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Histoire de Genève 2

Nous sommes après l’Escalade de 1602.

1602 - Dispositions après l'Escalade

Theodore de Bèze qui vivait encore accablé d’années, n’entendit point le tintamarre de l’Escalade, et fut tout étonné qu’on le mena voir le lendemain ces morts couchés le long de la Corraterie. Il ne prêchait plus , mais il ne cessa pas de monter en chaire et fit chanter le psaume 124 qui s’est toujours chanté ce jour là. Dix jours après l’Escalade, fut rendu solennel un jeûne, pour remercier Dieu de cette délivrance.

Un des premiers soins que le magistrat se donna après l’Escalade, fut de pourvoir à la sureté et à la défense de la Ville. La nuit qui suivit, l’on fit faire la garde à 5 compagnies bourgeoises. Savion, conseiller, fut dépêché aux baillis de Nyon, de Morges et de Lausanne, pour leur demander 5oo hommes de secours. Les 4 Cantons Protestants leur envoyèrent d’abord 1200 hommes, leur en promettant davantage s’ils en avaient besoin. On tint pendant quelques jours les portes de Rive et de Cornavin fermées. L’on fit une revue générale de toute la fortification, et pour reparer les endroits défectueux, l’on ordonna que tous les habitants de la ville, hommes, femmes et enfants y travaillassent.

Enfin, l’on donna avis de ce qui venait de se passer au roi de France, aux seigneurs de Zurich et de Berne, au sieur de la Guiche, gouverneur de Lyon, au sieur de Boisse, gouverneur de Bourg, et à Lesdiguières.

1603 - La paix de Saint Julien en Genevois

Réaction du roi de France henri IV

Le roi avait d’abord eu avis de la prise de Genève. Il n’en fut détrompé que par les lettres du sieur de la Guiche qui précedèrent le discours que la ville en publia. Sa Majesté daigna en écrire à ceux de Genève des lettres pleines d’une sincère affection, et dignes de la générosité d’un si glorieux monarque.

Très chers et biens aimés,

J’ai entendu avec un très grand déplaisir, l’entreprise faite sur votre Ville par les gens du Duc de Savoie ; et ayant su comme vous les avez courageusement repoussés et châtiés, je vous dirai que c’est le plus grand contentement que je pouvais recevoir. Je vous ai promis mon assistance pour votre conservation. Je m’en suis déclaré de bouche lorsque j’ai vu ledit duc, et ceux qui m’ont été envoyés de sa part. Se présentant donc l’occasion, comme elle fait maintenant, je suis bien résolu de vous en faire encore plus de déclaration par les effets, dont je vous prie de vous tenir pour assuré, espérant que Dieu me fera la grâce de faire valoir les serments et les promesses , qui m’ont été faites par les traités de Vervins et de Lyon. Je ne vois pas encore assez clair aux projets que le Duc peut faire pour l’avenir , ni aussi au besoin que vous pourrez avoir de mon secours, qui ne vous sera ni refusé ni différé. Aussi n’ayant pas encore entendu la résolution que vous avez prise en cette affaire avec nos autres alliés et confédérés des Ligues, je différerai à vous déclarer plus avant mes sentiments, jusqu’à ce qu’ayant appris les vôtres , je puisse mieux juger du remède qu’il faudra apporter dans une chose de si grande importance. Vous me ferez un plaisir très sensible de me donner souvent et particulièrement avis de ce qui s’offrira, et à quoi vous serez résolus touchant ce dernier mouvement. Ce qu’attendant, je vous dirai que si le duc vous assiège à force ouverte ou autrement, d’employer toute ma puissance, et s’il est besoin je n’épargnerai pas même ma personne, pour vous défendre et secourir contre lui et tous ceux qui l’assisteront. Partant avertissez – moi diligemment de tout ce qu’il fera. J’écris dès à présent et commande à tous les gouverneur et lieutenants généraux de mes provinces, qui sont proches de vous, qu’ils veillent soigneusement à vôtre conservation, et qu’ils vous assistent si vous êtes pressés, de tout ce qui sera en leur pouvoir comme si c’était pour la conservation des plus importantes places de mon royaume, qui soient en leurs gouvernements. Je prie Dieu très cher bons amis, qu’il vous ait en sa sainte digne sauvegarde.

Ecrit à Paris le huitiéme Janvier 1603.

Signé HENRY.

Et plus bas de Neuf-Ville.

