Table des matières
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Extraits du DICTIONNAIRE CHRONOLOGIQUE DES MEMBRES DE LA FAMILLE DE FORBIN (XIVe – XIXe s.) et « contexte du royaume de France » par la rédaction du site ginoux.community.
Le jeune Melchior de FORBIN (1618-1641)
Melchior de Forbin, fils de Jean-Baptiste, seigneur de la Roque et de Diane de Simiane fut baptisé à la Roque d’Anthéron le 14 septembre 1618. Il eut pour parrain Melchior de Forbin Janson et pour marraine Victoire de Grimaldi, dame de Châteauneuf, Baronne du Roure, son aïeule maternelle. Il se livra à l’étude du droit et passa à son doctorat avec une certaine solennité.
Melchior passa le 7 octobre 1638, à Paris, contrat de mariage avec Honorade de Mérian. On le dit seigneur de Saint André (NDRL : titre obtenu par son grand-père Annibal de FORBIN), demeurant à Paris, rue du « Pais » (Paon), paroisse Saint Cosme. Par ailleurs on ne trouve mention de ce mariage. Sans doute Honorade était-elle morte presque aussitôt après.
« Le 18 décembre 1639, M. le président de la Roque ayant fait passer son fils docteur, M. le comte d’Alais et M. le comte de Carcès, ensemble plusieurs de Mrs de l’une et de l’autre Cour : les séances ont été telles que M. l’archevêque et M. le Primicier (NDRL : Première dignité dans certaines églises, dans certains chapitres) ont tenu leur place ordinaire à la table y est au haut bout de la salle, M. le comte d’Alais a pris la main droite de M. l’archevêque et après lui ont été assis Mrs les P. de la Roquette et de Paule, et M. le comte de Carcès s’est assis à une et quant après le Primicier, et après lui M. d’Agut et Mrs du Parlement ».
Melchior porta d’abord le nom de seigneur de Saint André ; c’est ainsi qu’il est désigné dans les lettres-patentes qu’il obtint le 31 mai 1641, portant provisions d’un office de conseiller en la Chambre des Requêtes récemment créé au Parlement de Provence, aux gages annuels de 1000 livres. Il fut reçu le 26 novembre 1641 (lire ci-dessous « le contexte du royaume« .
Melchior de FORBIN et Françoise d'ORAISON
1643 - Le mariage
Il porte encore ce nom, le 17 janvier 1643, dans son contrat de mariage avec Françoise d’Oraison, fille d’Alphonse, comte de Boulbon, seigneur de Soleillas, etc., et de Gabrielle de Foresta, dame de Sainte Tulle. La jeune femme se constitue en dot tous ses biens et droits pour lesquels son père lui assigne 21 000 livres et sa mère 9000 ; 5000 livres sont payées comptant, 16 000 seront payables dans 15 ans et les 9000 données par la mère un an après le décès de celle-ci, mais le tout portera en attendant intérêt à 4 %, soit 1000 livres par an qui seront payées au président de la Roque, et après son décès, à son fils, et assignées sur les revenus de Sainte Tulle. Le grand-oncle de la fiancée, André, marquis d’Oraison, vicomte de Cadenet, conseiller du Roi en ses Conseils, capitaine de 50 hommes d’armes de ses ordonnances, lui donne en outre 24 000 livres, payables un an après son décès, « avec remerciements très humbles qu’elle en a fait audit seigneur son oncle ».
De son côté, le président de la Roque donne à son fils 150 000 livres à prendre sur la place, terre et seigneurie de la Roque, à l’estime, après son décès, plus « le château et maison seigneuriale dudit le lieu de la Roque, dans les enclos fermés de terrasses et fossés, portes fermées », en s’en réservant l’usufruit, sa vie durant, cela pour tous ses biens et droits dans la succession de son père, de sa mère dont il est héritier, de Camille de Grimaldi, son aïeule, dont il est aussi héritier, des droits de ses sœurs, dont il est donataire, et de tous autres droits ou prétentions qu’il pourrait avoir et qu’il cède à son père ; les biens sont substitués à l’un des enfants mâles à naître du mariage, et à défaut à la fille aînée et à ses descendants, les mâles préférés aux filles, à la charge de porter le nom et les armes de la maison de Forbin et de la Roque.
Le président nourrira les futurs époux, « leur famille, gens de services et écuyers » et promet de leur donner 1350 livres par an, plus les gages de l’office de conseiller aux Requêtes (CDRL : lire ci-dessous le contexte du royaume de France), sauf les deux prochaines années, des trois qui ont été réservées pour payer une partie de la « finance » dudit office ; Saint André paiera le droit annuel de sa charge et son père les emprunts et taxes éventuelles, moyennant quoi c’est lui qui touchera les revenus de la dot. Bagues et joyaux : 5000 livres, qui appartiendront aux survivants des deux époux, ainsi que les habits, chevaux et carrosses, pour en disposer en faveur des enfants ; augments de dot : 9000 et 4500 livres ; douaire (NDRL : droit de l’épouse survivante sur les biens de son mari) : 1000 livres de pension et un quartier de la maison meublée.
Le contexte du royaume de France (NDRL)
À la fin de la guerre de trente ans, la régente Anne d’Autriche a besoin de faire entrer de l’argent dans les caisses du Royaume. Mazarin, son conseiller fait notamment créer de nouveaux offices (payants) dont l’office de conseiller des Requêtes. Ces magistrats sont chargés de soulager ceux du Parlement en se chargeant du jugement des affaires peu importantes. Il est créée une Chambre des Requêtes par l’édit de janvier 1641. Elle est composée de deux présidents, un conseiller clerc et treize laïques, deux substituts, un greffier principal, douze procureurs et un certain nombre de greffiers, contrôleurs, huissiers, etc.
Louis XIV et Anne d’Autriche, sa mère en 1639
1644 - Recherche d'un office plus important au Parlement de Provence
Peu après le mariage de son fils le président de la Roque résolut de lui résigner sa charge sous la condition d’en conserver l’exercice pendant dix ans. Les lettres-patentes de Louis XIV accordant à Melchior les provisions de président au Parlement de Provence sont du 23 janvier 1644. Elle stipulait que Melchior n’exercerait pas ses nouvelles fonctions pendant dix ans, même en cas de décès de son père. Le président de Grimaldi-Régusse fit opposition à l’enregistrement des provisions de Melchior et des lettres obtenues en même temps par son père, lui permettant de continuer l’exercice de sa charge pendant dix ans ; il consentit cependant à se départir de cette opposition sur l’engagement que le père et le fils prirent envers lui que, tant que Jean-Baptiste continuerait ses fonctions, Melchior ne prétendrait ni rang, ni séance, ni voix, ni entrée, ni ancienneté, ni aux autres avantages, dans le palais, hors le palais, que conformément aux lettres de prolongation de son père Il s’agissait, je crois, surtout de maintenir le rang qu’occupait Grimaldi-Régusse, question d’étiquette et d’amour-propre.
