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Villelaure

Nous allons développer peu à peu l’histoire du terroir de Villelaure. En fonction des découvertes, seront complétées les périodes de l’histoire de cette commune. Dans un premier temps, des extraits du dictionnaire chronologique des membres de la famille de Forbin seront reproduits ici.

Sous le règne de l'empereur romain Hadrien (117 à 138 après Jésus Christ)

Sur le site de la Tuilière, au sein de la partie résidentielle d’un vaste domaine agricole en activité au IIème siècle en bordure du Marderic., une villa romaine a été découverte. 4 panneaux de mosaïque ont été exhumés. 

mosaique romaine deVillelaure – le combat de Dares et Entelle

mosaique romaine de Villelaure – Diane et la vierge Callisto – thème provenant des Métamorphoses d’Ovide

Ancien régime (1498-1788)

Après la guerre de 100 ans (1337 à 1453) et la peste noire (1331 à 1352), la Provence est décimée. Jean III de Forbin, de par son mariage avec Antoinette de La Terre, devient seigneur de Janson, de Villelaure, de Trésémines, de La Roque et Gontard. Il signe en 1511 un acte d’habitation pour 19 familles vaudoise du Piémont afin de repeupler ce territoire.

Sources :

1511 - L'acte d'habitation de Villelaure

Villelaure, dont l’acte d’habitation est du 8 janvier 1511 ; l’hommage vient ensuite, puis, le 28 octobre 1512, la réception de quelques autres habitants ; d’autres, les Savournin, de Cadenet, sont reçus en 1526-1528 mais Antoinette de la Terre fait aussi avec eux des échanges de terre, etc. Une copie authentique du rôle des tasques de Villelaure et de Trésémines est délivrée par Thomas de Valle, notaire de Lambesc.

En 1513, Jean de Forbin et Antoinette de la Terre ayant fait construire un bateau pour aller dans une île de la Durance [NDRL : en face de leur château de Janson] qu’ils voulaient faire défricher, les seigneurs de Cadenet et de Meyrargues et la communauté de Pertuis le voulurent détruire et incendier, prétendant, le premier qu’il avait le droit exclusif de semblables bateaux de Janson jusqu’à Malemort, le second, de Peirollles à Janson, et la troisième prétendant avoir droit de pascuité (NDRL : droit de mener paître ses bêtes), lignérage (NDRL : couper ou ramasser du petit bois notamment pour le chauffage) et chasse dans ladite île, d’où procès, qui durait encore le 8 avril 1515.

Le 22 novembre 1515, Antoinette de la Terre et Jean de Forbin passent une transaction avec Louise Matheron, veuve de Rollin Barthélémy, président de la Chambre des comptes de Provence et tutrice de leurs enfants, et notamment d’Antoine Barthélémy, héritier de son père, au sujet de quelques terres sises à Trésémines, que Rollin avait pris à nouveau bail, le 3 avril 1510, par acte reçu par Jean Gantelmi, notaire à Aix. Il est convenu, entre autres choses, que Louise Matheron paiera au seigneur la tasque de ces terres au quatorzain.

Le 10 janvier 1524, Jean de Forbin donne aux frères Collier l’investiture de trois terres sises au terroir de Villelaure.

Des procédures se rapportent à un procès contre le vicomte de Cadenet, Antoine Honoré d’Oraison. Il s’agissait d’un conflit de limites entre Villelaure et Cadenet : la ligne divisoire, partant de Coste Eyguières (NDRL : nom d’aujourd’hui Cousteguière), suivant la grande Serrière, puis les vallons de Puygros et de Piemillet, atteint le torrent de Marderic, qui descend d’Ansouis vers la Durance et dont le seigneur de Cadenet avait fait modifier le cours pour faciliter l’écoulement des eaux.

Le 5 mai 1534, Antoinette de la Terre obtient des maîtres rationaux (NDRL : magistrats financiers) des lettres l’autorisant à dériver les sauts du torrent de Marderic pour les conduire à un moulin qu’elle a fait construire au terroir de Villelaure. Ce moulin, ou un autre, donna lieu à un procès, car on trouve un inventaire de production d’Antoinette de la Terre, pour prouver qu’elle seule est en droit d’avoir four et moulin.

Église paroissiale Saint Marc de Villelaure (Wikipédia)

1540 - La paroisse et l'église en piteux état

Cependant l’église de Villelaure était en mauvais état, et des lettres royaux, données à Fontainebleau le 3 décembre 1540, avait ordonné une enquête à laquelle Jacques Guérin, lieutenant général à Pertuis ( ? ) procède le 7 avril 1541.

Il a visité les lieux, présents ou dûment appelés l’évêque de Senez, prieur de Villelaure, Jehan de Lyonne, vicaire de l’église paroissiale de Villelaure, l’archevêque d’Aix, «à cause du quarton qu’il prend sur ledit prieuré de Villelaure», le seigneur et les syndics du lieu, etc.