Responsabilités des autorités genevoises le jour de l'Escalade

Le jour de l’Escalade avait été un jour de confusion et de trouble pour tous en général, mais il avait aussi été d’un double danger pour les syndics ; car le samedi au soir, un homme était venu à la Porte de Rive donner avis de l’approche de l’ennemi , ce qui fut rapporté au premier syndic. Celui-ci renvoya l’affaire au quatrième, qui était le fauteur du mal, et ainsi c’était renvoyer le patient du médecin au bourreau. Le Peuple ne pouvant digérer cette pilule, et ne prenant pas leurs raisons en payement du péril qu’on avait couru, et de la perte de ces concitoyens, pensaient à se venger sur ces chefs du conseil.

Mais les Conseils délibèrent d’envoyer prendre les prisonniers pour les juger, le peuple courant alors à ce spectacle, plutôt qu’à l’exécution de sa première colère. Les prédications qui furent faites sur le soir, apaisèrent les plus échauffés.

Renforcement de la sécurité genevoise

Genève fut renforcée de troupes, tant de leurs alliés que des Français à qui le Roi avait permis d’y aller, les maintinrent contre les garnisons dont ils étaient environnés, chassèrent ceux qui s’approchèrent de leurs murailles, coupèrent tous les arbres aux environs de la ville, pour ôter le moyen à l’ennemi de se mettre à couvert.

17 février –  Il sortit une compagnie qui alla enlever la garnison qui était aux Trembières, et couper le pont de ce lieu-là. Un mois après, on fit une expédition plus importante : le sieur de Nelle, capitaine qui était au service de la république, s’empara par surprise de la ville de St Genis d’Aoste (NDRL : Saint Genix sur Guiers), appartenant au duc de Savoie, située près du Rhône sur les frontières de Dauphiné, à trois lieux de Chambéry.

Signature du traité de paix entre Genève et le duc de Savoie

La disgrâce que les troupes du duc eurent à la journée de l’Escalade , et surtout la bonne contenance que les Genevois tenaient, assistés des troupes de leurs alliés, firent comprendre à ce prince qu’il lui convenait d’étouffer au plutôt la guerre qu’il avait commencée ; aussi les premières ouvertures de paix vinrent-elles de sa part. Dès le 1o février, Rochette, neveu du président de ce nom, écrivit à un magistrat de Genève qu’il avait ordre de traiter d’un accommodement, et que si l’on voulait l’entendre sur ce sujet, il se ferait avouer par le duc. À quoi ce magistrat répondit par ordre du conseil, que quand son altesse donnerait des pouvoirs suffisants, qu’il était très persuadé que les supérieurs écouteraient, avec plaisir, les propositions raisonnables qu’on pourrait leur faire.

Enfin après bien des conférences et par l’entremise du roi et des cantons, la paix fut signée à St Julien le 21 juillet 1603. Pendant tant d’allées et venues que les médiateurs de la paix firent de Genève à St Julien durant environ un mois. Les grands chemins depuis le Pont d’Arve à St. Julien étaient presque toujours bordés du peuple de Savoie , qui soupirait après cette paix, et bénissait les députés qui la leur faisait espérer. Aussi, dès qu’elle fut signée, le président Rochette se mit aux fenêtres de la maison où se tenait la conférence, il cria à ces pauvres gens entassés les uns sur les autres : « mes amis , louez Dieu, vous avez la paix. » Cette voix la redonna à leurs esprits, et les trompettes publièrent partout l’allégresse publique. Les médiateurs revenant de St Julien à Genève, avec les envoyés de cette ville, furent reçus au bruit du canon, le même jour la paix fut publiée par toute la ville, et on en rendit grâce à Dieu dans tous les temples. On écrit à tous les amis de la république la nouvelle de la paix. Les seigneurs de Genève mandèrent au sieur de Villars, qui était gouverneur de St. Genis, d’évacuer la place, et de la remettre incessamment aux officiers de Savoie. Les savoyards remirent en même temps les Genevois en possession des revenus d’Armoy et de Draillant. La garnison suisse de Zurich et Berne fut congédiée. Après quoi on prit des mesures pour en composer incessamment une autre, forte de 300 hommes, à la solde de la République.

1605 - La condamnation du syndic de la garde l'année de l'Escalade

Philibert BLONDEL qui était syndic de la garde, l’année de l’Escalade, eut trois jugements différents :

  • le premier fut le huit novembre 1603. Il fut condamné à être déposé de sa charge de conseiller, et ses moulins avec un un pré et une vigne, furent confisqués au profit de l’Hôpital.
  • le second fut le 29 Novembre 1605. On lui donna plusieurs fois la question, sans qu’on pût tirer de lui aucun aveu , et enfin après longue procédure le conseil des 200 prononça contre lui le jugement suivant : « Nos très honorés seigneurs du petit et du grand conseil, ayant vu le procès criminel formé par devant eux, contre Philibert BLONDEL, citoyen de Genève, par lequel nonobstant ses négatives et défenses, leur compte et appert suffisamment, icelui avoir méprisé les avis à lui donnés par personnes qualifées, de la malheureuse entreprise contre cet Etat et Eglise en décembre 1602 et n’aurait pourvu à la garde de la ville, selon le devoir de sa charge , et depuis aurait tenu divers propos et procédures séditieuses. À ces causes , et autres dépendantes de son dit procès, ont condamné et condamnent ledit BLONDEL, outre la condamnation portée par leur précédent arrêt du 8 novembre 1603, à tenir prison serrée par l’espace de dix ans et à payer l’amende de 2000 écus d’or, applicables à notre fisc, avec tous dépens de cette procédure.« 