Le président de Foresta ne consentit pas à un accord semblable ; il fallut un arrêt du Conseil et des lettres-patentes rendues en conséquence (28 avril 1645), qui ordonnèrent au Parlement de passer outre à son opposition et de recevoir Melchior en l’office de président de son père ce qui fut fait le 21 novembre suivant. Le 22 avril 1646, de nouvelles lettres-patente décidèrent que M. de Saint André aurait comme son père entrée à la chambre des Enquêtes. Peu après, il résigna son office de conseiller aux Requêtes (NDRL : résigner = se démettre) et son père écrit à [illisible] en juin 1646 pour lui demander le don de « la finance » due au Roi en pareil cas.
Pendant les troubles du Semestre (CDRL : lire ci-dessous le contexte du royaume de France), le Parlement ordonna, par arrêt du 19 juin 1649, au seigneur de Saint André, président en la Cour, de mettre en état 300 hommes de pied en la viguerie d’Apt, pour empêcher le passage des gens de guerre venant en la province, pour en troubler le repos, etc.
Le contexte du royaume de France (NDRL)
Les membres du Parlement de Provence sont furieux de la création de la chambre des Requêtes. En effet, des magistrats supplémentaires sont nommés, ce qui dévalorise le prix de leur office et place une chambre concurrente de celle du Parlement. Une opposition se met en place. La Chambre des requêtes doit siéger un semestre sur deux, alternativement avec le Parlement. C’est pourquoi on parle de Semestre.
1649 - Décès du père, Jean Baptiste de FORBIN
Au mois de novembre 1649, Melchior de Forbin perdit son père (NDRL : Jean Baptiste de FORBIN) ; il quitta alors le nom de Saint André pour prendre celui de la Roque. C’est même probablement vers cette époque qu’il céda la seigneurie de Saint André à sa sœur Julie, que l’on désigne en tout cas en 1660, puis en 1674, sous le nom de « la dame de Forbin Saint André ». Dans son Histoire d’Aix, Pitton, en rendant hommage au président de la Roque défunt, associe son fils à ses éloges : « Si mon travail, dit-il, depuis l’établissement du Parlement jusques à ce jour mérite quelqu’estime, la gloire lui en droit être acquise, puisque les bons et véritables mémoires qu’il à laissés du siècle passé et ceux que le marquis de la Roque, son fils et successeur dans la même charge, a dressé du présent et qu’il m’a communiqués, en font la plus grande et la meilleure partie ».
1650 - La peste et la fronde à Aix en Provence
En 1650, de nouvelles lettres du Roi supprimèrent la réserve de non-exercice de ses fonctions de président qui avait été formulé dans ses provisions.
Une épidémie de peste qui avait éclaté dans Aix avait forcé le Parlement à se retirer à Salon. M. de Bras, resté à Aix, il y mourut de la peste et M. de Glandevès, son gendre, était résolu à s’opposer à la domination de M. de Saint-Marc, de Cormis et de Venelle. « Dans cette pensée, écrit Grimaldi-Régusse, il vint à Salon, et en communique avec Messieurs les présidents d’Oppède et de la Roque, qui se joignent avec ledit sieur de Glandevès, afin qu’il ne fût pas dit qu’une cabale dont ils n’étaient pas les chefs emportât l’autorité ». Glandevès, sur leur conseil, en parla à Grimaldi-Régusse, qui consentit à se joindre à eux, « de sorte que dans une entrevue qui fut faite entre MM. les Présidents d’Oppède, de la Roque, M. de Glandevès et moi, il fut résolu de ne laisser pas empiéter le chaperon à ces Messieurs de Cormis et de Saint-Marc et de s’opposer à leur cabale ».
Saint Marc fut cependant élu consul. Cependant le Parlement ayant député à la cour M. du Tholonet, fils du président de Galliffet et reçu en survivance dans la charge de son père, celui-ci se mit du parti de M. le Prince, et y engagea Oppède, la Roque et Saint-Marc. Ces trois personnages voulaient, lors des prochaines élections, avoir « des consuls à leur dévotion ». On se mit d’accord avec Régusse pour nommer premier consul le marquis de Janson, « homme dévoué à la Cour et proche parent de M. de la Roque.
1651 - Premiers troubles à Marseille
Vers la fin de l’année 1650, les partisans marseillais du comte d’Alès firent une sédition dans la ville et tentèrent de s’en emparer à son profit. Valbelle, secouru par les habitants d’Aix et par les procureurs du pays, fit échouer leur projet et le Parlement ordonna une information que le jeune président de la Roque fut chargé de présider. Celui-ci rend compte de sa mission, probablement au Chancelier, par la lettre suivante : « Monseigneur, « Ayant eu l’honneur d’être député avec deux de Messieurs les Conseillers et gens du Roi du Parlement, pour aller informer dans Marseille de la sédition et emprisonnement des consuls, entrepris par les confidents de Monsieur le comte d’Alès pour se rendre maîtres de cette ville, je vous rendrais compte particulier de tout ce qui s’y est passé, si la Compagnie ne vous en avait informé par les extraits de toutes nos procédures. J’espère, Monseigneur, que le zèle avec lequel j’ai agi vous fera connaître que j’ai pour le service du roi, qui est mon seul objet, et si en cette occasion jugée qu’il faille y apporter quelque chose de plus, je suis très disposé d’obéir à vos ordres, pour lesquels j’ai autant de respect que de passion de mériter la qualité de « Monseigneur, Votre très humble et très obéissant serviteur, la Rocque À Aix, ce 24 janvier 1651 »
1651 - Troubles à Aix en Provence
« Le 3 octobre suivant [1651], plusieurs gentilshommes et quelques cadets de la ville d’Aix s’étaient assemblés ce jour là chez le président de la Roque, qui demeurait à la grande rue Saint Jean, pour une querelle particulière. Ils en sortirent à une heure après midi et vinrent tous ensemble à la place des Prêcheurs, et comme ils étaient de différents partis, ils commencèrent par avoir entre eux quelques paroles aigres ; ils firent après grand bruit, tirèrent quelques coups de pistolet en l’air… » Des attroupements se formèrent. Grimaldi-Régusse fait assembler d’urgence le Parlement. « Comme le bruit augmente dans la ville et qu’on nous vient assurer dans le Palais que plusieurs de ceux qui accompagnaient le sieur baron de Saint Marc criaient par la ville : Vive Monsieur le Prince, le Parlement prend la résolution de sortir en corps. Ce ne fut pas sans beaucoup de résistance de la part de Mrs les présidents d’Oppède et de la Roque. Comme nous marchons par la ville la plupart des habitants se joignent à nous ». Oppède se chargea d’aller négocier avec le baron de Saint-Marc, et « cette commission le mit deux ou trois fois en hasard de sa vie » ; l’archevêque d’Arles, alors à Aix, obtint enfin que Saint-Marc et sa suite quitassent la ville. Quelques jours après, Oppède et la Roque la quittèrent aussi.
