La famille ROULIN PELLICOT
Les origines familiales
Joseph Étienne ROULIN voit le jour à Lambesc (Bouches-du-Rhône) le 4 avril 1841. Il est le fils de Jean Joseph ROULIN, agriculteur, et de Marguerite AUBRAN, mariés à Lambesc le 8 octobre 1838. La famille s’installe traverse Plan de Bédouin, où naîtront leurs cinq enfants. Joseph y grandit jusqu’à son mariage en 1868. Malheureusement, sa mère, Marguerite, décède prématurément le 17 janvier 1865, laissant derrière elle trois jeunes enfants. Son père, Jean Joseph, reste dans la maison familiale au moins jusqu’en 1886 avant de s’éteindre le 22 janvier 1897 à Rognes, chez son plus jeune fils.
Côté PELLICOT, les origines sont plus lointaines. Augustine PELLICOT, future épouse de Joseph, est la fille d’un couple non originaire de Lambesc. Son père, né le 7 juillet 1810 à Draguignan (Var), s’installe à Lambesc en 1840 comme postillon avant de devenir facteur rural. Sa mère, Rosalie DECES, originaire de Montboucher-sur-Jabron (près de Montélimar), arrive dans cette même ville en 1840.
Une rencontre professionnelle et un mariage à Lambesc
Joseph ROULIN embrasse à son tour la carrière de facteur rural à Lambesc. C’est probablement grâce à ce métier qu’il croise le chemin d’Augustine PELLICOT, fille d’un collègue. Leur union est scellée le 31 août 1868 dans la même commune.
Le métier postal de Joseph implique des mutations fréquentes pour gravir les échelons. Malgré ces déplacements, leurs enfants naîtront tous à Lambesc, rue de la campane chez les grands-parents maternels, domicile qui deviendra le leur :
- Joséphine Antoinette, née le 15 avril 1869, décède tragiquement le 8 juillet 1870 à Mallemort, à seulement 14 mois, où Joseph a été muté.
- Armand Joseph, né le 5 mai 1871.
- Camille Gabriel, né le 10 juillet 1877.
- Marie Germaine Marcelle, née le 31 juillet 1888.
- Cornélie Anne, née le 16 juillet 1897, décède à Lambesc, rue Campane, le 16 décembre 1904, à l’âge de 7 ans.
Une vie marquée par les mutations
Au début de leur mariage, Joseph et Augustine logent probablement rue de la Campane à Lambesc, chez les parents de cette dernière. En 1870, Joseph est muté à Mallemort comme facteur rural. Le couple s’y installe rue du Presbytère, où ils apparaissent lors des recensements de 1872 (avec les parents d’Augustine) et de 1876 (seuls avec leur fils Armand, le père d’Augustine étant décédé deux ans plus tôt). En 1877, naît Camille, le second fils.
Une période de silence s’installe ensuite : pendant une dizaine d’années, aucun enfant ne naît.
En 1888, Joseph est affecté à Arles en tant que courrier convoyeur, chargé de la gestion des sacs postaux à la gare. La famille s’installe dans le quartier de la Cavalerie, dans la même rue que Vincent van Gogh. Une amitié indéfectible se nouera entre les deux hommes (voir ci-dessous).
Marseille : une nouvelle étape
Le 21 janvier 1889, Joseph est nommé à Marseille. Il part seul, avec pour mission de trouver un logement pour sa famille. Il s’installe temporairement 57, rue Breteuil, chez une certaine Madame Delpal. Augustine et les enfants restent à Arles jusqu’à la fin janvier, avant de rejoindre Lambesc, chez la mère d’Augustine.
Finalement, Joseph trouve un appartement 46, rue Saint-Nicolas, au troisième étage, où sa famille le rejoint dans la première semaine d’octobre 1889. Le recensement de 1891 y atteste la présence du couple avec leur fille Marcelle. Pendant ce temps, Armand, devenu maréchal-ferrant, reste à Lambesc chez son employeur avant de s’engager volontairement dans l’armée. Camille, lui, embarque comme matelot sur des navires et est basé à Toulon.
La retraite et les dernières années
Joseph prend sa retraite le 26 mars 1896 et se retire à Lambesc avec Augustine. Malgré leur âge, ils accueillent un dernier enfant, Cornélie Anne, née en 1897. Joseph est récompensé pour sa longue carrière par la médaille de bronze du travail et touche une pension de 782 francs.
Pourtant, en 1899 ou 1900, la famille retourne à Marseille et s’installe 81, rue Loubière. Connaissant mieux Joseph ROULIN, le déménagement peut être motivé par les problèmes de son fils avec sa femme Marie CONRY malade et qui décède le 23 septembre 1901. C’est là que Joseph s’éteint le 29 septembre 1903. Il est inhumé au cimetière Saint-Pierre de Marseille.
