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Lettres de Vincent van Gogh à propos des GINOUX

Après son départ d’Arles, la correspondance avec les Ginoux — d’abord centrée sur l’inquiétude réciproque pour la santé (celle de Marie ayant attrapée la grippe de Moscou, puis celle de Vincent) — se referme près d’un mois avant la mort de Vincent sur une question très concrète (le rapatriement de ses meubles à Auvers sur Oise), mais toujours empreinte d’une affection sincère et de gratitude envers ce couple qui l’avait accueilli et soutenu à Arles. Et, comme le disait Mme Ginoux : « quand on est amis , on l’est pour longtemps« .

Lettre de Joseph GINOUX à Vincent du 31 mai 1889

Café de la gare
Joseph Ginoux
Arles-Rhône.
Arles, le 31 mai 1889.
Cher Monsieur Vincent,
Nous avons été très heureux d’apprendre que vous vous portiez bien et que l’air de St. Remy (de Provence) vous était favorable.
Nous comprenons que vous vous trouvez bien et que dans les environs de votre nouvelle résidence qui n’est que provisoire, vous trouverez des distractions et des sujets pour votre art.
J’ai fait faire un joli cadre comme nous en étions convenus, en noyer et irréprochable. Je l’ai remis à M. L’économe.
J’ai donné de vos nouvelles à tous ceux qui vous connaissent et tout le monde a été enchanté, d’apprendre que votre santé était bonne et nous espérons que sous peu nous aurons le plaisir de nous voir et en attendant je vous prie d’agréer, bien cher Monsieur, de moi et de Madame Ginoux, l’assurance de nos meilleurs sentiments.
Jh. Ginoux.

Lettre Vincent à M&Mme GINOUX du 20 janvier 1890

Mes chers amis Monsieur et Madame Ginoux,
Je ne sais si vous vous en rappelez, je le trouve assez étrange, qu’il ya un an à peu près Mme Ginoux a été malade en même temps que moi ; et à présent cela a encore été comme cela puisque – juste vers Noël – pendant quelques jours j’ai été cette année encore assez mal pris, cependant cela a été très vite fini ; je n’en ai pas eu pour une semaine. Puisque donc, mes chers amis, nous souffrons quelque fois ensemble cela me fait penser à ce que dit Madame Ginoux : « quand on est amis on l’est pour longtemps ».
Je crois moi que les contrariétés qu’on éprouve dans le train train ordinaire de la vie nous font au moins autant de bien que de mal. Ce dont on tombe malade, accablé de découragement aujourd’hui, cela même nous rend l’énergie, la maladie accomplie, de nous lever et de vouloir guérir le lendemain.
Je vous l’assure que l’autre année cela m’a presque contrarié de guérir – d’aller mieux pour un temps plus ou moins long – continuant à redouter toujours les rechutes – presque contrarié – vous dis-je – tellement j’avais peu envie de recommencer. Je me suis bien souvent dit que je préférais qu’il n’y eut plus rien et que cela fut fini. Mais oui – nous n’en sommes pas le maître – de notre existence et il s’agit parait-il d’apprendre à vouloir vivre encore, même en souffrant.– Eh, je me sens si lâche là-dedans, la santé revenant même, je redoute encore. Alors qui suis-je pour encourager les autres, me direz-vous comme de juste, cela ne me sied guère.–
Enfin c’est seulement pour vous dire, mes chers amis, que
j’espère si ardemment, et d’ailleurs que j’ose croire, que la maladie de Mme Ginoux soit très passagère et qu’elle en remontera tout à fait ragaillardie. Mais elle n’ignore pas combien nous tenons tous à elle et désirons la voir bien portante.
Pour moi, la maladie m’a fait du bien – ce serait ingrat de ne pas en convenir ; cela m’a calmé et très différent de ce que je m’étais figuré cette année j’ai eu plus de chance que je n’avais osé espérer.
Mais si je n’avais pas été si bien soigné, si les gens n’avaient pas été pour moi aussi bons qu’ils l’ont été, je crois que j’aurais claqué ou que j’aurais perdu complètement la raison.
Les affaires sont les affaires puis aussi le devoir est le devoir, ce n’est donc que comme de juste que je retourne bientôt un peu voir mon frère. Mais il me sera pénible de quitter le midi, je
vous l’assure à vous tous qui êtes devenus des amis pour moi – des amis pour longtemps.
J’ai encore oublié de vous remercier des olives que vous m’avez envoyé l’autre fois et qui étaient excellentes, prochainement je vous rapporte les boîtes.
Je vous écris donc, chers amis, pour essayer de distraire pour un moment notre chère malade pour qu’elle reprenne son sourire habituel, pour nous faire plaisir à tous ceux qui la connaissent. Ainsi que je vous l’ai dit, dans une quinzaine j’espère venir vous revoir bien guéri.
Les maladies sont là pour nous en faire ressouvenir que nous ne sommes pas en bois. Voila ce qui me parait le bon côté de tout cela. Puis après on s’en reva à son travail de tous les jours redoutant moins les contrariétés, avec une nouvelle provision de sérénité. Et même en se séparant ce sera en se disant pourtant encore : « et lorsqu’on est amis on l’est pour longtemps » – car voila le moyen pour pouvoir se quitter.–
Allons, à bientôt, et mes meilleurs souhaits pour la prompte guérison de Mme Ginoux. croyez-moi
Bien à vous
Vincent.