Louis de Bourbon, Prince de Condé
« Quelques jours auparavant la journée de la sortie du baron de Saint-Marc, Mrs d’Oppède et de la Roque me proposent de faire députer à la Cour M. de Glandevès, pour presser le ministère de pourvoir au gouvernement de la province. Je connus bien qu’il y avait quelque dessein d’instruire Monsieur le Prince de la bonne volonté de ces Mrs et de le sonder sur ce qu’ils pouvaient espérer de son assistance, je ne laissai pas de donner les mains à cette députation, M. de Glandevès étant un homme qu’il fallait moins appréhender dans sa négociation à la Cour que dans le Parlement et la ville d’Aix, où son esprit, son cœur et sa condition pouvaient par sa présence beaucoup fortifier son parti ».
On reprit l’idée d’une députation un peu plus tard, après le rappel du marquis d’Aiglebonne, qui commandait en Provence, en l’absence du gouverneur.
1652 - Les Sabreurs fomentent une émeute à Aix
« Il parut au commencement de 1652 un libelle qui faisait l’éloge des Sabreurs (NDRL : ennemis du roi) et décriait les officiers du Parlement. Il avait pour titre : La vérité manifestée sur les mauvais sujets de division du Parlement et du comte d’Alès. Cet écrit fut condamné à être brûlé publiquement par arrêt du 3 janvier. « Le lendemain, 4 du même mois, quelques sabreurs qui n’étaient ni nommés ni inculpés dans la procédure qui avait été prise au commencement du mois d’octobre, vinrent dans la ville pour connaître apparemment quelles étaient les dispositions du peuple et prendre leurs mesures selon les circonstances. Les présidents de la Roque et de Séguiran, l’abbé d’Oppède, l’avocat-général de Chasteuil arrivèrent vers les trois heures ; ils entrèrent par des portes différentes, chacun dans leur voiture ordinaire et furent descendus chez eux. Ces précautions, qui ne marquaient aucun dessein formé, n’empêchèrent pas que leur démarche ne fut regardée comme suspecte ». Il s’ensuivit quelques désordres.
« Le Parlement, instruit de ce commencement d’émeute, s’assembla extraordinairement, et étant instruit de ce qui se passait, et du sujet qui excitait la rumeur, fit arrêt portant que, quoique que ces Messieurs n’eussent aucunes mauvaises intentions contre le service du Roi, ils seraient pourtant obligés de sortir de la ville le jour même, pour prévenir la crainte qu’on avait qu’ils ne fussent insultés par la populace et qu’on excitât à cette occasion quelque tumulte. Ils obéirent et furent tous quatre se réfugier aux Minimes d’où ils partirent le lendemain au matin ; il n’y eut que le président de la Roque qui s’obstina à rester jusques à ce que l’arrêt lui eût été signifié, ce qui l’obligea à prendre cette détermination, c’est qu’il savait qu’il était dit dans le dispositif de l’arrêt qu’il n’avait eu aucune mauvaise intention contre le service du Roi et il fut bien aise d’avoir extrait d’une pièce qui pouvait servir à sa justification si quelque jour on voulait l’inculper ».
1652 - Les Semestres et les Sabreurs
Six jours plus tard, arrivaient à Aix sept lettres de cachet qui interdisaient les villes d’Aix, Arles et Marseille aux présidents d’Oppède, de la Roque et de Galliffet et à quatre conseillers « La Cour ordonna que ces lettres leur seraient signifiées par des huissiers ». Semestres et Sabreurs cherchèrent alors à s’unir, et tandis que les Mazarinistes députaient au Roi pour lui demander la nomination d’un nouveau gouverneur, ils décidèrent de députer au comte d’Alès, devenu duc d’Angoulême par la mort de son père, pour le presser de revenir en Provence ; s’il ne s’il décidait pas, les députés s’adresseraient au duc d’Orléans pour lui demander son assistance. « Ces députés furent chargés de porter des lettres de chacun des Sabreurs en particulier, précautions qu’on cru nécessaire pour lui faire connaître quelles étaient alors les personnes qui s’engageaient à le servir. Il n’y eut que le président de la Roque et le conseiller de Bonfils qui refusèrent d’écrire : le premier parce que quoiqu’il fût lié au parti du Sabre, il ne voulut pas fournir des preuves littéraires (sic) par lesquelles on pût le convaincre un jour, et le second parce qu’étant auteur des principaux écrits qui avaient été publiés contre le comte après la journée de Saint-Sébastien et pendant les mouvements qui avaient suivi, il ne put se résoudre à chanter, pour ainsi dire la palinodie (NDRL : est la partie d’un texte — en général la conclusion — dans laquelle l’auteur révoque volontairement tout ce qu’il s’est efforcé de démontrer dans le développement)».
1652 - Comment un sabreur veut passer pour un fidèle du roi
Le 23 janvier 1652, Melchior de Forbin écrivait à la Reine-mère (NDRL : Anne d’Autriche) : « Madame « Bien que je me sois donné l’honneur en randant mes tres humbles respects à vostre Majesté par l’ordinaire passé, de luy tesmoigner avec la plus soubmise humillité d’un subject, la surprize que javois heüe après l’aprobation que Votre Majesté avoit fait la grâce de donner à la peureté de mes actions et de mes sentimans par la lettre de cachet que j’ay receüe du Roy par laquelle il m’est interdit de continuer la fonction de ma charge ny de faire aucun sejour en sa ville d’Arles ny de Marseille, j’ai creu estre obligé par la fidellité qu’un subject doibt aux ordres de son mestre, de faire cognoistre à vostre Majesté que le Roy, en ma personne c’est privé des services du plus passionné officier quelle aye dans le Royaume pour ses intheretz. Et comme je crois que le bien de son service dans ceste province se rencontre dans le calme quelle faict cognoistre d’y souëter, joze assurer votre Majesté que par le bonheur que jay dy avoir des parentz assés considérables et des amis, n’ayant poinct de plus forte passion que de les employer pour le service de vos Majestés, je pouvois servir d’instrumant assés propre pour estoufer touttes les divisions desquelles nostre compagnie et la province se trouvent malheureusement deschirées. Je reçois tout ce qui vient des mains sacrées de vos Majestés avec tant de soumission que je noze pas bien après mon malheur me croire assés heureux pour le pouvoir servir, puisqu’elles me privent du temps quy men donneroit les moyens. Mais Vostre Majesté agréera s’il lui plaîct que je l’assure que je pertz avec un regret que je ne scaurois exprimer les occasions de persuader a Vostre Majesté par les effets combien passionnemant je suis, Madame, De votre Majesté Le très humble très obéissant et très fidèle serviteur La Rocque De la Rocque ce 23 janvier 1652 ».
