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L'Ordre du Temple de sa création à son interdiction
L’Ordre du Temple, fondé au début du XIIᵉ siècle pour protéger les pèlerins en Terre sainte, devient un ordre religieux-militaire puissant et influent en Occident. Officiellement reconnu en 1129, il connaît un essor rapide avant d’être aboli en 1312 par le pape, sous la pression du roi de France, mettant fin à près de deux siècles d’existence.
Création et mission initiale
L’Ordre du Temple, aussi appelé Ordre des Templiers, naît dans le contexte des croisades, alors que les pèlerins chrétiens en route vers Jérusalem sont exposés à de nombreux dangers. En 1119, Hugues de Payns et Godefroy de Saint-Omer fondent à Jérusalem la milice des Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon, avec pour mission principale de protéger les pèlerins et de défendre les États latins d’Orient
Reconnaissance officielle et essor
L’Ordre reçoit l’appui du roi de Jérusalem, Baudouin II, qui lui cède une partie de son palais, situé sur l’ancien emplacement du Temple de Salomon, d’où le nom de « Templiers ». Les chevaliers prononcent les vœux de pauvreté, chasteté et obéissance, et reçoivent une règle de vie inspirée du monachisme.
En 1129, lors du concile de Troyes, l’Ordre est officiellement reconnu par l’Église grâce au soutien de saint Bernard de Clairvaux et du pape Honorius II. Les Templiers deviennent alors le premier ordre religieux-militaire d’Occident, avec une organisation centralisée et une règle stricte.
Puissance et rayonnement
Rapidement, l’Ordre du Temple connaît un développement considérable : il attire des chevaliers de toute l’Europe, acquiert de vastes domaines, construit des forteresses en Terre sainte et en Occident, et devient un acteur majeur de la finance et de la politique médiévale. Les Templiers se distinguent par leur manteau blanc à croix rouge et leur discipline militaire et religieuse.
Déclin et interdiction
Après la perte de la Terre sainte à la fin du XIIIᵉ siècle, l’Ordre perd sa raison d’être militaire. Sa richesse et son indépendance suscitent jalousie et suspicion, notamment de la part du roi de France Philippe IV le Bel. En 1307, ce dernier fait arrêter les Templiers de France, les accuse d’hérésie et de divers crimes, et confisque leurs biens.
Après plusieurs années de procès, le pape Clément V, sous la pression du roi de France, prononce la dissolution de l’Ordre du Temple en 1312 lors du concile de Vienne. Le dernier Grand Maître, Jacques de Molay, est exécuté en 1314, marquant la fin officielle de l’Ordre.
La résurgence de l'Ordre du Temple à l'époque moderne
Le contexte révolutionnaire et la transmission des archives
À la veille de la Révolution française, le Grand Maître Timoléon de Cossé, duc de Brissac, anticipant les troubles à venir, remit les archives de l’Ordre du Temple au chevalier Claude-Mathieu Radix de Chevillon, lui conférant à titre préventif le titre de régent. Peu après, le duc de Brissac fut assassiné lors du massacre de Versailles en 1791. Durant la tourmente révolutionnaire, de Chevillon ne put gouverner l’Ordre, qui resta en sommeil.
La renaissance templière sous Fabré-Palaprat
Ce n’est qu’en 1804 qu’une poignée de chevaliers parvint à se réunir pour élire un nouveau Grand Maître et réorganiser l’Ordre du Temple. Leur choix se porta sur Bernard-Raymond Fabré-Palaprat, qui fut proclamé Grand Maître et donna un nouvel élan à l’institution. Doté d’un caractère ferme et résolu, Fabré-Palaprat permit à l’Ordre de s’étendre rapidement : la France, la Belgique, l’Espagne, la Suisse, l’Italie virent la création de nouvelles commanderies et maisons d’initiation. Ces structures, souvent discrètes, offraient assistance, soins et soutien aux plus démunis.
En 1807, le Convent Métropolitain de Paris prit le titre de Grand Convent Métropolitain de France. Dès 1808, l’Ordre sortit de l’ombre, notamment par une cérémonie solennelle à Paris en mémoire de Jacques de Molay, dernier Grand Maître médiéval. En 1809, l’Ordre du Temple était entièrement reconstitué.
Crises internes et ambitions personnelles
Le succès de Fabré-Palaprat conduisit à une centralisation du pouvoir. En 1811, il fit adopter un nouveau règlement qui renforçait son autorité au détriment des lieutenants généraux et de la Cour Préceptorale, provoquant une première scission. Un groupe dissident élut alors Charles-Louis Le Peletier, comte d’Aunay, comme Grand Maître, mais la majorité des chevaliers resta fidèle à Fabré-Palaprat. Après une période de tensions, l’unité fut restaurée.