Lettre Vincent à M&Mme GINOUX du 2 février 1890

Mon cher Monsieur Ginoux ,
certes je préférerais venir en personne vous demander comment va votre malade ainsi que j’avais espéré revenir vous revoir de ces jours ci. Mais ayant été indisposé moi-même cette dernière semaine je dois par lettre vous demander de ses nouvelles.
Ne manquez pas, je vous en prie, de me faire savoir comment elle va – car serais inquiet si je n’eusse pas de vos nouvelles par retour du courrier.
J’ai des bonnes intentions assez pour venir néanmoins la semaine prochaine pourtant.
J’ai eu des nouvelles de M. Paul (NDRL : Paul GAUGUIN) encore l’autre jour et il se pourrait que j’aille bientôt le voir, surtout parce que j’ai grand désir aussi
d’aller faire connaissance avec le petit de mon frère qui vient de naître sain et sauf heureusement.
Donc pour moi je suis bien content que cela marche bien, à plus forte raison parce que le travail ne va pas trop mal pas non plus ayant eu des articles sur mes tableaux à la fois en Belgique et à Paris où je les avais exposés et qu’on en dit beaucoup plus de bien que moi-même n’en désirais.–
De ces jours ci j’attends la visite d’un peintre de Marseille, cela est donc encore une raison pourquoi je ne sais pas au juste le jour où je pourrai venir vous voir.
Sans cela pour moi l’attaque que j’ai encore eu est tout
à fait passée encore et je travaille comme d’habitude.
Enfin vous ne me ferez j’espère pas languir après votre réponse.
Bien des choses à vous et à Madame Ginoux et tous mes vœux pour sa prompte guérison.
Poignée de main à vous deux et aux autres amis et croyez moi
bien à vous
Vincent van Gogh

Lettre Vincent à M. GINOUX du 12 mai 1890

Mon cher monsieur Ginoux ,
Celle-ci pour vous prier de vouloir bien expédier par petite vitesse mes deux lits et les garnitures de lits qu’il ya encore chez vous.
Je crois qu’il sera sage de vider les paillassons car la paille coûtera autant comme frais de transport que d’en acheter de la nouvelle.
Le reste des meubles, ma foi, il y a par exemple la glace que je voudrais bien avoir. Vous colleriez des bandes de papier dessus pour empécher que cela se casse.– mais les deux commodes, chaises, table, vous pouvez les garder pour votre peine et s’il y avait encore des frais vous me le feriez savoir.–
Je regrette beaucoup d’être tombé malade le jour que je suis venu à Arles pour prendre congé de vous tous – j’ai été malade 2 mois depuis sans pouvoir
travailler. A présent pourtant je suis encore remis complètement. Mais je vais retourner dans le nord et donc mes chers amis en pensée je vous serre la main bien fortement ainsi qu’aux voisins et croyez que là-bas je penserai encore souvent à vous tous car c’est vrai comme dit M me Ginoux que quand on est amis on l’est pour longtemps. Si par hasard vous verriez les Roulin vous n’oublieriez pas de leur dire bien le bonjour. Donc je termine la présente espérant que M me Ginoux est tout à fait remise de son malaise et vous serrant encore la main. Croyez-moi
tout à vous
Vincent
 
Veuillez adresser les lits
Monsieur V. van Gogh
Paris
Petite vitesse au dépôt en gare .
Je ne compte rester à Paris qu’une quinzaine tout au plus puis je vais travailler à la campagne, c’est pourquoi prendre bien soin de mettre sur l’adresse en dépôt à la gare .
Sans cela si vous avez été invité à m’écrire mon adresse à Paris est

