentais heureuse d’avoir comme franchi l’espace dans un songe; je me sentais heureuse de voir, de toucher de l’inconnu, et cependant j’étais triste aussi. Pourquoi ? je ne saurais en définir la cause. Je n’avais pas à craindre, au moins, que le sujet de mon admiration perdit son prestige devant une plaisanterie de M. de Ginoux ; ce prestige est dans l’essence matérielle du paysage, et la plus froide raison ne saurait se soustraire à son effet.
La montagne du centre de l'île
Du côté de l’intérieur de l’île, la vue a presque immédiatement pour barrière une haute montagne à pic, patrie des Happas et des Taïpis, qui se courbe en un lourd fer à cheval autour de la baie de Taïohaé.
Cette montagne est d’un aspect si lugubre, que son souvenir fait répéter encore à la plupart des navigateurs de passage, que Noukouhiva est un rocher maudit de Dieu à l’égal de Sainte-Hélène. Elle est, en effet, une image vivante de la désolation. Les aiguilles aux teintes sombres qui parsèment sa crête aiguë, garnie seulement de quelques casuarinas au feuillage pâle et maigre, remettent en mémoire sur une échelle colossale et moins trompeuse, les dragons fantastiques imaginés par les Chinois pour épouvanter leurs ennemis du dehors. Au dessous de ces aiguilles, au milieu des larges marbrures de trachyte blanchâtre et de porphyre rouge qui sillonnent le flanc aride de la montagne, d’énormes masses de basalte noir, toujours prêtes à semer la destruction, surplombent et menacent les vallées. Mais un délicieux contraste ne tarde pas à naître aussitôt que le regard s’abaisse ou se dirige du côté de la mer. De la base de la ceinture rocheuse, des mornes aux trois quarts noyés dans une profusion de verdure rayonnent gaiment vers les eaux de la rade, et, entre ces mornes, on voit descendre par une pente douce, six magnifiques vallées éternellement vertes, domaine des six belles tribus des Teiis. Ce n’est pas seulement ce contraste rapide qui surprend le voyageur, c’est à la fois l’ensemble et chaque détail du tableau. Partout on rencontre d’affreuses montagnes coupées de plaines ravissantes, mais nulle part, comme à Noukouhiva, on ne trouverait un tel excès de magnificence joint à un tel amas de laideurs. Sur cette terre, ensuite, chaque chose étudiée séparément est nouvelle; la pierre diffère des produits pyroïdes des autres contrées, la végétation, les cases, les hommes, et jusqu’au parfum de l’air, rien ne rappelle ce qu’on observe ailleurs sous les tropiques, même dans les archipels que baigne la même mer.
La pesanteur accablante d’une atmosphère encore grosse d’orages ne permettait qu’une pause très courte sur le front découvert du morne de Pakiou. Il fallait indispensablement marcher, mais j’étais au bout de mes forces ; bien que je ne voulusse pas en convenir, le courage m’abandonnait.
— La demeure de Vékétou est elle loin d’ici ? demandai-je à Baptiste d’un air d’indifférence que démentait la faiblesse de ma voix.
Non, madame, nous n’avons plus qu’à suivre le plateau sur lequel nous sommes, la case du grand-prêtre est située un peu en ayant de la montagne.
Ces paroles me rendirent de l’énergie, et j’accélérai le pas pour gagner au plus vite l’abri de quelques cocotiers souffreteux, isolés entre nous et la montagne. Au milieu de ces cocotiers, je fus arrêtée par un objet bizarre étendu sur le sol. C’était une sorte de croix, longue d’environ trois mètres, et fortement relevée en bosse ; des feuilles de pandanus nattées avec art la recouvraient. Ce fragile monument était entouré d’une centaine de perches de pouraou piquées dans le sol, et portant à leur pointe des cheveux humains et des bandelettes sacrées: trois gros faisceaux de bambous enlacés de guirlandes de tapa blanche, se dressaient, l’un à la tête, chacun des deux autres à une extrémité des bras de la croix. Rien au monde ne saurait mieux rendre l’idée d’une tombe que ce monument construit sur la croupe d’un morne; aussi, tout en interrogeant l’interprète, avais-je pressenti réponse.
— Sous ces feuilles de fara est une pirogue mortuaire, et dans la pirogue repose le corps du fils de Vékétou, dit Baptiste.