Augustine, quant à elle, survit à son époux de près de 27 ans. Elle décède le 5 avril 1930 à Paris (10ème), à l’hôpital Lariboisière, après avoir rejoint sa fille Marcelle, devenue concierge d’immeuble dans la capitale. Elle repose au cimetière parisien de Pantin (Seine-Saint-Denis).
30 ans, 1 mois et 25 jours de service
Le petit Marseillais du 10 mars 1896
Joseph ROULIN et Augustine PELLICOT par Vincent van Gogh
Les relations d'amitié entre Joseph ROULIN et Vincent van Gogh
Dans sa correspondance à son frère Théo et à Gauguin, Van Gogh montre que pour lui les ROULIN incarnent la résilience, la chaleur humaine et la beauté discrète du quotidien. Leurs portraits, bien plus que des œuvres d’art, sont des hommages à une amitié sincère et à une famille qui a marqué son séjour à Arles.
Les lettres de Joseph ROULIN révèlent un homme attentionné, fier de sa famille, et profondément attaché à Van Gogh. Elles illustrent une amitié sincère, où l’art et la vie personnelle s’entremêlent. Roulin, malgré ses propres défis (mutations, séparations familiales), reste un soutien indéfectible pour Van Gogh, l’encourageant à peindre, à se soigner, et à garder espoir.
Cette double correspondance révèle une amitié rare, où l’art et la vie se répondent. Van Gogh trouve en ROULIN un modèle humain et un soutien indéfectible, tandis que ROULIN voit en Van Gogh un artiste génial et un ami précieux. Leurs lettres, complémentaires, montrent à quel point ils se comprennent, s’admirent et s’encouragent mutuellement.
"Vie de Joseph ROULIN" de Pierre MICHON
L’écrivain Pierre MICHON, auteur des « Vies minuscules » a écrit, en 1988, ce petit livre « Vie de Joseph ROULIN ». La critique suivante vous permet d’en saisir le contenu et l’esprit :
« Verdier a ressorti en collection de poche cette merveille de finesse et de maîtrise (quelle précision inventive dans le choix des mots ! Quelle intimidante leçon de style !) dans laquelle Pierre Michon, en 1988, tentait de voir un homme sous les portraits que Van Gogh fit du facteur Joseph Roulin. Il réussit à réinsuffler de la vie à un personnage devenu mythe et dollars sous l’épaisseur des enchères et des commentaires savants. De l’avis de l’auteur « un échec », cette Vie de Joseph Roulin est évidemment tout le contraire. Le regard qui se déplace à hauteur d’homme, comme dans Rimbaud le fils (1991), trace les contours d’une existence laborieuse, d’une possible amitié entre Roulin et Van Gogh, de probables rêves de Grand Soir (car on sait de Roulin qu’il était « rouge »), de ce « fourretout de hasards, de poses et de paroles rebattues qu’on appelle un caractère ». Surtout, il imagine avec d’élégantes et précieuses précautions comment Roulin « repensa à sa façon l’énigme des beaux-arts » : que put penser cet homme simple devant le spectacle d’un peintre menacé de misère et qui interrogeait avec fureur la lumière brûlant un paysage pour lui banal ? Son étonnement devant l’écart entre la réalité – sa famille, le petit monde besogneux d’Arles sous le soleil que Van Gogh peignit aussi, une bicoque aux murs blancs – et une oeuvre dont il perçoit bien l’impensable anomalie, est aussi le nôtre. Qui dira ce qui est beau ? »
Critique du livre de Agnès Mannooretonil dans la revue « Études »
Les enfants de Joseph ROULIN et d'Augustine PELLICOT
Armand Joseph Désiré ROULIN
Armand Roulin (1871–1945) : une vie entre devoir, service et recompositions familiales
Armand, né en 1871, se forme très tôt au métier de ferronnier, dans lequel son père, Joseph Roulin, reconnaît rapidement son talent exceptionnel. Contrairement au reste de la famille, il ne suit pas son père à Marseille en 1889, préférant rester à Lambesc pour travailler auprès de son employeur.
En 1890, à seulement 19 ans, il devance l’appel et s’engage pour trois ans dans l’armée, intégrant le 8ᵉ régiment de cuirassiers à compter du 13 mars. À son retour en 1893, il embrasse une carrière dans les forces de l’ordre et est nommé gardien de la paix à Marseille.
Le 23 avril 1895, il épouse Marie Joséphine Conry, une voisine d’Arles alors installée à Marseille. Peu après, ses parents, Joseph et Augustine, ainsi que ses deux sœurs, Marcelle et Cornélie, le rejoignent dans la cité phocéenne.
