Le couple Joseph GINOUX et Marie JULIEN d'Arles
Madame GINOUX se nomme Marie JULIEN. Elle est née le 8 juin 1848 à Arles (Bouches du Rhône). Ses parents sont Pierre JULIEN (47 ans en 1848) cultivateur et Marie ALLET (43 ans). Ils habitent rue Saint Michel de l’Escale à Arles.
Elle est la dernière née d’une fratrie de 6. Tous sont nés à Arles.
- Pétronille Marie JULIEN, née le 10 mars 1826
- Michel, né le 28 septembre 1828
- Catherine, née le 11 octobre 1832
- Marguerite, née le 23 novembre 1838
- Dominique, né 16 novembre 1841
- Marie , née le 8 juin 1848
A l’âge de 17 ans, Marie épouse, à Arles, le 7 février 1866, Joseph Michel GINOUX (31 ans) lampiste au chemin de fer.
Joseph Michel est né le 6 avril 1835 à Rognonas (Bouches du Rhône). Ses Parents sont Michel GINOUX, boucher et Rose Louise BERTRAND de Rognonas. Il est le sixième enfant d’une fratrie de 8. Tous sont nés à Rognonas.
- Antoine, né le 4 décembre 1827, un mois après le mariage de ses parents
- Pierre, né le 9 juin 1829
- Catherine, née le 1er janvier 1831
- Rose, née le 14 août 1832
- Joseph, né le 20 novembre 1833
- Joseph Michel, né le 6 avril 1835
- Thérèse, née le 20 décembre 1836
- Anne Claire, née le 13 août 1838
Leur père décède le 23 octobre 1838. Joseph Michel n’a que 3 ans. Leur mère a un neuvième enfant avec Joseph VIANNY, homme marié, entrepreneur de travaux publics à Rognonas :
- Auguste VIANNY né le 1er juillet 1841 à Saint Etienne (Loire). Il se marie le 22 juin 1868 à Arles avec Marguerite MOULET.
Si on remonte les générations de GINOUX, ces derniers sont issus d’un GINOUX installé à Chateaurenard dans les années 1500 et probablement descendant des GINOUX des Cévennes. Voir la généalogie de Joseph Michel GINOUX.
Le couple Marie et Joseph a tenu le café de la gare, 30, place Lamartine en Arles probablement à partir de 1879. Ce café, ouvert toute la nuit) est un de ceux fréquentés par le peintre Vincent Van Gogh durant son séjour à Arles. Ci-dessous un tableau de Van Gogh (et un de Gauguin) représentant l’intérieur de ce café, et représentant respectivement Madame et Monsieur GINOUX.
Le couple n’a pas eu d’enfant. Joseph Michel décède le 4 janvier 1902 et Marie JULIEN le 2 août 1911.
Les relations entre les GINOUX et Vincent van GOGH
Vincent van GOGH arrive à Arles le 20 février 1888. Peu après il loue une chambre au café de la Gare, 30 place Lamartine, tenu par le couple GINOUX, près de la maison jaune son atelier dans un premier temps.
Vincent dépend financièrement de son frère Théo, marchand d’art. Il est souvent à court d’argent. Au début, les relations de Vincent et de Joseph GINOUX, propriétaire de son logement et patron du café où il consomme souvent, sont houleuses. Puis les GINOUX arrivent à accepter cet être original et sympathique et deviennent des amis de Vincent. La devise de Marie GINOUX est la suivante : « quand on est amis, on l’est pour longtemps. » Souvent reprise par Vincent dans sa correspondance avec les GINOUX.
Ils le soutiendront après la crise de démence (oreille coupée) lors du séjour de Gauguin, tout comme l’ami ROULIN. Etant sur place, ils recueillent les meubles de la maison jaune quand Vincent en séjour hospitalier à Saint Rémy de Provence décide de son départ de la région.
Durant l’hiver 1889/1890, sévit en France une épidémie d’influenza (une grippe provenant de Russie). Marie GINOUX souffre de cette grippe handicapante. Vincent en parle dans sa correspondance avec les GINOUX.
C’est Joseph GINOUX qui expédiera les meubles de Vincent à Paris.