M. de Ginoux écarta les nattes, et me fit voir le cercueil enveloppé de ses bandes d’étoffe de murier. Afin de le garantir de l’action des eaux pluviales, on avait eu soin de l’élever un peu au dessus de la terre; sa tête était supportée par la pirogue aux provisions, qui formait les bras de la croix.
— Pour quel motif, demandai-je à Baptiste, ce cercueil n’est-il pas dans la case du grand-prêtre?
— Parce que c’est Hina qui a tué celui qui dort ici.
Je me souvins de cette histoire. Lorsque Vékétou amena chez lui Hina, sa dernière compagne, il était vieux et il avait un fils, grand et beau jeune homme, qu’il aimait d’une tendresse toute particulière. Hina fut jalouse de cette préférence, et pour se débarrasser de l’objet de la prédilection de son mari, elle l’empoisonna. Le jeune homme mort, Vékétou, le fataliste, ne dit rien ; il se résigna, car le mal n’avait point de remède, et de peur encore de causer de la peine à sa femme, il eut la généreuse attention de ne pas donner place à la dépouille de son fils dans sa propre case, ainsi que le prescrit la coutume aux iles Marquises.
Je contemplai longtemps cette tombe solitaire. Les cocotiers qui la dominent la regardent comme en pleurant, et la brise qui se joue dans leurs palmes tombantes semble redire sur elle une plainte éternelle. Mes rêveries dans ce lieu tranquille, séjour de la mort, avaient éveillé en moi des sensations pénibles. Je m’éloignai le cœur rempli de tristesse.
Tombeau du flis du grand prêtre Vékétou – Musée du quai Branly-Jacques Chirac
Les cases de la famille de Vékétou
Les cases de la famille de Vékétou sont bâties sur une pente aride, à la naissance de la vallée de Pakiou, qu’elles commandent. Cette situation presque inhabitable a été calculée, sans doute, car elle est d’une rudesse qui convient au terrible office du grand-prêtre. Du seuil de sa demeure, le farouche sacrificateur peut, sans crainte d’être surpris dans ses jongleries, faire résonner sur toute la baie sa conque marine, prélude de ses communications avec les dieux, et se livrer aux horribles hurlements qui annoncent aux Noukouhiviens épouvantés, que les Atouas exigent un tapou nouveau, ou bien demandent l’immolation d’une victime humaine.
Le faé principal, l’habitation personnelle, est simple comme celui du plus humble Marquisan. Il est assis, suivant l’usage adopté par ces insulaires, sur un soubassement en pierres sèches et à surface plate. Les quatre côtés du faé sont en bambous, le toit est en feuilles de cocotier, et une seule ouverture, celle qui donne accès dans l’intérieur, laisse pénétrer l’air et la lumière.
Parvenue, non sans peine, à escalader la muraille d’assise, je me présentai avec hésitation devant la porte.
Case du grand prêtre Vékétou, vallée de Pakiou – Cannes, Musée des explorations du monde – Ancienne collection Dombasle-Gilbert Sonnery/Arielle Dombasle
La grande prétresse Hina
La grande-prêtresse accourut aussitôt pour me recevoir, et m’entraîna vers sa natte, où, faute de siège, j’essayai de m’accroupir à la mode polynésienne. Une joie enfantine illuminait le visage d’Hina ; elle me serrait les mains et m’adressait des discours inintelligibles, mais que je devinais être des plus affectueux.
Hina doit avoir maintenant une trentaine d’années. Elle est grande, jolie, souple, gracieuse, et si richement belle de formes, que son image est restée dans mon souvenir comme un type accompli de toutes les perfections physiques de la femme dans sa seconde jeunesse. Le pikooï d’écorce d’arbre, pagne des Marquisannes, était noué à sa taille et descendait à ses genoux en collant sur les hanches; le reste de son corps était sans aucun voile, mais de légers tatouages d’un travail admirable corrigeaient cette nudité.