Le même jour il écrivait au comte de Brienne : « Monsieur, « J’ay receu un sy sensible desplaisir par le commandemant que j’ay receu faict quelques jours du Roy, avec une lettre de cachet, qu’il m’est impossible de perdre aucune occasion pour vous en tesmoigner ma dolleur. Joseray vous supplier tout autant qu’il m’est possible, de vouloir rapeller dans vostre memoire quelques services que j’ay heu l’honneur de randre au Roy despuis mon despart d’Aix, desquels vous avés heu cognoissance par Monsieur le Grand Prieur de Saint Gilles. Et je massure que vous jugerés de mon desplaisir par le contraire effect que j’avois subject d’en attandre. Neanmoingz tout ce quy part des mains de leurs Sacrées Majestés, m’est tant en vénération que bien qu’en mon particullier je m’en sent accablé, je redouble toujours mes vœux au Ciel pour leurs prospérités. Les moyens de leur pouvoir randre mes services mestant ostés par ma prompte et aveugle obeissance a leurs commandemants jose pourtant esperer que je n’en seray pas longtemps privé, sy vous daignez en m’honnorant de vostre protection, Leur faire cognoistre la forte passion que j’ay de me sacrifier pour leur service, vous priant de croire que me randant cest office, vous le faictes en faveur de celluy quy est avec passion extreme Monsieur Votre très humble très obéissant et très fidèle serviteur La Rocque De la Rocque ce 23 janvier 1652 A Monsieur le comte de Brienne ».
Brienne recevait également une lettre de Régusse qui lui écrivait le 24 janvier : « Vous avez déjà sceu par Mr de Saint Anthoine ce quy s’est passé en ceste ville lorsque M. le Président de la Roque et de Bouc y sont vouleu venir ». Le lendemain, c’est le marquis de Janson, alors premier consul d’Aix et procureur du pays, qui lui écrivait : « Il n’a jamais pris retraite en Arles ni bougé de son château de la Roque qui est quatre lieues d’ici » ; on n’a aucune preuve qu’il se soit mêlé des attroupements du mois de novembre précédent ; le Parlement est satisfait de sa conduite « si bien que je puis dire que S. M. a été grandement surprise en l’envoi de cette lettre au regard en particulier du dit sieur de la Roque. Aussi il avait eu cet honneur que la Reine par sa dépêche du 8 novembre passé, lui avait témoigné ses bonnes volontés, et l’assurance qu’elle avait de sa fidélité au service du Roi. « Toutes ces considérations, jointes à la parenté qui est entre le dit sieur président et moi, étant tous deux cousins germains et d’un même nom, m’ont persuadé que S. M. agréerait la prière que je lui fais et que je vous adresse, qui est de m’accorder la révocation de cet ordre, et d’envoyer celui audit sieur président de se rendre à Aix pour faire la fonction de sa charge, dans l’assurance que je vous donne de son zèle et de sa fidélité au service du Roi, pour laquelle je me rends caution, que la Reine ait eu cette bonté que lui témoigna dans sa lettre de n’en vouloir autre caution que sa parole ». Blanc, assesseur de la ville d’Aix, joignait des pièces à celles du marquis de Janson, et il faisait l’éloge de la Roque, de sa fidélité et de son zèle au service du Roi.
1653 - Terre et seigneurie de La Roque érigées en marquisat
Au milieu de toutes ces intrigues, Melchior avait réussi à rester assez bien en cour pour faire ériger en marquisat, au mois de février 1653, la terre et seigneurie de la Roque avec incorporation de la terre de Gontard. Les lettres-patentes qui lui sont concédées à cette occasion déclarent cette érection faite en considération de ses services et de ceux de son père qui avait exercé durant trente-cinq ans la même charge de président au Parlement de Provence et était mort à la suite de la Cour7106 . Le duc de Mercoeur, qui fut alors chargé de commander en Provence, réussit enfin à rétablir l’ordre ; il fut alors nommé gouverneur, et le 31 mars 1653, ses provisions furent enregistrées au Parlement. On enregistra en même temps les lettres-patentes portant abolition de tous les crimes et désordres commis en Provence depuis 1649. Ajoutons ici que le Parlement « par le traité fait avec le Ministre sous le nom de Courberon et est sous le cautionnement du président d’Oppède et de la Roque » se chargea de rembourser les charges du Semestre en quatre années, sans intérêt. En fait, le remboursement ne fut fait qu’en 1658.
Selon Hozier
Le 1er juin 1656, il préside, en qualité de commissaire, l’assemblée du Corps de la noblesse. Le 31 juillet de la même année, il obtient un brevet du Roi lui faisant don des droits de lods qui pourront être dus pour la vente des terres de Séranon, dans la viguerie de Grasse et de Rougon dans la viguerie de Moustiers. Le 3 mars 1657, un nouveau brevet confirme le premier.
1658 - Le premier consul d'Aix de FORBIN de La BARBEN mandé à La Cour
Au début de 1658, lorsqu’à la suite des incidents motivés par la subsistance des troupes, M. de la Barben, premier consul d’Aix et premier procureur du Pays, fut mandé à la Cour, cela causa dans la ville une certaine émotion, quelques attroupements se firent. Pitton cite le président de la Roque parmi ceux qui contribuèrent à calmer le public et à maintenir l’ordre. À la demande du premier président d’Oppède, il avait d’ailleurs ayant « quelque créance sur l’esprit du sr de la Barben » engagé celui-ci à se soumettre aux premiers ordres reçus, mais sans succès. Oppède lui-même eut une entrevue chez la Roque, avec la Barben, pour le même objet ; le premier consul demanda un délai. Le Premier Président fit alors occuper militairement la ville. « Cela exécuté, dit-il, le sr président de la Roque fut éveiller le sr de la Barben, pour lui faire savoir que les troupes étaient entrées, qu’il n’y avait plus à hésiter, et que nous étions en état de faire la loi à la ville, quand bien même elle serait toute malintentionnée, ce qui n’était pas ; le déplaisir du sr de la Barben parut extrême, et ce ne fut durant une heure que complaintes et transports, dans lesquels le sr de la Roque fut obligé de le laisser, ne l’en pouvant faire revenir ».
La Roque présente les choses sous un jour plus favorable au consul : « Monsieur, écrit-il à Brienne le 13 avril 1658, « Les bontes qu’il vous a pleu me tesmoigner m’obligent aux occasions qui me paroissent considerables, de vous rendre compte de mes actions et des choses qui peuvent regarder le service du Roy, et qui sont en ma cognoissance. Et bien que vous appreniés assez ce qui s’est passé au subiet de l’execution des ordres du Roy contre Mr de la Barben, par la relation que Mr le Premier Président vous envoy, je prandray la liberté de vous asseurer que dans ceste rencontre, le Roy a este hautement servy et sa volonté executee avec beaucoup d’esclat, en sorte que je suis tout persuadé que toutes les mauvaises humeurs qui estoient dans ceste province par cet example de soubmission, s’en vont dissipées, et que s’il en reste quelque chose on en viendra facillement à bout avec un peu de soin. Je suis cependant obligé de vous protester que la moderation et la soubmission dudit sieur de la Barben contribue beaucoup à cet ouvrage, et que certainement les actions dans ceste dernière rencontre ont faict voir que son cœur a tousiours respiré son debvoir. Je doibs ce tesmoignage à la verité. Je crois qu’il vous est aussi très cogneu avec quel zelle Mr le Premier Président sert en toutes rencontres. Je vous asseure avec vérité qu’il porte le service jusques au dernier point d’authorité. Pour mon particulier, j’espère que vous apprandres la passion que j’ay tesmoigné pour ce mesme service ; jusques d’assambler icy mes parans pour ceste derniere occasion. Monsieur le president de Regusse prenant congé de nostre compaignie luy fit cognoistre qu’il auroit souhaité qu’elle heut délibéré sur le subiet de sa citation, ce qui luy feut tout à plat refuse. Il me reste seullement de vous asseurer que je suis très passionément Monsieur, Votre très humble tres obéissant et très fidèle serviteur À Aix, le 13 [cette dernière ligne rognée, on devine seulement le nom de la Roque, qui est donné par une note au dos, avec la date].