C’est ainsi que BLONDEL pour avoir voulu réveiller son affaire qui était comme assoupie, aggrava de beaucoup sa peine. La Combe, Guidonnet & autres qu’il avait accusés, obtinrent tous ensuite du conseil des 200, sentence d’absolution.

L’argent lui était peu de chose , s’étant enrichi en peu d’années de 40 000 écus, sans qu’on sut comment : il ne pouvait souffrir fa dégradation. Il resolut donc de perdre plutôt la tête, que de ne pas se justifier. On fit tant de procédure, qu’on vérifia qu’il avait eu la seigneurie de Compois sans payer les lots, dont son altesse l’avait gratifié, qu’il avait parlé en secret la propre nuit de l’Escalade à un officier, que pour éviter la déposition de l’officier qui l’avait vu, il l’avait envoyé à St Genis ; et lui avait donné un cheval, que cet officier y étant mort, Blondel en tenait la vie plus assurée. Qu’on avait trouvé une lanterne à sa marque dans le fossé, et qu’un paysan du Chablais, nommé Guichard Boismond, lui portait souvent des lettres de la part du gouverneur de Savoie. Ce dernier article ne se vérifiant point si clairement que les autres, on le condamna seulement au jugement dit ci-devant. Mais parce que la déposition de ce porteur de lettres donnait coup à sa condamnation, il délibéra de faire venir ce pauvre paysan, pour tacher de le gagner. Il le fit mettre en prison, où il le fit fonder pour le faire dédire, lui promettant une bonne récompense. Le portier que Blondel avait engagé dans ses intérêts, lui rapporte qu’il maintient la première déposition, ce qu’apprenant Blondel, il fait une promesse de cinquante écus au portier, pour l’étrangler de nuit. Cela étant exécuté, les médecins le visitent exactement, et font leur rapport, qu’il ne s’était pû offensé lui- même, mais qu’il avoit été étranglé par un autre. Le geolier et le portier sont saisis. Ce dernier seul avait parlé au paysan. On le met à la question, il avoue le fait, et maintint que Blondel l’y avait induit.

  • Blondel convaincu d’avoir été l’auteur de ce meurtre, et par conséquent du crime capital de trahison dont il était accusé, fut mis à la question ordinaire et extraordinaire. Tous ces tourments ne lui arrachèrent point la confession de l’Escalade seulement avoua-t-il le meurtre, et d’avoir offert son service au duc de Savoie. C’en était assez pour mériter la mort. Il fut condamné à être écartelé, et fut conduit au supplice, sans avoir témoigné de grands remords. On dit même qu’il ne paria point de Dieu pour invoquer la miséricorde, une seule fois, à l’occasion d’une femme qu’il vit en traversant la place de Saint Pierre : car ayant fait à cette femme quelque grande injustice, lorsqu’il était syndic, elle en avait été si outrée, qu’elle lui fit cette imprécation ; qu’il pût bientôt recevoir une aussi juste punition, que celle qu’il lui imposait était injuste : et entendant le reproche qu’elle lui faisait alors, comme on le menait au supplice, il lui dit en joignant les mains : « Ha! priez Dieu pour moi, vous voyez la misère ou je suis. » Le portier nommé Gardet fut condamné à être roué. Ces sentences furent exécutée le premier septembre 1606.

Exemple d’une condamnation par écartellement (celle de Ravaillac)

1606 - La mort de Théodore de Bèze

Théodore de Bèze mourut paisiblement, âgé de 86 ans 3 mois et 19 jours, ayant exercé la charge de Ministre 46 ans. Il était d’une taille médiocre et carrée, d’une santé si forte qu’il disait n’avoir jamais éprouvé de mal de tête. Il avait le visage bien fait, l’air grave et engageant, l’esprit vif, la mémoire merveilleuse, le discours poli et plein de feu, de beaucoup de talents pour la poésie. Il assista au colloque de Poissy, « présida souvent en France aux synodes nationaux. Les catholiques romains l’appelaient ordinairement le Pape des Huguenots. On l’enterra au cloître de Saint Pierre, parce que les savoisiens s’étaient vantés qu’il le viendraient déterrer, pour l’envoyer à Rome.

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