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La lignée de François GUIZOT

La famille de Gignoux mérite une attention particulière. Son histoire illustre de manière exemplaire l’adaptation des mœurs familiales à la législation religieuse de l’Ancien Régime, tout en éclairant l’arrière-plan social et familial de François Guizot, dont une Gignoux fut la grand-mère.

Originaire de la région de Saint-Ambroix et de Saint Jean de Valériscle, la famille Gignoux appartenait au monde des robins1. Au milieu du XVIIᵉ siècle, l’une de ses branches s’installa à Nîmes, où elle s’affirma comme protestante et se lança dans le commerce des draps. Cette réussite économique fut bientôt couronnée par l’anoblissement de la famille. Les Gignoux s’intégrèrent alors à la noblesse protestante, nouant des alliances avec des familles de même confession.

1 – On désigne par robins les familles appartenant à la noblesse de robe ou à la haute bourgeoisie judiciaire et administrative. Dans le Midi, ces lignages cumulaient souvent charges judiciaires, activités commerciales et, chez les protestants, réseaux confessionnels transrégionaux.

La Révocation de l’édit de Nantes marqua une rupture décisive. Le chef Isaac de Gignoux époux de Madeleine de Possac étant décédé, un fils Pierre de Gignoux de cette branche nîmoise, ancien capitaine au régiment de Picardie devenu docteur et avocat-écuyer à Nîmes, marié à la fille de Richard d’Aubord, choisit l’exil (Angleterre et Irlande). Avec son épouse et leurs enfants, il gagna en premier lieu la Hollande, laissant toutefois en France deux enfants :

  • Louis, 9 ans, à un parent catholique. Celui-ci deviendra seigneur du Bouc et de la Règnerie et conservera cette partie du patrimoine familial de Saint Ambroix,

  • le dernier-né, François, âgé de cinq mois, confié à son grand-père Jean Richard d’Aubord. Celui-ci abjura le protestantisme afin de préserver le patrimoine familial.

Ce dernier enfant, François de Gignoux, assura ainsi la continuité de la lignée à Nîmes et à Aubord. Son existence témoigne d’un double jeu religieux devenu fréquent chez certaines familles protestantes restées en France : catholique en apparence, protestant de cœur. Marié à Françoise d’Ardouin de La Calmette, Il fit bénir son mariage et baptiser ses enfants par les curés de Nîmes, de La Calmette ou d’Aubord, mais rejoignait les religionnaires au moment de la sépulture. À chaque génération, une même stratégie se répéta : les fils quittaient la France pour le Refuge, en Hollande, en Angleterre, en Allemagne ou en Suisse, tandis qu’un seul restait sur place, officiellement catholique, afin de conserver et gérer les biens immobiliers de la famille. En l’absence de descendance masculine, un neveu était rappelé de l’étranger pour devenir héritier.

Ce schéma se reproduisit une autre fois au XVIIIᵉ siècle. Guillaume de Gignoux d’Aubord, un des fils de François, capitaine au régiment de Quercy et chevalier de Saint-Louis, marié catholiquement à une protestante en 1752 mais sans enfant, se retira sur ses terres avec une pension royale. Au traité d’Aix la Chapelle en 1748, son frère, François de Ginoux, s’était marié avec Charlotte Cornet à Bruxelles et avait déserté l’armée de Louis XV pour s’engager dans celle des Provinces Unies (Pays-Bas d’aujourd’hui). Guillaume, soucieux d’assurer la transmission de ses biens, fit venir de Hollande son neveu et filleul, Guillaume Jean-Baptiste, âgé de vingt ans. Toutefois, la situation était délicate : la seule pièce d’état civil du jeune homme était un acte de baptême protestant hollandais (né à Steenderen en Gueldre), document compromettant au tout début de la France de Louis XVI.

