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L’Hebridean Way entre mère et fille

Une randonnée pédestre peu commune, de Frédérique et Luna

241 km,  4679 m de dénivelé,  30 kilos cumulés sur le dos,  6 chutes (dont 5 pour Frédérique),  des centaines de moutons… C’est le résultat de 10 jours de marche entre mère et fille pour traverser les îles écossaises des Hébrides extérieures.
Welcome in the Outer Hebrides!

Bienvenue sur les Hébrides Extérieures ! C’est le premier panneau que nous croisons en descendant du ferry, juste après avoir été accompagné par les dauphins sur les dernières minutes de cette traversée de 6 heures. Ici, si vous croisez un habitant (ce qui n’arrivera pas très souvent), alors vous feriez mieux de dire “Haigh” plutôt que “Hi”, car la langue officielle n’est pas l’anglais mais le Gaélique. Bien sûr, vous n’aurez aucun mal à communiquer en Anglais (à condition de pouvoir décoder ce fort accent écossais qui les caractérise), mais un bonjour en Gaélique sera toujours plus apprécié !

Pourtant, avant d’appartenir aux Royaumes d’Écosse, les Hébrides ont d’abord été contrôlées par la Norvège et les Vikings pendant plusieurs siècles. C’est cette culture Norse-Gaélique qui en fait un lieu unique. Ça, et le fait qu’elles ne sont habitées que par 28 000 habitants après avoir été désertées par des milliers de personnes lors du Highland Clearance, une période durant laquelle des milliers d’habitants furent expulsés de leurs terres. Cette faible population se ressent partout pendant la marche. En fait, marcher sur l’Hebridean Way, c’est marcher sur des chemins qui étaient autrefois utilisés par des milliers de fermiers pour rejoindre les pâturages, récolter la tourbe, ou encore accéder aux plages, et qui sont maintenant empruntés par des randonneurs assez vaillants pour venir se frotter aux vents des Highways.

En marche sur l’Hébridean Way
Frédérique

Les Hébrides extérieures, c’est un archipel de 3071 km2 composé de 119 îles, dont seulement 14 habitées. Le parcours de l’Hebridean Way relie 10 de ces îles grâce à 6 causeways (digue-chaussée) et 2 ferrys.

C’est le matin suivant notre arrivée que nous nous lançons sur les deux premières d’entre-elles : Vatersay et Barra. Faut dire qu’avec celles-là, on se demande si on est arrivé en Écosse ou aux Bahamas quand on voit la couleur de l’eau ! C’est la première étape, la plus difficile et l’une des plus belles que nous ferons. C’est aussi la première fois que nous planterons la tente, que nous mangerons des repas lyophilisés dans la popote, que nous nous tromperons de chemin, les premières plages paradisiaques, les premiers moutons, les premiers randonneurs croisés, les premières douleurs, les premières gaffes…

Il faut dire que nous avions pourtant une organisation bien rodée : j’étais responsable de l’itinéraire et des hébergements, tandis que ma mère gérait la nourriture. Dès le premier jour, nous avons découvert les limites du système : elle avait oublié notre nourriture à l’auberge et je m’étais trompée dans le tracé, nous ajoutant au passage deux kilomètres de marche supplémentaires.

Bref c’est probablement la journée qui nous restera le plus longtemps en mémoire et surtout celle qui donne le ton : ça ne va pas être facile.

Des Tourbières et des Machairs

Après Barra, nous entrons dans l’interminable chapelet d’îles des Uists qui regroupe Eriksay, South Uist, Benbecula, Grimsay, North Uist et Berneray. Nous les traversons en 4 jours notamment marquées par l’étape la plus difficile, la deuxième, qui nous apprendra, après 34 douloureux kilomètres, 2 leçons essentielles.

Leçon n°1 : nous ne pourrons pas marcher plus de 30km avec 15 kilos sur le dos chacune si nous voulons pouvoir finir ce trek.

Leçon n°2 : les Hébrides ont le pouvoir de vous couper le souffle autant que de mettre votre patience à l’épreuve, avec des kilomètres de machairs et de tourbières à n’en plus finir.