Jean-Augustin de Foresta, marquis de la Roquette et Melchior de Forbin, marquis de la Roque, tous deux conseillers du Roi en ses conseils d’État et privé et présidents au Parlement de Provence, avaient obtenu des lettres-patentes du Roi leur faisant don de deux sols pour livre sur les deux tiers remis aux acquéreurs des seigneuries de la province. Il se trouva que Lucrèce de Siguier, dame de Beaulieu, et Pierre de Thomas, sr de Saillon, son fils, se colloquèrent sur la terre et seigneurie de la Garde lès Toulon et obtinrent le don des droits de lods dus pour cette collocation, ensuite de quoi les deux présidents n’avaient pas touché leur deux sols pour livre, montant pour chacun d’eux à 152 livres 5 sous. Ils présentent donc requête aux Trésoriers Généraux de France pour qu’ils les fassent payer.
1659 - Le roi à Lyon
Quelques mois plus tard, la cour vint à Lyon, à fin, raconta-t-on « de porter les Espagnols au mariage du Roi avec l’Infante », en leur faisant craindre qu’il n’épousât une princesse de Savoie. « Tous les ordres de la Province, dit Grimaldi-Régusse, députèrent au Roi à Lyon… Mr le P. Président, accompagné de M. le Président de la Roque et de quelques autres officiers, fit le compliment pour la compagnie au Roi ». La Roque resta sans doute en correspondance avec la Cour, car le 13 février 1659 Mazarin lui écrit : « Monsieur, « Je suis fort persuadé de votre zèle pour le service du Roi et du soin que vous avez de le faire paraître dans votre compagnie en toutes les occurrences ; je n’en pourrais pas douter après les témoignages que M. le premier président d’Oppède m’en a souvent rendus, quand je n’en serais pas assuré d’ailleurs. Croyez aussi que je ne manquerai pas de faire valoir dans les rencontres le mérite qui vous en est dû et de vous confirmer par les effets en tout ce qui dépendra de moi que je suis, « Monsieur, Votre très affectionné à vous faire service, À Paris, le 13 février 1659. Le cardinal Mazarini.
1659 - Le Premier Président d'Oppède retenu prisonnier par la populace d'Aix
Mais le lendemain, le 14 février 1659 c’était la journée de Saint-Valentin, où le premier président d’Oppède faillit être victime de la populace d’Aix déchaînée, et fut en quelque sorte prisonnier à l’archevêché pendant plusieurs jours. « M. le Président de la Roque et quelques autres du Parlement, voyant qu’ils recevaient tous les jours quelque mortification au Palais et qu’ils étaient impuissants à servir M. d’Oppède » étaient sortis de la ville et avaient été demander la protection du duc de Mercœur, puis ils se rendirent à Lambesc. Quelques jours après, en effet, sur l’intervention du gouverneur, Oppède recouvra sa liberté. Mazarin lui écrit alors : « Monsieur « Quoi que vous ayez bonne part à la réponse que je fais à tous Mrs vos confrères en général qui sont auprès de la personne de M. le duc de Mercœur, je ne laisse pas de vous écrire ces lignes en votre particulier, pour vous assurer de la continuation de mon amitié et me réjouir avec vous de l’heureuse délivrance de M. le premier président d’Oppède. J’espère que ce bon commencement sera suivi de tous les succès que les gens de bien peuvent désirer pour le rétablissement de l’autorité du Roi, pour la réparation due à la justice et pour l’entier affermissement de la tranquillité publique. Je sais que vous ne l’avez pas besoin d’être excité à contribuer en tout ce qui dépendra de vous, aussi ne m’étendrai-je ici que pour vous assurer que je suis « Monsieur Votre très affectionné à vous faire service, À Paris, le 3 mars 1659. Le cardinal Mazarini.
1659 - Des troubles à Draguignan et l'arrivée du roi en Provence
La même année, des désordres, suite lointaine de ceux du Semestre, se produisirent à Draguignan, « le premier consul fut insulté, son fils poursuivi, et plusieurs personnes de condition furent assassinées ». Le Parlement « députa le président de la Roque, les conseillers de Valbelle et d’Albert avec le procureur-général de Gautier, pour aller informer sur les lieux ». Le président de la Roque et les autres députés font « tout leur devoir » à Draguignan, écrivait le premier président d’Oppède à Brienne le 15 juillet 1659 ; à leur retour, « le Parlement fera un exemple en cette ville-là qui servira en toutes les autres ». De fait, « ces commissaires, après l’information prise, firent arrêter sept coupables qui furent conduits à Aix et jugés par arrêt du 10 août 1659 » : l’un d’eux fut pendu. Mazarin écrit à ce sujet : « Monsieur « Je connais trop bien votre zèle et les talents que vous avez pour douter que votre voyage de Draguignan n’eût le bon succès que vous me marquez. Je m’assure que votre compagnie ne manquera pas d’achever par le moyen de ses arrêts le fruit que le public en attend ; je me réjouis avec vous du mérite que vous y avez acquis et vous prie de me croire toujours « Monsieur Votre très affectionné à vous faire service, À Saint-Jean-de-Luz, le 14e août 1659. Le cardinal Mazarini. Le succès était plus apparent que réel, et de nouveaux incidents se produisirent, donnant lieu à une nouvelle lettre de Mazarin : « Monsieur, « J’écris à M. le duc de Mercœur et M. le premier président ce qui me semble du nouvel incident de Draguignan. Je ne doute point que votre zèle ne continue dans ces fâcheuses suites à agir aussi utilement qu’il a fait par le passé. Je vous puis assurer aussi que j’aurai grand égard aux choses qui vous concerneront, et que pour ce qui est de la compagnie de Monsieur votre fils, ce que je ne ferai pas viendra de l’impossibilité de la matière et non du défaut de bonne volonté, car je suis véritablement, « Monsieur Votre très affectionné à vous faire service, À Saint-Jean-de-Luz, le 12e octobre 1659. Le cardinal Mazarini. L’année 1660 fut marquée par la venue du roi en Provence ; il y fit son entrée le 1er janvier 1660 Deux jours avant, le Premier Président d’Oppède, le Président de la Roque et plusieurs conseillers avaient été le saluer en Arles ; « il eut, d’après Lachesnaye-Desbois, l’honneur de haranguer le Roi et la Reine-Mère lors de leur arrivée en Provence », je ne sais où il prononça cette harangue.
