Alfred DAUBERGUE, ancien élève du collège Bourbon d’Aix en Provence était passionné d’archéologie. Il a arpenté la Provence à la recherche d’objets notamment gallo-romains. Décédé en 1887 à La Roque d’Anthéron, sa soeur a légué ses collections au musée d’Aix, le musée Granet.
Sollicité par la Société française pour la conservation des monument historiques en 1882, il a rédigé une note sur les objets trouvés à La Roque d’Anthéron.
Source : Congrès archéologique de France – 69ème session – séances générales tenues à Avignon – an 1882 – par la Société française d’archéologie pour la conservation et la description des monuments.
Table des matières
Note d'Alfred DAUBERGUE à la Société Archéologique de France
Ce qui était peut-être vrai en 1824, c’est-à-dire à l’époque où venait de paraître cet ouvrage, ne l’est plus aujourd’hui. En effet, les grands travaux exécutés pour le canal de Marseille, en premier lieu, et ensuite les nombreux défrichements qui se sont faits, non seulement dans cette commune, mais encore dans toute la Provence, pour les plantations de vignobles dont le rendement donnait alors la fièvre à tout le monde, ont successivement mis à découvert une très grande quantité d’objets prouvant tout le contraire de l’allégation de la Statistique (NDRL : c’est à dire « on ne trouve dans tous le territoire des Bouches du Rhône aucune trace du séjour des romains »). Le territoire dont nous allons nous occuper est très riche en antiquités gallo-romaines.
Dans presque toute l’étendue de la haute plaine, on rencontre ces nombreux fragments de poteries, très variés, qui témoignent d’un long séjour dans ces parages. Nous n’avons aperçu aucune trace des Gaulois, point de haches en silex, aucun débris de cette poterie si grossière qui leur est attribuée. Nous dirons la même chose quant à ce qui concerne les Grecs-Phocéens : point de médailles. Pour ces derniers, il faudrait se rendre sur le vaste et pittoresque plateau de Sainte-Anne de Gouiron.
Têtes de guerrier – Musée Granet – Aix en Provence
Gontard
Sur les bords du canal de Craponne, dans les terres avoisinant les quelques masures qui furent autrefois la baronnie de Gontard, on aperçoit beaucoup de débris de tuiles à larges rebords, de poteries, etc. Un des propriétaires cultivateurs nous donna, dans le temps, une jolie petite cuillère en bronze, trouvée dans son champ. Cette pièce, dans un état parfait de conservation est bien de l’époque gallo-romaine. Elle a malheureusement été décapée, comme presque toujours. Provenant du mème endroit, il nous est tombé entre les mains un moyen bronze de Néron, portant au revers
un ara paçis (NDRL : autel de la paix), et une médaille en argent à l’effigie de Trajan (NDRL : empereur romain).
Le Castellas
Le Castellas, au midi et tout près du village, est ce haut rocher qui, vu de loin, ressemble à des fortifications à moitié rasées. A la cime de ce rocher, dont la plate-forme est assez rétrécie, et sur deux parties seulement, on aperçoit les restes de quelques pans de murs dont les appareils ne paraissent pas remonter au delà du moyen âge. Quoi qu’il en soit de sa véritable date, les Romains y avaient construit un castellum, car à sa base l’on remarque une grande quantité de débris de larges tuiles (tegulae), de briques, de poteries. A l’abri et au pied méme de ce castellum, s’étaient groupés, pendant et après la domination romaine, un certain nombre de colons. ll y a quelques années, dans cet endroit même, nous fîmes faire quelques fouilles. Le terrassier mit à découvert beaucoup de ces débris dont nous venons de parler, des restes de fondations d’habitations et des ossements de bœuf.
Le Pigeonnier
En quittant Ie pied de la montagne, sur laquelle s’élève la roche du Castellas, on arrive, en peu de moments, sur un plateau cultivé en partie et appelé le
Pigeonnier. Là, il y a cinquante ans environ, les propriétaires du sol mirent à découvert un grand nombre de tombes renfermant, outre les squelettes, des médailles, des lampes funéraires, dont un étranger s’empara. Devant la maison d’habitation il existe encore, taillés dans le roc, des tombeaux de différentes dimensions. Les travaux d’amélioration entrepris, à diverses époques, ont fait surgir de la terre une quantité prodigieuse d’ossements. Ces amas de restes mortels, amoncelés un peu partout, arrêtaient les troupeaux de brebis qui passaient dans ces lieux.