En 1900, Armand est muté à Tunis comme agent de police. Une question subsiste : était-il encore à Marseille le 23 septembre 1901, date à laquelle son épouse, Marie Joséphine Conry, décède prématurément à 27 ans, boulevard Baille ? Son domicile officiel, 11 traverse du Villageon, laisse supposer qu’elle est peut-être décédée à l’hôpital de la Conception, sans que l’on sache si Armand était à ses côtés ou déjà en poste en Tunisie.
Veuf, il se remarie cinq ans plus tard, le 22 août 1906 à Tunis, avec Louise Groulleau, marquant ainsi une nouvelle étape dans une vie déjà riche en rebondissements.
Camille Gabriel ROULIN
Camille Roulin (1877–1922) : une vie entre mer, guerre et résilience
Camille, né en 1877, est animé dès son plus jeune âge par l’appel de la mer. Son rêve se concrétise lorsqu’il s’engage dans la marine marchande comme matelot, s’installant à Toulon, port emblématique de la Méditerranée.
En 1896, il est appelé au service militaire le 11 janvier. Grâce à son expérience en mer, il est inscrit maritime et intègre les rangs de la marine nationale. Un an plus tard, le 11 janvier 1897, il obtient avec succès son brevet de fusillier marin, confirmant ses compétences. Il est finalement libéré le 20 janvier 1900, après trois années de service.
À sa sortie de l’armée, il reprends probablement la mer comme matelot, perpétuant sa passion pour les voyages et l’aventure.
En 1911, on le retrouve à Lambesc, rue de la Campane, aux côtés de sa mère, Augustine. Il a alors changé de voie et exerce le métier de maçon, loin des flots qu’il a tant aimés.
Mais le destin en décide autrement : la Première Guerre mondiale éclate, et Camille est mobilisé dès le 11 août 1914. Il participe à la campagne d’Allemagne, mais son état de santé se dégrade rapidement. Évacué le 4 juillet 1915 pour maladie, il est d’abord dirigé vers Bessèges (Gard), dans un hôpital bénévole. Il est transféré à Alès pour sa convalescence, à partir du 21 août, puis enfin à Sisteron (Alpes-de-Haute-Provence), où il est admis à l’hôpital mixte pour une bronchite.
En 1916, malgré une bronchite bacillaire qui aurait dû lui valoir une réforme, il est versé dans les services auxiliaires. Commence alors une période d’errance administrative : trimbalé d’un régiment à l’autre, il subit les aléas d’un système militaire peu adapté à son état. Ce n’est que le 29 juin 1921 qu’il obtient enfin une réforme définitive, reconnue pour tuberculose pulmonaire, avec une pension à 100%.
Affaibli par la maladie et les années de souffrance, Camille décède à Lambesc le 4 juin 1922, à seulement 45 ans. Son nom figure aujourd’hui sur le monument aux morts de Lambesc, parmi ceux des soldats de la Grande Guerre, hommage posthume à son engagement et à ses sacrifices.
Marie Germaine Marcelle ROULIN
Marcelle Roulin (1888–1980) : une vie entre Nîmes, Paris et le Sud
Marcelle Roulin, née en 1888, quitte Lambesc pour s’installer à Nîmes, où elle épouse, le 24 juin 1908, Michel Jules Delphin Dalmas, un cuisinier originaire du Beausset (Var). À seulement 19 ans, sans profession déclarée, elle s’installe avec son mari 4, rue des Chassaintes, dans cette ville gorgée de soleil.
Quelques années plus tard, le couple quitte Nîmes pour Paris, où naît leur fille unique, Rose Renée Dalmas, le 11 décembre 1911, dans le 5ᵉ arrondissement. Mais leur union ne résiste pas à l’épreuve du temps : ils divorcent officiellement le 28 octobre 1926.
D’après les recherches de généalogistes sur Geneanet, Marcelle aurait ensuite exercé le métier de gardienne d’immeuble dans le 18ᵉ arrondissement de Paris, notamment rue Lepic et rue Buzelin. Ces années parisiennes, bien que peu documentées, témoignent d’une vie autonome et résiliente.
En 1965, après des décennies passées dans la capitale, elle reviendrait au Beausset, berceau de son ex-mari, comme pour boucler une boucle. Elle s’éteint finalement le 22 février 1980, à 82 ans, à la clinique de la Bourbonne à Aubagne, non loin des lieux qui ont marqué sa jeunesse.
Sa fille, Rose Renée Dalmas, mécanographe, demeurant avec sa mère 30 rue de Martyrs à Paris 9, perpétue quant à elle une vie plus discrète. Elle se marie tardivement le 15 octobre 1949, dans le 9ᵉ arrondissement de Paris, avec Albert Koegler, comptable. Elle décède bien plus tard, le 23 mai 1996 à Toulon, à l’âge de 84 ans, clôturant ainsi l’histoire de cette branche de la famille Roulin.