Uniformes de cavalerie de l’armée royale de Louis XV

Un subterfuge juridique fut alors imaginé. Une supplique adressée au sénéchal de Nîmes prétendit que le registre du baptême catholique de l’enfant avait été égaré et demanda qu’il y soit suppléé par un acte de notoriété. Celui-ci fut dressé à l’issue d’une enquête sommaire, sur les témoignages de parents résidant à Nîmes et officiellement catholiques, le 25 juin 1774. La manœuvre réussit : Jean-Baptiste entra au régiment de Quercy comme lieutenant le 14 juillet 1774. L’année suivante, un sauf-conduit maçonnique acheva d’assurer sa sécurité personnelle et patrimoniale.

En 1779, il recueillit la succession de son oncle, puis vendit en 1782 le domaine d’Aubord à Jean-Antoine Guizot, avocat, membre de la branche aînée de cette famille. Le lien entre les deux lignages était déjà ancien : Henriette de Gignoux, sœur de Guillaume et dixième enfant de la famille de Gignous/ Ardouin de La Calmette, avait épousé, à Nîmes, en 1761, le pasteur Jean Guizot, représentant de la branche cadette.

Ainsi, à travers l’exemple des Gignoux, se dessine toute une culture de la dissimulation légale, de la mobilité géographique et de la solidarité familiale, qui permit à certaines lignées protestantes de survivre, de transmettre leurs biens et de conserver leur identité sous les contraintes religieuses de l’Ancien Régime. Cette histoire éclaire aussi, en filigrane, l’univers social et religieux dont est issu François Guizot, héritier d’une mémoire protestante façonnée par l’exil, l’adaptation et la prudence.

Cet article est inspiré de l’ouvrage : « une famille de bourgeoisie française, de Louis XIV à Napoléon » de Charles-H. Pouthas, docteur es lettres, professeur au lycée Janson de Sailly – librairie félix Alcan – 1934.

Etienne GINOUX et Suzanne GINOUX

Suzanne est coseigneuresse du Bouc et de la Règnerie. Ce couple de cousins semblent avoir conçu 6 enfants probablement à Saint Ambroix :

  • Antoine, docteur et avocat marié avec RIGAUD. Leurs descendants mâles seront les derniers porteurs du nom de GIGNOUX de La Règnerie.
  • Pierre né en 1560 à Saint Ambroix, marié le 26 juillet 1630 avec Antoinette PELLET
  • Isaac marié le 23 mars 1637 à Nîmes avec Madeleine de POSSAC
  • Jean né en 1576 à Saint Ambroix, marié en 1607 avec Anne de CALVET, sieur de la Roque
  • Jeanne née en 1550 à Saint Ambroix, mariée en 1570 avec Antonin MATHIEU
  • Françoise

Isaac GIGNOUX et Madeleine de POSSAC

Un des fils d’Etienne GIGNOUX et de Suzanne GIGNOUX, Isaac se marie avec Madeleine de POSSAC. De religion réformée, Isaac sera considéré comme fugitif par le pouvoir. Le couple a eu 10 enfants :

  • Bernardine mariée à Valentin GIRARD et décédée le 6 octobre 1679
  • Suzanne mariée le 6 juillet 1660 à Pierre DELEUZE, marchand, bourgeois de Nîmes
  • Dauphine mariée le 4 novembre 1673 à Nîmes avec Jacques de CLARIS, lieutenant du Régiment de Bretagne.
  • Pierre marié à Marie de RICHARD (voir ci-dessous ou la famille GIGNOUX RICHARD)
  • Marie mariée le 5 mars 1680 à Nîmes avec Pierre RIVALIER docteur en médecine
  • Jean qui sera assassiné et enterré le 27 juin 1678 à Nîmes
  • Madeleine née le 10 décembre 1654 à Nîmes
  • Isaac né le 23 mai 1657 à Nîmes, marié le 15 février 1680 à Nîmes avec Marguerite de REY. Le couple protestant, leurs deux enfants, Catherine et Pierre, et la mère d’Isaac, Madeleine de POSSAC, trouvent refuge à Lausanne (Suisse) après l’Edit de Fontainebleau (18 octobre 1685). Après le décès de leurs parents, Les deux enfants s’implanteront à Berlin, dans le quartier des réfugiés huguenots nommé Friedrichstadt. La famille GINHOUX REY, Les cousins germaniques
  • Suzanne née le 1er septembre 1659 à Nîmes
  • Bernardine née le 16 décembre 1661 à Nîmes.