  • Le Saint-Sacrement n’y est pas ;
  • il n’y a ni fonds baptismaux ni crucifix ;
  • pas de prêtre résidant, mais on vient dire la messe les dimanches et fêtes ;
  • une seule chasuble ;
  • ni cloche, ni calice, ni corporaux, ni livre, ni pierre sacrée ;
  • le prêtre qui vient dire la messe est obligé d’apporter le tout.
  • Ni chandelles, ni torches, ni lampe, ni huile, ni parement d’autel,
  • « et la dite église demeure ouverte pour faute de porte et de serrure ;
  • la toiture laisse passer la pluie ;
  • il y a une vieille image de Notre-Dame
  • et « certains petit retable » vieux et effacés.
  • Et cependant le prieuré rapporte chaque année 100 charges de blé, sans y comprendre le « quarton » qu’y prend l’archevêque et qui lui vaut chaque année 40 charges de blé,
  • le vicaire prenant de son côté trois charges et 35 écus d’or,
  • et son fermier faisant dire le service en outre de son fermage.
  • L’archevêque prétend d’ailleurs n’être tenu à aucun service, à aucune réparation en raison de son quarton.

Le commissaire considérant que le prieur touche la moitié du revenu du prieuré et toute la dîme, et cela depuis 25 ans qu’il en est pourvu, sans avoir fait aucune réparation, décide :

  • qu’il devra employer la moitié de son revenu, soit le quart du total, réglementairement attribué à l’église et aux pauvres, à faire les réparations nécessaires,
  • et si le revenu courant n’y suffit pas, il emploiera la moitié de ce qu’il a touché depuis qu’il est pourvu dudit prieuré, à savoir :
    • qu’il fera couvrir et « croutter » de pierre ladite église,
    • la tiendra « fermée de portes et serrures » ;
    • qu’il fera clore et fermer le cimetière qui l’entoure, de manière que le bétail n’y puisse pas entrer ;
    • il fera faire des fonds baptismaux,
    • une custode « pour tenir honnêtement et honorablement Corpus Domini, un crucifix avec un honnête retable et ornements se d’autel, une chasuble « et vêtements honnêtes », avec calice, corporaux, pierre sacrée, et livre pour chanter messe, ensemble les « vinatières » d’étain pour tenir l’eau et le vin ;
    • il fournira ou fera fournir les chandelles, torches, lampe et huile,
    • une cloche « idoine et suffisante », pour convoquer le peuple à venir ouïr le divin service ;
    • il fera barder l’églises de pierres.
    • Il devra aussi faire bâtir la maison claustrale,
    • et l’église Saint-Marc étant trop éloignée, on en fera bâtir une autre « en l’aire de dame Antoinette de la Terre »(n°353, inventaire de pièces).
    • Le tout devra être fait dans l’année.
    • Le vicaire devra résider à Villelaure, ou y faire résider un curé homme de bien, avec secondaire et diacre pour qu’il y ait la messe tous les jours,
    • et que les sacrements puissent être administrés. Le vicaire étant notoirement absent dudit lieu et même de Provence, son temporel est mis sous la main du roi, pour assurer le service.

On est vraiment surpris et affligé de voir l’état de la paroisse de Villelaure à cette époque, et l’on comprend mieux les douloureux événements qui allaient s’y produire dès le début des discordes religieuses.

Nous trouvons mentionnés d’«autres papiers concernant la réparation et service de l’église de Villelaure, où est ordonné que le sieur prieur fera réparer l’église de la quarte part du revenu de son prieuré, et en cas que ladite quarte partie ne fût pas suffisante, qu’il le ferait de la quarte part perçue par le passé, et que l’archevêque ne serait en rien tenu de la quatrième partie qu’il prend du revenu dudit prieuré ; tiendrait ledit prieur et fournirait toutes choses nécessaires au service de la dite église, ferait bâtir une maison claustrale pour un curé et clerc. Le vicaire ferait demeurance audit lieu, ou bien un curé pour lui, qui chanterait messe les dimanches et autres fêtes, et pour ce que l’église de Saint-Marc était trop loin, que l’on en ferait bâtir une en lyère (l’aire ?) de dame Antoinette de la Terre, dame du dit Villelaure ».

1542 - Antoinette de La Terre et les habitants de Pertuis

Nous trouvons l’année suivante, le 14 novembre 1542, la trace d’un procès d’Antoinette de la Terre contre les habitants de Pertuis : quelques-uns d’entre eux avaient été gagés par le clavaire de Villelaure pour être venus « lignayrer » (NDRL : droit d’usage forestier accordé aux paysans pour couper, ramasser et emporter du menu bois mort) aux iscles de la Durance, ce dont ils prétendaient avoir le droit. Ils redemandaient leurs gages, et ne voulaient fournir caution que devant le lieutenant de sénéchal au siège d’Aix ; Antoinette voulait que ce fut devant ses officiers, et le lieutenant lui ayant donné tort, elle en appelle au Parlement. Un inventaire de production postérieure (XVIIe siècle ?) donne la date du 4 novembre 1542 pour un arrêt du parlement de Provence, sur appel d’une sentence du lieutenant du sénéchal ; il rejette la demande de restitution des gages pris en gagerie, sauf aux particuliers à se pourvoir devant les officiers de l’appelante, et sans préjudice de la question de la possession de l’usage et facultés prétendus qui sera jugée « au premier jour ».