« Puis une vue du café sur la Place du forum où nous avions l’habitude d’aller, peint la nuit. » (lettre à Eugène Boch du 2 octobre 1888)
Peinture nocturne
Van Gogh projetait depuis quelque temps de réaliser une toile nocturne. Non pas une toile conventionnelle, dans des tons de noir et de gris, mais bien une œuvre aux couleurs foisonnantes. Autre fait original : il peint cette terrasse éclairée au gaz d’un café d’Arles sur place et dans l’obscurité, car les couleurs y paraissent différentes le jour et la nuit.
Contraste net
L’aspect le plus frappant est le contraste saisissant entre les chaudes teintes jaunes, vertes et orangées sous la marquise et le bleu profond du ciel étoilé, accentué par le bleu foncé des maisons à l’arrière-plan. Van Gogh appréciait cet effet : « Je crois que l’abondance de lumière au gaz, qui est après tout jaune et orangée, intensifie le bleu. »
Constellations
Il écrit à sa sœur Wil : « J’aime énormément peindre sur le motif la nuit. » Son sens aigu de l’observation est confirmé par des recherches astronomiques ultérieures. Il a peint les constellations exactement telles qu’elles apparaissaient dans la nuit du 16 ou du 17 septembre 1888.
Publié par le musée Kröller-Müller où est exposée la toile.
« Je vais aujourd’hui probablement commencer l’intérieur du café où je loge, le soir au gaz. C’est ce qu’on appelle ici un « café de nuit » (ils sont assez fréquents ici) qui ouvre reste toute la nuit.– Les « rodeurs de nuit » peuvent y trouver un asile donc, lorsqu’ils n’ont pas de quoi se payer un logement ou qu’ils soient trop âmes pour y être admis. » (lettre à son frère Théo du 6 août 1888).
« J’ai cherché à exprimer avec le rouge et le vert les terribles passions humaines. La salle est rouge sang et jaune sourd, un billard vert au milieu, 4 lampes jaune citron à rayonnement orangé et vert. C’est partout un combat et une antithèse des verts et des rouges les plus différents ; dans les personnages des voyous dormeurs, petits dans la salle vide et haute, du violet et du bleu. Le rouge sang et le vert jaune du billard par exemple contrastent avec le petit vert tendre Louis XV du comptoir où il y a un bouquet rose. Les vêtements blancs du patron veillant dans un coin dans cette fournaise deviennent jaune citron, vert pâle et lumineux. » (lettre à son frère Théo du 8 septembre 1888).
« Je viens de terminer une toile qui représente un intérieur de café la nuit éclairée par des lampes. Quelques pauvres rodeurs de nuit dormant dans un coin. La salle est peinte en rouge et là-dedans sous le gaz le billard vert qui projette une immense ombre sur le plancher. Dans cette toile il y a 6 ou 7 rouges différents, depuis le rouge sang jusqu’au rose tendre, faisant opposition à autant de verts pâles ou foncés.« (Lettre à sa soeur Wil. vers le 14 septembre 1888).
« Ensuite j’ai enfin une Arlésienne, une figure (toile de 30) sabrée dans une heure, fond citron pâle – le visage gris – l’habillement noir noir noir, du bleu de prusse tout cru. Elle s’appuie sur une table verte et est assise dans un fauteuil de bois – orangé. » (lettre à son frère Théo du 3 novembre 1888) (NDRL : il s’agit d’une autre version du portrait de Marie GINOUX).
« le portrait d’arlésienne est d’un ton de chaise incolore et mate, les yeux calmes et forts simples, le vêtement noir, le fond rose et elle est accoudée à une table verte avec des livres verts. Mais dans l’exemplaire qu’en a Theo, le vêtement est rose, le fond blanc jaune et le devant du corsage ouvert de la mouseline d’un blanc qui tourne sur le vert. Dans toute ces couleurs claires, les cheveux seuls, les cils et les yeux font des taches noires.« (lettre à sa soeur Wil du 5 juin 1890) (NDRL : il s’agit bien de la description de la version ci -dessus).
« J’ai vu la toile de madame Ginoux.– Très belle et très-curieuse, je l’aime mieux que mon dessin. » (lettre de Gauguin à Vincent du 13 juin 1890).
« Le portrait de Ginoux par Van Gogh est saisissant. Ses yeux mi-clos et les traits marqués de son visage révèlent un homme sûr de lui. Cette impression est renforcée par sa tenue du dimanche, son nœud papillon blanc élégamment noué et le regard légèrement arrogant qu’il porte sur le peintre. L’arrière-plan est peint comme une auréole autour de sa tête. » (Description publiée par le musée Kröller-Müller où est exposée la toile).