Pierre de GIGNOUX et Marie de RICHARD

Un des fils de Isaac GIGNOUX et Madeleine de POSSAC, Pierre marié avec Marie de RICHARD le 12 février 1674 au temple de Caveirac (Gard) va fuir avec une partie de ses enfants aux Provinces Unies (actuellement, les Pays-Bas) puis en Angleterre et en Irlande lors de la révocation  de l’Edit de Nantes en 1685. Mais ils devront confier le dernier né, prénommé  François au père de Marie de RICHARD qui demeure à AUBORD près de Nîmes. par la suite, deux autres filles naîtront aux Pays-Bas. En tout, 11 enfants naîtront :

  • Jean né le 13 décembre 1674 à Nîmes sera officier de l’armée anglaise
  • Jean Louis né le 8 mars 1676 à Nîmes restera en France, Seigneur de la Reignerie, il sera Capitaine de la Reine dans les armées de Louis XIV
  • Isaac né le 8 mars 1678 à Nîmes sera officier de l’armée anglaise
  • Marie née le 12 juillet 1679 à Nîmes décède le 3 mars 1681
  • Pierre né le 1et janvier 1681 à Nîmes décède en 1683
  • Henry né le 29 mai 1682 à Nîmes décède en 1686 à l’âge de 4 ans
  • Charles né le 14 juillet 1683 à Aubord (Gard) sera officier de l’armée anglaise
  • François né le 11 mai 1685 à Nîmes, reste en France chez son grand-père maternel à Aubord près de Nîmes. Il se marie avec Françoise d’ARDOUIN de La Calmette (voir ci-dessous)
  • Lucrèce née aux Pays-Bas en 1687
  • Marie le 30 septembre 1689 à Utrecht (Pays-Bas)
  • Samuel né le 3 juin 1691 à Londres

Voir la page de la famille GIGNOUX RICHARD – Les cousins britanniques 

François GINOUX et Françoise d'ARDOUIN de La Calmette

François GINOUX élevé par ses grands parents maternels à AUBORD se marie le 20 février 1708 à La Calmette (Gard) à l’église catholique. Leurs 10 enfants :

  • Isaac né le 19 novembre 1709 à La Calmette
  • Marguerite née le 24 avril 1710 à La Calmette
  • Charles Guillaume de GIGNOUX né le 5 mai 1711. Blessé au siège de Coni en 1744, il sera élevé au rang de Chevalier de l’ordre de Saint Louis par le Roi Louis XV en 1746. Il est le garant des biens familiaux, notamment la propriété d’Aubord. Marié à Jeanne PIEYRE, sans enfant, il fait venir son neveu Jean Baptiste de GIGNOUX, fils de François, des Pays bas. Le fait entrer dans son régiment de Quercy afin de prendre sa suite dans la gestion des biens familiaux. Il décède en 1779.
  • Madeleine née le 16 juillet 1713
  • Louis né le 10 mars 1715
  • François de GIGNOUX (les cousins néerlandais) né le 17 janvier 1718 à Nîmes. Il devient militaire. Cornette (porte-étendard) puis sous-lieutenant dans le Régiment du Roi Louis XV au service de la France. Il passe dans l’armée des Provinces Unies (Pays-Bas, Belgique, Luxembourg). Il est nommé lieutenant de cavalerie le 19 novembre 1742 dans le Régiment du comte Maurice de Nassau . Il est nommé capitaine le 14 juin 1766 dans le Régiment du Général Stavenisse-Pous. Il se marie avec Hélène Charlotte Thérèse CORNET le 23 septembre 1748 à Bruxelles (Paroisse Saint Gudule). Ils ont 12 enfants dont un seul, Guillaume Jean Baptiste François reviendra à Nîmes. Les autres se fixeront définitivement aux Pays-Bas. Hélène CORNET décède en janvier 1781. François de GIGNOUX décède le 22 novembre 1798 à Leeuwarden.
  • Françoise née le 13 juillet 1720
  • Isaac né le 23 février 1722
  • Marie née le 19 août 1723
  • Henriette née le 8 octobre 1727. Elle se marie le 1er janvier 1761 à Nîmes avec le Pasteur Jean GUIZOT