Le Cardinal Mazarin
1660 - Des troubles à Marseille
Marseille avait été l’année précédente le théâtre de graves désordres. La Cour voulait y mettre fin et « mettre quelque bride à l’impétuosité des habitants ». « Le lendemain de l’arrivée du Roi dans Aix on proposa dans le Parlement d’envoyer une chambre souveraine dans Marseille ». Le gouvernement écarta de cette commission les présidents de la Roquette et de Régusse pour la confier à la Roque. Lui et ses collègues arrivèrent à Marseille le 27 janvier. « Ils firent, dit Papon, leurs informations avec un éclat imposant, mais ils ne trouvèrent, dans la plupart des accusés, aucun crime qui méritât cette sévérité dont on les avait menacés ». La Roque avait tout de suite écrit à Mazarin, qui lui répond le 1er février : « Monsieur J’ai reçu la lettre que vous m’avez écrite depuis votre arrivée à Marseille et j’en ai rendu compte au Roi. Je vous puis assurer que Sa Majesté est fort satisfaite de vos diligences et n’attend de commencements si pleins de zèle que des suites fort avantageuses au bien de son service. Pour moi je n’ai pas de peine à croire que cela n’arrive ainsi, puisque que l’affaire est entre vos mains. Et vous jugez bien qu’ayant ces sentiments de votre conduite je ne saurais manquer d’être avec beaucoup d’estime, « Monsieur Votre très affectionné à vous faire service, d’Aix, le premier février 1660. Le cardinal Mazarini. Quelques jours après, le 8 février 1660, dit Pitton, le Roi entra à Marseille par la brèche. Le président de la Roque le harangua, ainsi que la Reine-Mère, à la tête de la Chambre de justice. Mazarin lui écrit le 10 février : « Monsieur Je vois par votre dernière lettre la continuation de vos soins à bien servir le roi et le public dans votre commission. Je m’assure que travaillant toujours avec la même diligence et la même application, la procédure sera dans peu achevée, en sorte que le succès n’affirmera pas moins dans Marseille l’autorité du roi et le respect de la justice que la citadelle même. Vous me ferez plaisir de décrire la suite de temps en temps pour en rendre compte à Sa Majesté. Cependant je veux remets du surplus à M. le duc de Mercoeur et suis, « Monsieur Votre très affectionné à vous faire service, à Toulon, le 10e février 1660. Le cardinal Mazarini
L’arrêt prononcé fut cependant très sévère : Glandevès-Niozelles, le plus compromis, fut déclaré criminel de lèse-majesté, condamné à mort et à la confiscation de ses biens ; sa maison devait être rasée, et une pyramide, avec une inscription rappelant son crime, érigée sur cet emplacement, mais il était introuvable. Plusieurs autres contumaces furent condamnés de même. On crut, dit encore Papon, que cet arrêt « n’avait été rendu avec tant de rigueur que pour apaiser la colère du Roi, extrêmement aigri par les ennemis de Niozelles. Aussi tous les condamnés, excepté ce gentilhomme et François Serres, retournèrent-ils à Marseille, quelque temps après, sans avoir obtenu leur grâce, mais sur la simple permission du Premier Président ». Quelques accusés, que l’on avait pu saisir, la Salle père et fils, Beausset père et fils, les frères Félix, etc. furent exilés, mais la ville de Marseille obtint leur rappel dans la même année.
1661 - Melchior de FORBIN et sa soif de récompense
Melchior espérait bien être récompensé de ses services et le cardinal Mazarin lui avait fait des promesses que la mort l’empêcha de réaliser. La Roque s’adressa au premier président d’Oppède, qui partait pour la Cour, et lui demanda de défendre ses intérêts. Il résume l’affaire dans un Mémoire à M. le Premier Président pour les intérêts du président de la Roque. « Il aura la bonté de poursuivre auprès de Sa Majesté l’exécution des promesses qui lui ont été faites par feu S. E. en considération et reconnaissance des services que ledit président de la Roque a rendus au Roi dans les occasions les plus importantes qui se sont présentées dans cette province, desquels M. le Premier Président est le plus savant témoin qu’il saurait appeler. « Ledit président de la Roque demande une pension de trois mille livres sur un bénéfice sous le nom de l’un de ses enfants ; l’aîné a sept ans et le second quatre ; si le second peut tenir à l’âge de quatre années une pension sur un bénéfice de la nomination de Sa Majesté, on la demandera pour le second, qui s’appelle Jean-Baptiste ; si à cet âge, on ne peut pas tenir ladite pension, on la demandera pour l’aîné, qui est âgé de sept années, appelé François de Forbin. » Monsieur le premier président aura la bonté de prendre le sentiment de quelques personnes savantes en cette matière pour être certain si à tout âge on peut conserver une pension sur un bénéfice, à fin de prendre là-dessus des mesures pour se déterminer s’il fera remplir le nom du second ou de l’aîné, afin que la grâce de Sa Majesté ne fut pas infructueuse au président de la Roque par l’incapacité de la personne de son second fils, parce que il est certain, et non le croit ainsi qu’à cette année on peut tenir une pension sur un bénéfice. »
Pour faire voir la justice de la demande du président de la Roque, M. le Premier Président fera valoir les services en général dudit président, et en particulier dans les commissions de Draguignan et de Marseille, desquels l’importance est connue de Sa Majesté. « Comme encore les services qu’il rendit à Sa Majesté, étant sorti de la ville [ d’Aix] et s’étant rendu auprès de M. le Duc de Mercœur lors de l’insulte arrivée au palais. Il fondera encore cette prétention sur les lettres-patentes de trois mille livres de pension extraordinaire accordée aux 10 présidents en récompense des services [sic], lesquelles lettre-patente sont vérifié à la chambre des comptes de Paris, de laquelle pension les arrérages sont dus, n’ayant ledit président jamais été payé que de ses gages du Conseil comme Conseiller d’État. Monsieur le Premier Président ajoutera à tout ce que dessus la considération de ce que Sa Majesté ayant donné au second fils dudit président de la Roque une compagnie de chevau-légers, pour donner les moyens au père de mieux subsister, pour le service de laquelle compagnie ledit père tirait quelques émoluments, par la paix générale ladite compagnie a été réformée et par conséquent ledit président est aujourd’hui privé de tous les émoluments qu’il en pouvait profiter. »