Expansion internationale et oeuvres caritatives
Dans les années 1830, l’Ordre était florissant, avec des maisons conventuelles dans de nombreuses villes françaises (Dijon, Lyon, Bordeaux, Nantes, Arras…) et à l’étranger (Zurich, Bruxelles, Londres, Venise, New York, Montréal…). Les Templiers distribuaient des secours, offraient des soins gratuits et participaient à des actions humanitaires, notamment en faveur de la Grèce indépendante.
La dérive johannite et le schisme
À partir de 1827, Fabré-Palaprat introduisit une doctrine nouvelle, inspirée du manuscrit grec Levitikon, qui prônait un retour à un christianisme primitif johannite. Il se proclama souverain pontife et patriarche, successeur spirituel de saint Jean l’Évangéliste, rompant ainsi avec la tradition catholique et la discipline de l’Ordre. Cette évolution provoqua une vive opposition interne et un nouveau schisme : des dignitaires organisèrent un convent rival à Paris, tandis que Fabré-Palaprat fondait une église johannite indépendante.
Les dernières années de Fabré-Palaprat et la succession
Fatigué par les luttes internes, Fabré-Palaprat quitta la direction de l’Ordre en 1838 et mourut la même année. L’amiral Sir Sidney Smith lui succéda brièvement, mais de nouvelles divisions apparurent. Après la mort de Smith en 1840, Jean-Marie Raoul devint régent et entreprit de réconcilier les différentes factions. En 1841, une réconciliation générale fut actée et les statuts de 1705 furent rétablis comme base commune.
C’est quelques mois avant la mort de Sir Sidney Smith que Edmond de GINOUX est reçu Chevalier de l’Ordre à Arras (Pas de Calais). Il sera choisi pour porter les insignes de Grand Maître à Sa Majesté Georges V, roi de Hanovre.
Tentatives de reconnaissance et déclin
Dans les années 1840, sous la régence de Narcisse VALLERAY, l’Ordre chercha à obtenir la reconnaissance officielle d’une grande maison royale européenne. Des démarches furent entreprises auprès du roi de Suède, puis du roi de Hanovre, Georges V, qui accepta la Grande Maîtrise en 1857. Cependant, les archives de l’Ordre ne furent jamais transférées à Hanovre : elles furent finalement déposées aux Archives nationales de France en 1871 par le docteur Vernois, alors secrétaire-magistral et Grand-Prieur de l’Ordre.
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La fin de l'unité templière
Après 1857, l’Ordre du Temple perdit son unité : les dissidences se multiplièrent, chaque pays ou groupe adoptant ses propres règles et statuts. Si des sociétés templières subsistent en Europe et dans le monde, la Grande Maîtrise unique a disparu, et l’Ordre du Temple tel qu’il avait été réorganisé au XIXᵉ siècle s’est éteint en tant qu’institution centrale. D’après le Grand Prieuré Magistral des Templiers de France, le Grand Maître aujourd’hui serait Dom Fernando PINTO DE SOUSA FONTES au Portugal.
Indépendance vis à vis de la franc-maçonnerie
Contrairement à certaines idées reçues, l’Ordre du Temple rénové a toujours revendiqué son indépendance par rapport à la franc-maçonnerie. Les statuts interdisaient à ses membres d’appartenir à d’autres ordres ou sociétés, et toutes les tentatives de rapprochement avec la franc-maçonnerie furent systématiquement rejetées par le Magistère.
Conclusion
L’histoire de l’Ordre du Temple au XIXᵉ siècle est celle d’une résurgence ambitieuse, marquée par des œuvres sociales, des crises internes et des tentatives de reconnaissance internationale. Malgré son éclat temporaire, l’Ordre n’a pas survécu à la dispersion de ses archives et à la multiplication des obédiences indépendantes, mais il demeure un objet de fascination et d’étude pour les passionnés d’histoire et de sociétés initiatiques.
Sources
- L’Ordre du Temple, poème par Philippe Bellot, publié à l’occasion de la solennité où Georges IV, roi de Hanovre, a été proclamé grand maître de l’Ordre du Temple – 1857 (NDRL : Il s’agit de Georges V à cette date ; Philippe BELLOT est un des 6 chevaliers chargés de porter les insignes de Grand Maître à Georges V ; la cérémonie n’a pas eu lieu)
- Revue belge de numismatique et de sigillographie – 1909 (NDRL : à partir de 1840 page 19 à 32/68)
- Le blog des templiers d’Arras
- Musée virtuel de la musique maçonnique (NDRL : Georges V, roi de Hanovre)