Dans l’archipel de Noukouhiva, le tatouage est plus qu’un luxe arbitraire. Il est à la fois un habillement, un langage, un insigne du pouvoir, un titre de gloire. Les guerriers s’en parent pour se donner un aspect redoutable et pour rappeler leurs exploits ; les chefs, pour marquer leur puissance ; les femmes, selon leur rang, pour augmenter leurs séductions. Par sa famille, par sa dignité surtout, la grande prêtresse a droit à tous les ornements possibles, et elle les a réparti avec un goût extrême sur la peau dorée, unie et douce de ses épaules. de ses bras, de ses jambes et de ses pieds. On dirait de délicates dentelles bleues appliquées sur du bronze florentin très clair. La chevelure de Hina était flottante, et ses touffes onduleuses laissaient apercevoir de grosses boucles d’oreilles, moitié en coquilles blanches, moitié en ivoire de cachalot artistement sculpté. La joie rayonnait sur ses lèvres un peu fortes, mais fraîches, derrière lesquelles brillaient deux rangées de dents pures. Ses yeux, noirs, limpides, largement fendus, sont magnifiques; cependant, parfois ils me troublaient, il en jaillissait un regard mobile et profond, singulier mélange de dédain et de douceur, d’emportement et de tendresse, d’orgueil et de timidité.
A travers le demi-jour qui éclairait l’intérieur de la case, j’avais remarqué, en entrant, deux belles jeunes filles aux trois quarts nues, couchées près de la natte de la grande-prêtresse. L’une d’elles avait d’abord soulevé la tête, puis repliant bientôt sous son cou des bras ronds et souples, elle avait repris son attitude nonchalante. Sa compagne, ravissante créature d’une quinzaine d’années, s’était assise sur les talons, et le coude sur un genou, le menton dans la main, elle nous examinait avec des yeux étincelants d’une bienveillante curiosité. Vékétou, le quatrième personnage, s’était avancé vers M. de Ginoux et lui faisait les honneurs de son faé.
Portraits de la grande prêtresse Hina générés par ChatGPT à l’aide de la description d’Adèle de DOMBASLE en 1848
Le grand prêtre Vékétou
Le grand-prêtre, mort deux mois après mon départ de Noukouhiva. était un superbe vieillard selon les idées kanaques ; à mon avis il était plus qu’effrayant. Je ne sais si la somme incalculable de ses cruautés me rendait partiale à son égard, mais l’impression qu’il a produite sur moi a été on ne peut plus répulsive. Son corps gigantesque, entièrement recouvert d’un réseau sans fin de tatouages, n’offrait pas du sommet de la tête jusqu’au bout des pieds, le plus mince espace où il fut possible de voir la couleur naturelle de la peau. Sa physionomie respirait une froideur barbare jointe à beaucoup de défiance, et néanmoins elle n’était pas dépourvue de noblesse. Quelques mèches de cheveux gris couraient sur son front haut et fuyant. Il avait les yeux petits, perçants, enfoncés dans les orbites, les sourcils démesurément longs, les narines très-ouvertes, la bouche grande. Un maigre bouquet de barbe blanche pointait à son menton. Son buste massif se repliait sous le poids des ans. Ses jambes, gonflées par l’éléphantiasis, ne présentaient que deux poteaux hideux. Une coiffure triangulaire en feuilles de canne à sucre perchée sur son crâne, des boucles d’oreilles en coquillages et une ceinture de tapa aux franges tordues, composaient son costume.
Après Hina, Vékétou vint mettre sa case à ma disposition. Il m’avait tendu la main, je lui avais donné la mienne, et c’est avec un sentiment d’horreur que je sentis mes doigts pressés par les siens, instruments de tant d’agonies.
Femme, me dit-il, dire : sois la bienvenue dans le faé du vieux chef. Tout ici t’appartient, car l’hospitalité rend le visiteur membre de la famille. Prends donc et dispose comme dans ta propre demeure. Si tu as soif, voici de l’eau de Kava. — Il me montrait un énorme bambou servant de réservoir. — Si tu as faim, voici de la nourriture. — C’était du poisson cru, du fruit d’arbre à pain fermenté, des bananes de montagne. — Si tu as sommeil, dors sur ces nattes, rien ne troublera ton repos.
Une soif ardente me dévorait, mais une répugnance bien légitime pour la liqueur offerte par le grand-prêtre me faisait taire ce tourment. M. de Ginoux s’était étendu sans façon sur les nattes et les deux troncs de cocotier qui constituent le lit des Marquisiens ; j’enviais son bonheur, car j’étais brisée de fatigue, mais je ne pouvais pas me résoudre à suivre son exemple, et je cherchais à tromper ma lassitude en examinant les objets curieux qui garnissaient la case. C’étaient des chevelures humaines, des coiffures en plumes, des casse-têtes, des bâtons de commandement, des tambours de fête, des ustensiles de ménage en bois et en cocos, tout cela sculpté ou travaillé avec un goût sauvage. Beaucoup de ces objets étaient ornés d’ossements humains représentant des Tikis, des fétiches. Une chose surtout occupait mon esprit : c’était un cercueil disposé en travers de la case et supporté à quelques pieds au-dessus du sol par des perches de pouraou ou des armes de guerre. Des tapas blanches et rouges et des cordons de bourre de coco l’enveloppaient. Au-dessus, au-dessous du cercueil, pendaient à des fils, ici un poisson sec sortant en partie d’une moitié de coco, là des fruits, des colliers, des boucles de cheveux, des étoffes kanaques.