Jean GUIZOT et Marie Henriette de GINOUX

La dernière née de François GINOUX et Françoise d’Ardouin , Henriette de GINOUX se marie le 1er janvier 1761 à Nîmes avec Jean GUIZOT un pasteur de Nîmes (Ministre du Saint Evangile). Jean GUIZOT est né le 27 juin 1729 à Saint Geniès de Malgoirès. Le couple a deux enfants nés à Nîmes :

  • Pierre Guillaume né le 13 février 1763, il se marie le 12 juin 1802 à Nîmes avec Sophie TESSIER. Négociant en tabac, il décède à Carpentras le 2 juin 1825
  • André François né le 27 juillet 1766 se marie avec Elisabeth Sophie BONICEL le 27 décembre 1786 à Nîmes. Il est guillotiné le 8 avril 1794 à Nîmes à l’âge de 27 ans

Jean GUIZOT meurt très tôt en 1766. 

André François GUIZOT et Sophie BONICEL

André François GUIZOT se marie le 27 décembre  1786 à Nîmes avec Elisabeth Sophie BONICEL. Le couple a  deux enfants nés à Nîmes :

  • François Pierre Guillaume né le 4 octobre 1787  épouse en première noce Pauline de Meulan le 9 avril 1812 à Paris 10ème avec laquelle il aura deux enfants. A la mort de celle-ci, il épouse, en deuxième noce, Marguerite Elisa DILLON le 8 novembre 1828 à Paris 10ème 
  • Jean Jacques né le 12 octobre 1789 se marie le 9 décembre 1826 à Paris 1er avec  Amélie VINCENT. Il est Maître des requêtes au Conseil d’Etat

François Pierre Guillaume GUIZOT et Marguerite de La Croix de DILLON

François Pierre Guillaume marié en deuxième noce le 8 novembre 1828 l’ Eglise réformée de Paris avec Marguerite Andrée Elisa de la Croix de DILLON, femme de lettres. Le couple a 3 enfants nés à Paris :

  • Henriette Elisabeth née le 5 août 1829. Femme de lettres, elle se marie avec le député  Conrad de WITT le 18 mars 1850 à Paris
  • Pauline Jeanne née le 22 juin 1831. Femme de lettres, elle se marie avec Cornélis de WITT le 18 mai 1850 à Paris
  • Guillaume né le 11 janvier 1833. Professeur, il se marie avec Gabrielle VERDIER de FLAUX le 26 avril 1860 à Nîmes

François GUIZOT est Grand Croix de l’Ordre Royal de la Légion d’Honneur, Chevalier de la Toison d’Or, Professeur d’Histoire moderne à la Faculté des Lettres de l’Académie de Paris, Membre de l’Institut, Président du Conseil sous Louis Philippe. Voir contexte historique : François GUIZOT, l’historien.

Marguerite Elisa DILLON décède après la naissance de son troisième enfant le 11 mars 1833 à paris.

François GUIZOT  décède le 12 septembre 1874 à Saint-Ouen-le-Pin (Calvados), à son domicile de Val Richer à l’âge de 86 ans.

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