 

18 Boulevard Montmartre
Maison Boussod & C°.

Lettre de Marie GINOUX à Vincent du 10 juin 1890

Monsieur Vincent
Je fais réponse à vos deux lettres, si nous avons tant tardé c’est que mon mari a été malade, il lui est arrivé un petit accident, il avait des amis, l’occasion a fait qu’ils ont été à l’arrivée des boeufs, et le boeuf lui a donné un coup de tête sur les côtes, il ne pouvait pas marcher, cela l’a bien fait souffrir, moi je suis mieux, mais je suis encore beaucoup bien fatiguée, je ne peux rien faire. Samedi il vous expédiera ce que vous nous demandez. 
il va beaucoup mieux, il pourra commencer à travailler dans quelques jours, nous aurions bien voulu vous voir avant de partir, nous avons bien regretté que vous ne soyez pas venus jusqu’ici à Arles.
Vous avez des compliments de tous les voisins. Mme Bressi dit qu’ils vont vous voir quelque jours à Paris.
Pas autre chose pour le moment, donnez-nous quelque fois de vos nouvelles, vous nous ferez un grand plaisir, nous ne resterons pas si longtemps à vous faire réponse.
Je finis, mon mari se joint à moi pour vous serrer la main de coeur et d’amitié.

 

Madame Ginoux

 

Samedi il vous expédiera vos affaires à votre adresse que vous nous avez envoyée.

Lettre Vincent à Mme GINOUX du 11 juin 1890

Mes chers amis Ginoux ,
de suite je veux répondre à la lettre de M me Ginoux pour dire que j’ai été bien content d’avoir de vos nouvelles. Je regrette bien que M. Ginoux se soit blessé et ai tant souffert. Je vous en prie faites faire l’emballage de mes affaires par quelqu’un pour que lui ne s’éreinte pas avec ; je vous rembourserai volontiers de tous les frais que vous pourriez avoir, mais que lui ne se fatigue pas trop, de peur que sa blessure ne s’ouvre.
Mais ainsi j’y compte que vous expédierez samedi car j’attends après.
Oui, moi aussi j’ai bien regretté de ne pas pouvoir revenir à Arles pour prendre congé de vous tous. Car vous savez bien que je m’étais attaché à gens et choses de chez vous d’une amitié sincère. Mais dans les derniers temps j’attire davantage la maladie des autres que de guérir la mienne, la société des autres malades m’influençait mal et enfin je n’y comprenais plus rien. Alors j’ai senti qu’il valait mieux essayer un changement. et d’ailleurs le plaisir de revoir mon frère, sa famille et les amis peintres jusqu’aujourd’hui m’a fait du bien et je me sens absolument calme et en état normal. Le médecin d’ici dit qu’il faut se jeter dans le travail en plein et ainsi se distraire.
Celui là se connait bien en peinture et aime beaucoup la mienne, il m’encourage fort et deux trois fois par semaine il vient passer quelques heures avec moi pour voir ce que je fais.
Ils ont deux fois écrit un article sur mes tableaux, une fois dans un journal Parisien et l’autre fois à Bruxelles où j’avais exposé et maintenant, dernièrement encore dans un journal de mon pays, la Hollande, et cela fait que beaucoup de gens ont été voir mes tableaux et que j’en ai vendu dans de meilleures conditions. Et ce n’est pas fini. il est d’ailleurs certain que depuis que j’ai arrêté de boire j’ai fait du meilleur travail qu’auparavant, il ya toujours cela de gagné.
Mais je pense souvent à vous tous encore, on ne peut pas comme on veut dans la vie, là où l’on se sent attaché le plus il faut partir – mais les souvenirs restent et l’on se souvient – ​​obscurément comme dans un miroir – des amis absents.
Ainsi j’espère que l’expédition pourra se faire samedi.
Voici encore l’adresse.
Vincent van Gogh.
chez Ravoux, place de la mairie
Auvers-sur-Oise
(Seine et Oise)
Petite vitesse
Comme cela il ne saurait y avoir d’erreur. Et je vous remercie d’avance de votre peine mais que Ginoux prenne un homme pour faire l’emballage et ne s’éreinte pas. je vous rembourserai les frais.
Vous souhaitant bonne santé et guérison complète, salutations bien cordiales.
Vincent van Gogh.
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