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La propriété niçoise d’Edmond de GINOUX

Après ses voyages difficiles mais fructueux en objets rapportés et riches en observations des habitants natifs rencontrés, Edmond de GINOUX est dépositaire de près de 500 objets récoltés en Océanie et en Amérique. Il recherche une propriété susceptible de les accueillir et où il pourra en réaliser l’inventaire dans de bonnes conditions. Il habite, alors, 6 cité Gaillard (rue Paul Escudier, aujourd’hui, dans le 9ème arrondissement).

Il la repère dans le royaume de Savoie-Sardaigne à Nice (Piémont). À Paris, il donne pouvoir, le 30 mai 1857, à l’avocat Pierre Octave JARAUT devant le notaire DAGUIN de la rue Blanche, non loin de son domicile. Son mandataire l’acquiert, le 15 juin 1857, à Nice, pour 36 000 lires, soit 42 000 fr suivant les modalités suivantes : 10 000 fr. payable de suite, 10 000 fr. payable le 8 juin 1858 et 22 000 fr. payable au moins de juin 1859. Les intérêts sont à 5% l’an. Afin de respecter ses engagements, le 21 juillet 1857, il emprunte la somme de 23000 francs au docteur André DEPORTA, professeur de médecine, chevalier de la Légion d’honneur, chevalier de l’ordre des Saints Maurice et Lazare, demeurant à Nice.

La propriété est plantée d’agrumes, d’oliviers, de mûriers, de vignes, de figuiers et autres arbres fruitiers. Elle est en partie irrigable notamment à l’aide d’une machine hydraulique mue par un animal.

Edmond de GINOUX va y demeurer une dizaine d’année, jusqu’à son attaque cérébrale et la paralysie qui suit.

Cadastre napoléonien de 1871

La propriété est délimitée à droite (est) par la parcelle 810 (propriété Lanteri), à gauche (ouest) par une nouvelle section de cadastre, en haut (nord) par le chemin de Saint Augustin et en bas (sud) par la route nationale. Elle est traversée du sud au nord par une allée centrale.

La revente de la propriété par les mandataires d'Edmond

Atteint de paralysie suite à une attaque cérébrale en 1866, sa santé décline. Le 7 février 1867, sans pouvoir apposer sa signature, il donne procuration avec les pouvoirs les plus étendus pour gérer ses affaires à :

  • Guillaume Henri GRANIER de MONTFERRIER (Avocat, publiciste, rédacteur au journal des Débats, chevalier de la Légion d’Honneur), originaire de Montpellier mais résidant à Florence, 20, rue Léone.
  • son frère, Oswald de GINOUX de LACOCHE

Il s’installe, alors, dans l’établissement spécialisé dans l’accueil des hommes âgés et infirmes de la Fondation Saint Jean de Dieu (devenu l’EHPAD Saint Barthélémy) à Marseille.  Ses mandataires revendent la propriété par lots, peu à peu, à deux acquéreurs principaux : 

  • Adelbert François Barthélémy d’ÉSTÈVE de PRADEL, officier au service du Piémont et membre adjoint de répartition de la ville de Paris, domicilié au 50 rue Fontaine Saint Georges à Paris, dans le même quartier que celui d’Edmond, puis 57 rue des martyrs
  • Melchior Honoré YVAN, docteur en médecine, Chevalier de la Légion d’Honneur, Conseiller général des Basses Alpes, originaire de Digne les Bains, domicilié 24 rue Vintimille à Paris non loin de la Cité Gaillard.

Ces ventes permettent aux mandataires de purger les dettes d’Edmond et de verser les sommes nécessaires aux frais demandées par la Fondation Saint Jean de Dieu à Marseille. 

Adèle de DOMBASLE est citée dans l’acte de vente du 26 septembre 1867 et dans celui du 21 avril 1869 comme bénéficiaire du droit de passage dans la cour du docteur Yvan au même titre que Monsieur de Pradel précédent acquéreur. Il semble qu’elle ne soit pas encore propriétaire d’une partie de la propriété. Elle a due être informée de l’état physique d’Edmond et de la première vente, la villa de colon (une grande maison avec des colonnades). Lui a-telle rendu visite à Marseille et promis de protéger ses collections d’objets et de reconstituer la propriété ? Elle va racheter, juste avant la mort d’Edmond, ce qui reste de la propriété (essentiellement des terres). Adèle de DOMBASLE demeure 7 rue Guillon à Passy.