« ‘Mr le Premier Président se servira encore des longs et considérables services rendus pendant trente années et principalement dans la minorité par le père du président de la Roque d’aujourd’hui et en fera s’il lui plaît souvenir la Reine Mère qui lui en avait promis récompense. « Et enfin, Mr le Premier Président fera savoir ce qu’il a fait espérer de positif audit président de la part de S. E. « Pour justifier tout ce que dessus, Mr le Premier Président trouvera dans le paquet du président de la Roque les lettres de trois mille livres de pension, la commission pour le chevalier de la Roque de la compagnie des chevau-légers, ses lettres de conseiller d’État et huit lettres missives de S. E. « Mr le Premier Président aura aussi s’il lui plaît la bonté de se souvenir de protéger l’affaire que le président de la Roque a contre le sieur de la Coste au conseil de Sa Majesté. « Mr le Premier Président trouvera encore dans mon paquet une information que feu mon père fit fait du pillage de la Roque par les troupes de M. d’Angoulême pendant qu’il servait le Roi dans la ville, de quoi Sa Majesté lui doit aussi justice, et cela pourra encore servir. »
1662 - Colbert nouvel intendant des finances du royaume
C’est probablement à la même époque que Melchior écrivit à Colbert la lettre suivante : « Monsieur « Vous apprendres de la bouche de Mr d’Oppède, notre premier président, que nostre compaignie ce matin, les chambres assemblées, a resolu de satisfaire ponctuelement à la volonté de Sa Majesté sur le sujet des cent trente et neuf mil livres qu’elle nous demande pour le reliquat du compte du nommé Courbeton. Il est certain, Monsieur, que de ceste action vous tireres une preuve senssible du passionné desir que nous avons d’obéir à Sa Majesté et de la servir en toutes les occasions qui seront de nostre pouvoir ; puis que sans faire aucune considération sur l’estat de nos affaires et l’accablement de nos debtes que nous avons faicts dans les occasions passées auxquelles le Roy a voulu exiger de notre compaignie des marques de son zèle, elle s’est resolue d’en contracter des nouvelles pour satisfaire à sa volonté. Ayant esté chargé, Monsieur, par notre compaignie de l’exécution de ceste délibération et d’emprunter les sommes qui seront nécessaires avec quelques-uns de Mrs de notre compaignie qu’elle a commis pour cest effaict avec moy, j’ay souhaité de vous en rendre ce petit compte en vous asseurant à mesme temps qu’il ne sera perdu aucun moment à ceste affaire pour la terminer entièrement suivant la volonté du Roy, après quoy, Monsieur, il me restera de vous asseurer que je seray toute ma vie, par respect et par inclination, « Monsieur « Vostre très humble et très obéissant serviteur, « À Aix le 3e juin 1662. La Roque ».
Jean Baptiste COLBERT
1663 - Les différents entre catholiques et protestants de La Roque d'Anthéron
La Roque d’Anthéron avait toujours renfermé un certain nombre d’habitants appartenant à la religion réformée ; l’exercice en avait cependant été interdit en ce lieu par arrêt du Parlement de Provence en 1635. Des difficultés s’élevèrent plus tard à propos des cimetières ; les syndics généraux du clergé de Provence, les procureurs du pays, le président de la Roque, les consuls, les habitants y sont mêlés. Le 4 mai 1663, avant faire droit, un arrêt du Conseil ordonne qu’il soit dressé procès-verbal du cimetière protestant de la Roque et de sa distance au cimetière catholique.
1663 - Annexion d'Avignon et du Comtat venaissin au royaume de France
La réunion d’Avignon à la France en 1663 donna lieu à une nouvelle « commission » de Melchior. On sait la brouille survenue entre la Cour de France et celle de Rome à la suite de l’affaire de la garde corse en 1662. Louis XIV, n’ayant pu obtenir satisfaction, fit passer des troupes en Italie et ordonna au Parlement de Provence de procéder à la saisie du Comtat Venaissin et de la ville d’Avignon. Le Parlement déclara que ville et Comtat faisaient partie de l’ancien domaine du comté de Provence et n’avaient pu en être séparés, il ordonna donc leur réunion à la couronne et nomma pour remettre le Roi en possession, des commissaires : en tête le premier président d’Oppède et le président de la Roque. Ceux-ci arrivèrent à Avignon le 27 juillet 1663, sur les six heures du soir, précédés de vingt-quatre gardes, et ils descendirent à l’hôtel de ville. Le premier rôle appartenait de droit à Oppède mais tous les commissaires du Parlement assistèrent le 28 juillet à la réunion d’apparat qui eut lieu, à quatre heures de l’après-midi dans la grande chapelle du Palais. « On y avait élevé une estrade au coin de l’autel du côté de l’Évangile. On avait placé dans le fond le portrait du Roi sous un dais, un fauteuil et des bancs de chaque côté du fauteuil. À la gauche, se placèrent les présidents et trois conseillers ; à droite le duc de Villars et quatre autres conseillers ; au bas, M. de Vergons, procureur-général du roi, les greffiers et quelques huissiers ; ensuite sur un banc vis-à-vis les gens du Roi, les consuls, après eux la noblesse et une foule d’habitants qui étaient accourus à cette cérémonie ». Le procureur-général requit la publication et l’enregistrement de l’arrêt de réunion. Le premier président fit un discours à ce sujet, recueillit les suffrages des autres commissaires, prononça la réunion et ordonna la lecture de l’arrêt. Puis le procureur du roi prit possession du Palais et les présidents et les conseillers s’en furent au tribunal de Saint Pierre faire des actes de juridiction, et ensuite aux portes de la ville pour y donner des ordres au nom du Roi.
Tous se rendirent ensuite à la Métropole (NDRL : Notre Dame des doms d’Avignon, siège de l’archevêque métropolitain, chef de plusieurs diocèses) ; les commissaires se placèrent à main droite dans le chœur, les consuls vis-à-vis du siège de l’archevêque et l’on chanta le Te Deum. Le lendemain 29 juillet, on se transporta à l’hôtel de ville ; dans la salle du Conseil, à gauche en entrant, on avait placé le portrait du Roi sous un dais. Les membres du Parlement se rangèrent comme il l’avait fait au Palais et l’on procéda à la prestation du serment de fidélité. Le Premier Président le prêta le premier, en sa qualité de vassal du Comtat pour Oppède, entre les mains du président de la Roque. Le 30 juillet, les commissaires du Parlement partirent pour Carpentras, où ils firent publier l’arrêt de réunion dans le palais de l’évêché ; ils y reçurent le serment de fidélité des officiers, des vassaux du Comtat et des habitants. Ils revinrent ensuite à Avignon où ils furent reçus par la bourgeoisie en armes. Avant de quitter Avignon, les commissaires du Parlement firent transporter à l’arsenal de l’hôtel de ville toutes les armes trouvées dans le Palais et firent remplacer sur les monuments publics les armoiries du Pape par celle du Roi, que l’on mit ensuite sur les portes de la ville. Ils tinrent aussi audience dans la salle du Palais ou l’Auditeur-général donnait ordinairement les siennes. Présidents, conseillers et procureur-général y assistèrent et deux causes y furent plaidées. Ils ordonnèrent aussi par arrêt que le livre des dates des bénéfices fût remis au secrétaire Cohorne. Ils nommèrent aussi quinze juges pour rendre la justice après leur départ. Ce fut leur dernier acte. Ayant rempli leur mission, ils s’en retournèrent à Aix le 14 du mois d’août, à l’exception du Premier président qui resta encore quelque temps à Avignon.