Vékétou, grand prêtre de Nuku Hiva – Dessin d’Adèle de DOMBASLE – Cannes, Musée des explorations du monde – Ancienne collection Dombasle-Gilbert Sonnery/Arielle Dombasle
Hina, qui épiait tous mes regards, les vit se reporter sans cesse de ce côté ; elle se prit à sourire, et me tirant doucement par le bras :
— Viens, dit-elle, viens voir de près la pirogue de ma fille. Elle était belle comme une fleur de Tiaré, ma Tahia ; mais le vent de la mort a soufflé sur elle, et depuis douze lunes, son esprit est chez les Toupapaous.
En prononçant ces paroles, la grande-prêtresse détachait les tapas qui masquaient le corps de sa fille : je m’arrêtai toute frissonnante.
Hina s’en aperçut. Elle fixa sur moi un regard plein d’un vif intérêt, puis, après m’avoir ramenée vers sa natte, elle disparut. Au bout de peu de secondes, elle revenait les bras chargés de cocos frais.
— Bois, dit-elle en m’offrant un de ces fruits qu’elle venait d’ouvrir, il fait bien chaud pour une femme étrangère. La femme Maohi se repose à l’heure où le soleil est là — elle désignait du doigt le point du ciel perpendiculaire à nous — et la femme Farani a marché !
J’acceptai le coco ; mais, avant de le porter à mes lèvres, le souvenir des empoisonnements dont mes hôtes s’étaient rendus coupables se réveilla en moi. Mon appréhension était chimérique, je ne doutais pas, et pourtant, lorsque je me suis décidée à boire, j’ai cru vraiment accomplir une action héroïque.
— Hina est une grande Akaïkie, reprit la compagne de Vékétou. Elle t’aime. Veux-tu être son Ikoa ?
Il n’était pas nécessaire qu’on m’expliquât le sens de cette proposition ; je connaissais les détails de la parenté qui lie deux Ikoas. Les contractants appartiennent au même sexe. La formalité se résume en un échange de leur nom ; mais les droits et les devoirs réciproques sont immenses. Il doit exister entre les deux amis une égalité parfaite, une communauté absolue de biens et d’intérêts, une assistance sans limite, une jouissance entière des privilèges de chacun d’eux et une solidarité complète en tout et pour tout.
— Je l’avoue, je fus flattée de la proposition de la grande-prêtresse, et je l’en remerciai avant que je le pouvais faire au moyen d’un langage muet.
— Bien ! bien ! dit-elle en m’étreignant contre sa poitrine.
Elle se pencha ensuite vers l’impassible Vékétou et lui parla quelque temps à voix basse. Le vieillard n’articulait pas un seul mot en réponse à ce que lui disait sa femme, mais le jeu de sa physionomie exprimait tout un discours. Il ouvrit enfin la bouche, non pour parler, mais pour aspirer l’air. Ce signe, marque d’acquiescement au voeux qui lui était manifesté, parut combler de joie la grande-prêtresse car aussitôt, majestueuse et triomphante, elle s’élança sur le cercueil de sa fille pour en détacher un collier, sorte d’amulette, fait d’une petite dent de cachalot passée dans une tresse en fil d’écorce, qu’elle vint me nouer autour du cou, en me demandant mon nom.
— Atéra (Adèle), répondit M. de Ginoux.
— À présent : Hina, c’est toi ; moi, je suis Atéra. Ce collier était celui de ma fille, garde-le toujours ; plus tard, quant ta grande pirogue t’aura emportée loin de notre terre, dans la terre des Faranis, il te fera penser à ton Ikoa.
En retour de ces touchantes démonstrations d’amitié, je n’avais sur moi, digne d’être offert à la grande-prêtresse, qu’un bracelet en or ; je voulus le lui donner, mais elle le repoussa avec hauteur.