  • 1867, le 5 mai, mandataire Oswald de GINOUX de LACOCHE, vente à Monsieur de PRADEL de la maison principale avec le terrain autour + une petite maison (au cadastre, n°823 et 823 bis, 824, 825, 826 puit pour 1/3), prix 25 000 fr servant en partie à reprendre la dette d’Edmond à Monsieur le docteur DEPORTA (23000 Fr.). 2000 Fr. payable de suite à Edmond.
  • 1867, le 26 septembre, GRANIER mandataire, vente à Monsieur le docteur YVAN, l’étage supérieur de la vieille maison, la maison de paysans (métayers), une cour et un jardin (au cadastre, n°826 et 827), prix 6 000 fr versé à Monsieur Deporta en remboursement de sa créance. Cette vente est complexe et source de futurs problèmes. Le vendeur conserve l’entresol (où est stocké du foin) et le poulailler sur lequel l’acquéreur pourra construire une terrasse…
  • 1869, le 21 avril, mandataire Émile CLÉRICY, mandataire substitué d’Oswald de GINOUX, Edmond de GINOUX réside à l’hôpital de Saint Jean de Dieu à Marseille, aménagement à la vente précédente et agrandissement de la superficie du jardin à Monsieur le docteur Yvan, terre prix 5 000 Fr.
  • 1870, le 4 mai, GRANIER, mandataire, vente du reste de la vieille maison au docteur YVAN, prix 2000 Fr.
  • 1870, le 25 juin, GRANIER mandataire, vente du reste de la propriété à Adèle de DOMBASLE, 1 ha et 12 ares (au cadastre n°811, 812, 813, 818, 819, 820, 821 et 822), prix 11 500 Fr
  • 1870, le 25 juin, GRANIER mandataire, nouvelle vente à Monsieur de Pradel, 20 ares (au cadastre, n°814, 814 bis, 815 et 816) avec droit de 8 heures d’arrosage par semaine du puit à roue, dont une serre, un bâtiment et un bassin, prix 2100 Fr.

Edmond de GINOUX décède le 27 juillet 1870. La propriété a été vendue dans sa totalité et ses dettes remboursées.

La tentative de reconstitution de la propriété par Adèle de DOMBASLE

Adrien GARREAU, le mari d’Adèle de DOMBASLE dont elle est séparé décède le 6 décembre 1870. veuve et possédant déjà une partie de la propriété en terre, Adèle de DOMBASLE entreprend la reconstitution de la plus grande partie de la propriété. Elle entretient probablement les meilleures relations avec Monsieur de PRADEL qui lui revendra la totalité de la partie de la propriété par lui acquise. Elle se marie à Nice le 4 août 1875 avec Gustave DARDEL. Ils vont habiter la propriété racheté à Monsieur de PRADEL.

  • 1872, le 20 février, vente à Monsieur de PRADEL d’une parcelle d’oliviers prolongeant la sienne avec droits d’arrosage (au cadastre n°818 et 819), prix 350 Fr.
  • 1876, le 6 janvier, achat de la partie acquise par Monsieur de PRADEL dont la villa, maison de colon, mais sans les 20 ares (au cadastre, 814, 814bis, 815 et 816), prix 25500 Fr qu’il avait acquis pour 25000 Fr. Adèle emprunte 3500 Fr à un dénommé CAISSON et paye une partie, reprend la dette restante au docteur DEPORTA, 17000 Fr et s’engage à payer les 5000 fr restant dans 3 ans. Les intérêts de ces sommes courent à 5% l’an. Monsieur de PRADEL se retire à Antibes.
  • 1876, le 2 novembre, vente en viager de Monsieur de PRADEL à Mademoiselle Vanda de CAROSSI dont le mandataire n’est autre que Gustave DARDEL, le mari d’Adèle. Prix, une rente viagère de 1200 Fr par an.

Vente de la propriété par Adèle de DOMBASLE

Adèle de DOMBASLE ne va vendre qu’à des femmes séparée ou veuve tout en gardant à l’esprit de conserver la propriété dans sa presque intégralité (hormis le lot du docteur Yvan, cédé à l’avocat parisien GÉRY). Elle vend d’abord une terre et jardin avec droits d’arrosage un lot de 8 000 m².

  • 1879, le 19 avril, vente à Madame Marie Joséphine Marguerite DEJEAN épouse séparée de corps et de biens de Nicolas Émilien VIVÈS, demeurant à Nice, d’une partie de la propriété d’une superficie de 8000 m² (au cadastre n°818, 819, 820, 821 et 822) avec accès au portail de la route nationale et à celui du chemin Saint Augustin. Prix 32000 Fr (Madame DEJEAN est elle-même créancière de cette somme auprès de plusieurs personnes). Il s’agit d’une vente de terrain conditionnée à un bail de location. C’est Adèle DOMBASLE qui loue pour 1600 Fr par an, la totalité de ce terrain à la nouvelle propriétaire pour cultiver les vignes, citronniers et oliviers et s’occuper notamment de ses 2500 magnifiques rosiers. 
  • 1879, le 11 juillet, vente à Madame Marie Charlotte HENSEL, veuve de François BLANC, demeurant à Paris, rue de Rivoli, 194, d’une propriété de 10000 m² (au cadastre n° 811, 812, 813, 823, 823bis, 824, 825 et 826 pour 1/3). Monsieur et Madame DARDEL se réservent la jouissance de la petite maison de paysan pendant 6 mois évalué à 300 Fr. Prix 25000 Fr à verser aux divers créanciers auquel s’ajoute une rente viagère annuelle de 5000 Fr en or, argent ou billets de la Banque de France, au profit de Madame Dombasle et au dernier vivant du couple DARDEL.
  • 1879, le 22 juillet, vente de Madame DEJEAN à Madame HENSEL de ce qu’elle a acquis, le 19 avril, d’Adèle DOMBASLE qui renonce au bail.Prix 43000 Fr.

Adèle de DOMBASLE a vendu la presque totalité de la propriété à une seule personne, Madame HENSEL, femme, veuve de surcroît. Elle a probablement réglé le problème posé par les objets de la collection d’Edmond de GINOUX qui ne sont jamais mentionnés lors des ventes des maisons. Le couple DARDEL va s’installer à Monaco.

Sources

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