1547 - Antoinette de La Terre et le notaire de Pertuis

Le procureur juridictionnel de Villelaure fait faire une information contre Louis Boyer, notaire à Pertuis, qui avait fait rompre un chemin public à Villelaure , contre le droit public de la province et crier de la seigneurie de Villelaure , fait le 24 février 1547.

Autre procès, en 1549, d’Antoinette de la Terre contre Loys Boerii [Boyer], notaire de Pertuis, qui avait commencé de bâtir un four dans l’une des terres qu’il possédait à Villelaure , sous la directe de Madame de Janson, contrairement aux stipulations des reconnaissances. Le 25 mars 1549 et le 25 avril 1550, des criées sont faites à Villelaure et Trésémines

En 1550, le 28 mai, Antoinette de la Terre retient par droit de prélation un pré sis à Villelaure , acquis le 15 février précédent par Étienne Riquier des hoirs d’Anne de Grimault avec d’autres biens acquis par elle de François Lamy, seigneur de Labarry, valet de chambre du roi. Antoinette avait alors convenu avec Anne de Grimault qu’elle retiendrait ce pré ; la mort d’Anne avait empêché de régulariser la situation. Antoinette retient donc maintenant ce pré, de 3 charges 4 éminées ½ de semence, qui confronte notamment le chemin public de Pertuis à Cadenet et un pré de Madame de Janson, de long en long. On s’accorde sur le prix de 200 florins.

La Bastide du quartier du Vivier à Pertuis achetée et habitée par Antoinette de la Terre puis devenu château rivalisant avec celui de La Tour d’Aigues par la volonté de son fils Gaspard de Forbin (Wikipédia)

1553 - L'achat d'une maison noble en limite de Pertuis futur château vieux

Signalons maintenant, le 6 août 1553, l’achat par magnifique dame Antoinette de la Terre, d’une maison à Pertuis, appartenant à Dominique de Sauvacane, marchand et sise au quartier de Viveri  (NDRL : nouveau quartier du Vivier limitrophe de Villelaure). On mentionne sa grande salle, la chambre « bardade », la petite cuisine, la petite boutique et l’étable « foinguière ». Sont compris dans la vente une grande cuve « à bouillir raisins, 8 tonneaux de bois de chêne, 22 buffets de noyer, l’un à dossier et l’autre plan, un banc à dossier « encayssat » en noyer, « estant en la salle », plus un cabinet, un « contador » en sapin, un petit banc, un autre petit banc en sapin à dossier; les lods seront à la charge du vendeur, 20 écus plus 22 écus plus 14 florins. Le prix est de 500 écus d’or sol, dont 300 reçus antérieurement et 200 payés comptant.

Cette maison deviendra La Pouchade (appelée plus récemment château-vieux ou château de la reine Laure), maison noble campagnarde datant des années 1510, après quelques remaniements antérieurs, Gaspard de Forbin, son épouse Marguerite de Pontevès et leur fils Melchior de Forbin allaient s’atteler à partir 1579 à reproduire le style et l’ordonnance du château de La Tour d’Aigues. Jamais terminé, saccagé dès 1590 par les soudards du duc de Savoie, l’ennoiement de sa base par les alluvions de la Durance et les colluvions venues des collines l’a malheureusement dénaturé tout aussi sûrement que les ravages du temps.

XIXème siècle (1815-1914)

1835 - Une usine sucrière

Un de ses descendant, le Marquis Joseph II de Palamède de Forbin crée une usine sucrière à Villelaure vers 1835 (voir l’industrie sucrière française). Il fait construire des entrepôts, des logements (pour une centaine d’ouvriers), une maison de maître, une unité de production de sucre de betteraves, puis de céréales, de garance et de chardons. Une machinerie est actionnée par une dérivation du canal de Villelaure, déployant une force motrice de 100 chevaux.

L’épuisement des terres, une attaque de pucerons viennent à bout de cette entreprise. Le  Marquis fait faillite et vend ses biens.

C’est après l’arrêt de l’activité de la Fabrique (usine sucrière) que des membres des familles PIGNOLY et GUIEN établis de longue date à Villelaure s’exilent sur l’autre rive de la Durance, à La Roque d’Anthéron et notamment au hameau du Piquet où se trouvait une autre usine sucrière.

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2 Commentaires
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jeanmarie
jeanmarie
5 années il y a

Cet article publié en 1848 par le tribunal d’Apt, est très instructif et intéressant à lire ; le terme de la Fabrique utilisé pour une usine sucrière, indique que les lieux fréquemment appelés La Fabrique n’étaient pas réservés à la vinification.
En dehors du vieux village de La Roque d’Anthéron, on en trouve deux autres, un au hameau du Piquet et l’autre au lieu dit les Caves.

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