— Oh ! madame, n’insistez pas, s’écria Baptiste, vous blesseriez son orgueil. Elle ne peut rien recevoir de vous aujourd’hui, l’usage le défend ; elle ira au camp d’Akapéi vous rendre visite, alors elle ne se fera aucun scrupule d’accepter le bracelet, et de ce jour commencera la communauté.
Intérieur de la case de Vékétou avec le cercueil de la fille d’Hina – Dessin d’Adèle de DOMBASLE – Cannes, Musée des explorations du monde – Ancienne collection Dombasle-Gilbert Sonnery/Arielle Dombasle
Nous étions depuis trois heures sous le toit de cette case, lorsqu’un bruit sourd, répercuté par les échos de la montagne, retentit au fond de la vallée. Vékétou inclina la tête, son front se rembrunit, il écouta avec une attention pleine d’inquiétude. Une seconde détonation semblable à la première se fit entendre.
— C’est le Poupouhi kénoua (le gros fusil de terre) qui gronde ; que se passe-t-il donc chez les Faranis ? demanda le vieux chef.
M. de Ginoux, à qui s’adressait directement cette question, n’eut pas de peine à le rassurer. Le brick de guerre l’Anna, expédié de Tahiti au Pérou pour y prendre le courrier d’Europe, devait s’en retourner par les Marquises. La nouvelle de la révolution de 1848 n’était connue que depuis un mois dans ces îles ; on attendait avec une extrême impatience des correspondances fraîches, et l’Anna était en retard. Le commandant avait prévenu qu’il ferait tirer le canon dès que la vigie signalerait le brick ; selon toute probabilité les détonations annonçaient son approche.
— Bien ! murmura Vékétou.
Nous avions hâte d’aller lire les journaux ; aussi, au grand regret de Hina, prîmes-nous immédiatement congé des augustes Akaïkis. Le grand-prêtre fit quelques pas en dehors de sa case, et en étendant le bras dans la direction de la montagne, il me dit :
— Va, marche en paix parmi les guerriers des tribus ; demain tous sauront que tu es tapoue sur la terre de Noukouhiva.
Adèle de Dombasle.
Rade de Taiohaé avec un navire – Dessin d’Adèle de DOMBASLE – Cannes, Musée des explorations du monde – Ancienne collection Dombasle-Gilbert Sonnery/Arielle Dombasle
Bonus - La danse de l'oiseau
La danse de l’oiseau à Nuku Hiva
En savoir plus
- Encyclopédie collaborative du patrimoine polynésien – Tahiti Héritage.
- Souvenirs des Îles Marquises, 1887-1888 – Étude sur le groupe Sud-Est de l’archipel – Alfred Testard de Marans – Société des Océanistes.
- Médiathèque historique de Polynésie – Nuku Hiva.
Bonjour,
Kāòha nui de Nuku Hiva,
Et merci pour la publication de ce brillant article de Madame de Dombasle que j’ai découvert lors de la dernière assemblée plénière de l’Académie marquisienne le mois dernier, et qui vient éclairer deux ou trois points de l’histoire de Nuku Hiva.
À savoir, le décès de Veketu fin 1848 et la présence à Taiohae à cette époque-là de Manutini, fils aîné de Temoana, déjà mentionné en 1843 par Monsieur de Ginoux. Or ce garçon n’était plus là en 1853 lors du baptême de ses parents (Temoana, et sa tante/belle-mère, Vaekehu), de son frère cadet, Moanatini, futur grand-chef, et de sa petite sœur aveugle, Teikiautini.
Merci aussi d’avoir utilisé mon site pour le vocabulaire.
Merci à votre famille pour la publication de cet article qui fait honneur à vos ancêtres dont les pérégrinations nous éclairent sur un passé souvent profondément obscur.
Très cordialement,
Jacques Iakopo Pelleau
Nous sommes ravis que les récits d’Adèle de Dombasle et d’Edmond de Ginoux aient pu vous apporter des éclairages sur certains habitants de Nuku Hiva vers 1850. Leurs textes, riches en détails, reflètent avec justesse leurs observations, et cela sans trop de jugements, malgré leur éducation bourgeoise propre au XIXe siècle. Ce sont des personnalités attachantes, que l’on prend plaisir à redécouvrir aujourd’hui. À travers leurs écrits, ils nous transmettent une véritable affection pour les peuples qu’ils ont rencontrés.
Bien cordialement
Alain Ginoux