La Jacourelle
Si du Pigeonnier on descend dans le chemin qui conduit à la Jacourelle, on arrive, après une course de un kilomètre, au quartier de Jaumas. Là, dans les terrains qui bordent le chemin, sur les murs qui servent de clôture, on trouve des amas considérables de débris de tuiles, briques et poteries fines et grossières de l’époque gallo-romaine. Nous y avons ramassé, entre autres objets, deux lames de couteau et de jolis morceaux de poterie rouge, bien fine et ornée de dessins très délicats. Les bois de pins qui avoisinent ces terres, doivent receler une foule d’objets ; et si, plus tard, des défrichements
avaient lieu, nos conjectures pourraient bien se changer en réalité.
Dan» le vallon de la Jacourelle, les terrains qui, de ce pont, vont aboutir au chemin de Charleval, sont couverts de débris de toutes sortes : jarres, briques, tuiles, poteries, moulins à bras en basalte, etc. Il y a vingt ans environ, à la suite des travaux de terrassement exécutés par la commune de Charleval pour amener dans le pays les eaux qu’elle venait d’acheter, on découvrit encore de nombreux débris et une foule d’objets encore intacts ; mais tout fut impitoyablement brisé, anéanti, dispersé. On sauva seulement une longue et large épingle en bronze et un moyen bronze d’Antonin le Pieux. C’est dans ces mêmes terrains, auprès de l’aqueduc dont on creusait les fondations, que l’on déterra un autel votif (ara turicrema) (NDRL : autel sur lequel on brûle de l’encens) consacré à Diane (Dianae). Il est en pierre de Rognes et fait partie de notre collection.
Statue de guerrier assis dit « guerrier accroupi » – Site d’Entremont, IIe s. av. J.-C – Photo H. Maertens – Musée Granet, Aix-en-Provence
Chemin de Charleval
Nous voici arrivés à la partie du territoire de la Roque, où l’on trouve le plus de ruines et de débris de l’époque Gallo-romaine. Les plantations de vignes ont amené de nombreuses et intéressantes découvertes ; l’avenir en réserve bien plus encore. C’est là même et dans une terre en contre-haut du
chemin de Charleval, que l’on découvrit, en 1868, cette caisse en plomb de forme cylindrique qui renfermait trois belles urnes en verre de la plus belle irisation, brisées sur le champ par les intelligents inventeurs. Elles renfermaient : 1° une bulle en or ; 2° les cendres et débris d’ossements de l’enfant incinéré ; 3° les jouets, les hochets du jeune fils du patricien, consistant en un objet d’argent ciselé, un diminutif de nos encensoirs d’église, avec ses quatre chaînettes en argent; puis trois douzaines environ de sujets en ambre, représentant divers animaux et des personnages mythologiques. Chaque pièce avait un petit trou à la base, afin que l’enfant pût les enfiler les unes à la suite des autres. Nous possédons un seul de ces objets en ambre : il représente un enfant et une jeune fille qui s’embrassent. L’ambre a pris la couleur de la très vieille résine.
Au pont d'Aubergue, les Grés
De l’autre côté du chemin de Charleval, presque en face du champ où eut lieu cette riche découverte, aux Grès, près du pont de d’Aubergue, nous avons mis à jour, en faisant planter une vigne, plusieurs médailles avec cette patine si recherchée des amateurs ; un collier en bronze que la pioche brisa malheureusement en plusieurs morceaux ; une petite roue en argent avec des denticules, qui devait être suspendue à l’extrémité de ce collier; puis un poids en terre cuite ; des fils à plomb en terre cuite également, et une foule de tombes faites avec de grandes tuiles à larges rebords. Il y en avait tellement, que le dégoût nous avait saisi à la vue de toutes ces têtes nous montrant des dents blanches comme l’ivoire. Tous les champs voisins fourniraient les mémes résultats, s’ils étaient creusés profondément.
Poteries – Musée Granet – Aix en Provence
Le Fenouillet
Enfin, il y a trois ans, au méme quartier, dans la terre dite le Fenouillet, appartenant à M. Seguin, juge au Tribunal civil de Marseille, on a découvert une
grande pierre tumulaire. La forme de cette pierre, qui est de Calissanne, est un carré surmonté d’un triangle, avec des cornes à la naissance du triangle. Voici l’inscription assez bien conservée qu’on y lit.
APHRODDIA
COMICE (pour Comici ou Comicae)
MATRI
pie-NT IS (simae)
Aphrodia à Comice, sa mère très chère.
Ce monument est en notre possession.