Les hébrides extérieures sont connues pour être un mélange de trois types de paysage si différents que c’en est presque déroutant de passer aussi vite de l’un à l’autre : des plages paradisiaques, des machairs, et des étendues de loch et de tourbières.

– Le mot machair vient du gaélique et désigne une plaine côtière herbeuse développée sur du sable. On trouve des machairs ailleurs qu’en Écosse et en Irlande, mais environ les deux tiers des machairs mondiaux se trouvent dans les Hébrides extérieures.

– Les tourbières, elles, résultent du climat de l’archipel, pluvieux et aux températures modérées. L’eau stagne, les végétaux meurent mais ne se décomposent pas complètement à cause du manque d’oxygène, ils s’accumulent couche après couche et cette matière organique devient progressivement de la tourbe. En fait, la tourbe était même une ressource très importante car c’était le combustible principal des Hébrides. Mais ça n’en n’est pas moins insupportable de marcher dedans, et ce n’est pas Frédérique qui vous contredira sur ce point !

Après 4 jours de marche à traverser machairs et tourbières en tout genre, la récompense est méritée! Nous avons le plaisir d’arriver sur l’île de Berneray où nous passerons la soirée entre les plages et les phoques, et ou nous aurons même l’occasion d’apercevoir des baleines au réveil le lendemain.

Haigh Harris, Haigh Lewis

Si les Uists, sont le paysage emblématique des Hébrides, Lewis et Harris, les îles de la partie Nord, en sont la mémoire. Attention, ici vous marchez sur le Lewisian Gneiss, des roches de plus de 3 milliards d’années, soit plus anciennes que les dinosaures ou les plantes terrestres. Ici, les tourbières laissent place aux montagnes pour le plus grand plaisir de nos yeux et le plus grand malheur de nos jambes. Les paysages changent et on y trouve des vestiges de l’âge de Bronze, des cairns (tas de pierre) ou encore des cercles de pierres dont le plus connu, les Callanish Stones, que nous aurons l’occasion de voir le dernier jour. Après des jours de paysages plats, voir apparaître les montagnes de Harris est à la fois un choc et un soulagement. D’ailleurs la fatigue commençait à se faire sentir. À peine arrivées sur Harris, Frédérique jette d’ailleurs notre trousse de secours dans une poubelle en pensant se débarrasser d’un sac de déchets. Heureusement, nous nous en sommes rendu compte avant qu’elle ne termine sa vie dans une benne écossaise.

Malgré tout, nous finissons par atteindre Stornoway, la plus grande ville de l’archipel et point d’arrivée de l’Hebridean Way, après nos 5 dernières journées de marche. Nous retrouvons pour la première fois depuis notre départ la (vraie) civilisation, si bien qu’on en est presque surprise de voir un feu de circulation! Il nous reste même une journée avant le ferry du retour, que nous passons à explorer la côte ouest de Lewis en bus et en stop. L’occasion de faire quelques dernières belles rencontres, comme un écossais qui est né et a grandi à 50 mètres des Callanish Stones ou encore un couple de touriste Suisse.

Pour clôturer le périple en beauté, nous passons cette dernière nuit en auberge aux côtés de 3 randonneuses croisées plus tôt sur le chemin. Dixit Luna

Les recommandations de Frédérique :

“ J’ai découvert les Hébrides et leur histoire notamment grâce à une série de livres de l’auteur Ecossais Peter May, la trilogie écossaise qui se passe sur l’île de Lewis : L’ile des chasseurs d’oiseaux – L’homme de Lewis – Le braconnier du lac perdu. Il y a aussi une suite qui s’appelle “Loch noir”.

Il a aussi publié un livre de photos époustouflantes sur les hébrides extérieures : L’Ecosse

Pour ceux qui n’ont pas vu la série, je vous conseille aussi “Outlander” de Diana Gabaldon qui retrace l’histoire des highlanders au XVIIIe siècle.

Sinon vous pouvez aussi consulter le site l’Hebridean Way, il est très bien fait.

En tout cas prête à repartir pour un trek long !! avec ma fille …et j’espère mon fils !!”

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