Le contexte du royaume de France (NDRL)
Première réunion d’Avignon et du Comtat Venaissin au royaume de France en 1663 après l’attaque de l’ambassadeur de France auprès du Saint-Siège, le duc de Créquy, par des gardes corses du pape Alexandre VII. Le pape s’étant excusé, le Comtat Venaissin lui est rendu en 1664. En 1688, Louis XIV décide de s’emparer du Comtat Venaissin un deuxième fois à la suite d’une brouille, en 1688, avec le pape Innocent XI. Le roi rend le Comtat Venaissin au pape Alexandre VIII par lettres patentes du .
1663 - Nouvelles réclamations sur le paiement des pensions
Nous trouvons ensuite une lettre intéressée de la Roque à Colbert : « Monsieur, « Le profond respect que j’ay pour vous, m’a touiours beaucoup fait apprehender des [sic] vous estre à charge par la sollicitation de mes interests. Mais auiourd’huy voiant la segonde année des arrérages de ma pension de conseiller d’estat expirée, que Sa Majesté a touiours eu la bonté de me faire paier toutes les années sans discontinuation et que je reçeus la dernière fois par vos ordres lors que Mr notre Premier président était à la Cour, j’ose espérer, Monsieur, que vous ne condemneres pas la liberté que je prends en recourant à l’honneur de vostre protection auprès de Sa Majesté, pour me faire mériter la continuation de ses grâces et de ses bienfais. Celluy que je poursuys est sy peu considérable à son esgard, et sy glorieux pour moy, que je vous auray, Monsieur, des obbligations infinies, sy vous deignes me protéger en ceste rencontre. Je crois que vous estes informé, Monsieur, comme je sers en ceste province, en laquelle je n’espargne jamais ny ma personne ny mesme mon bien, quand il le fault en toutes les occasions pour le service. J’en useray touiours de mesme, jusques au dernier moment de ma vie, et vous connoistres, Monsieur, par l’aveugle defferance et le zelle que j’auray tout ce qui me viendra de vostre part, Monsieur, que je suis avec autant de respect que de passion, « Monsieur « Vostre très humble et très obéissant serviteur, « À Aix le 21 9bre 1663. La Rocque ». Oppède appuie cette demande : « Monsieur, « Outre tout ce que i’ay eu l’honneur de vous escrire par cy devant de la iustice qu’il y avoit de faire payer la pansion de M. le prés. de la Roque, et de la nécessité que nous en avions touts les iours pour les affaires du Roy, ce qui vient de vous estre confirmé par M. de Besons, iusques à ce et en attandant que Sa Mé puisse avoir fait quelque chose de plus essentiel pour luy aynsy qu’elle a eu la bonté de le luy faire espérer, je prends la liberté de vous dire, Monsieur, que c’est l’homme que nous mettons touts les iours à toute œuvre pour les intherests et le servise du Roy ; et en vérité puisque c’est si peu de chose et cella donne cœur d’autant myeux servir, vous agréerés que ie prenne la liberté de vous en suplier et de vous en estre importun plus que ie ne le serois pour moy-mesme. C’est, « Monsieur, « Vostre très humble et très obéissant serviteur, « À Aix, le 24 novembre 1663. Oppède ».
1665 - Encore des réclamations et la peste à Toulon et Ollioules
La Roque écrivit à Colbert le 20 juin 1665 une autre lettre pour demander le paiement de la même pension de conseiller d’État, pour l’année 1664, puis, le 18 juillet 1665, une lettre pour le remercier de cette grâce : « Par la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire, j’ai vu comme Sa Majesté m’a fait la grâce d’ordonner le paiement de mes gages du conseil… » Il lui adressait d’autres remerciements au début de 1666 : La peste sévit l’année suivante à Toulon, mais la santé paraissait s’y rétablir, les députés de la ville demandent leur rentrée dans la vie normale. « La santé continue à Toulon, écrit Oppède à Colbert le 12 mai 1665, et il n’y a rien de nouveau à Ollioules ; Monsieur le président de la Roque et un conseiller de ce Parlement sont à présent sur les lieux, soit pour faire les procédures nécessaires pour donner l’entrée à Toulon, soit pour exécuter les choses résolues à l’égard du lieu d’Ollioules… » Le 20 juin, le Parlement décide de donner l’entrée à Toulon et Ollioules : « Monsieur le président de la Roque est parti pour l’aller donner », dit Oppède le lendemain ».
Avant de partir, la Roque écrit de nouveau à Colbert : « Monsieur, « L’honneur de votre protection lorsque j’ai demandé quelque grâce au roi a été si favorable et les effets en ont été si puissants que je vous supplierai, Monsieur, d’agréer la très humble prière que je fais à Sa Majesté pour être payé de ma pension de conseiller d’État pour l’année soixante et quatre qui m’est due. Vous savez, Monsieur, que Sa Majesté m’a toujours honoré de cette gratification en considération de mes passionnés services que je lui témoigne en toute rencontre. Si vous avez la bonté, Monsieur, de m’y vouloir être favorable, j’ose espérer que ma très humble demande aura une issue favorable pour moi, c’est de quoi, Monsieur, j’oserai vous supplier par tous les respects que je vous ai voués et que je vous rendrai pendant toute ma vie. Cependant, Monsieur, je vous supplierai très humblement de vouloir honorer de quelqu’un de vos commandements celui qui est aussi respectueusement qu’on le saurait être, etc. « À Aix le 20 juin 1665. La Rocque ».
Il écrivait à nouveau à Colbert le 16 janvier 1666 : « Monsieur, « Sa Majesté venant d’accorder une panssion de cinq cens escus sur un bénéfice à l’un de mes enfans en considération des passionnés services que je luy ay voués, et desquels j’ay tasché en toutes occasions de luy en donner des preuves, je me vois obligé, Monsieur, de vous tesmoigner par ce respect que je vous rends que je vous doibs beaucoup en ceste rencontre puis qu’asseurément ceste marque de la bonté de Sa Majesté à mon esgard est appuiée sur les offices et sur la protection que vous m’aves donnée auprès d’elle. Je vous supplie, Monsieur, d’estre fortement persuadé que je tascheray de n’en paroistre jamais indigne par le zelle que je feray paroistre en toute occasion pour le service de Sa Maiesté, pour lequel je seray touiours tout prest d’amploier et ma vie et mon bien, et par l’aveugle et passionnée defférance que j’auray pour tout ce qui me sera ordonné de vostre part, car je puis, Monsieur, vous asseurer avec vérité que je suis autant par inclination que par respect et devoir « Monsieur « Vostre très humble et très obéissant serviteur, « À Aix le 16 février 1666. La Rocque ».
1666 - Un acte notarié afin de poursuivre le rôle de donataire envers sa soeur Julie
Melchior de Forbin, seigneur de La Roque d’Anthéron, succède à son père, Jean-Baptiste de Forbin, décédé en 1649. En sa qualité d’héritier principal, il lui incombe tout au long de son existence d’assurer le règlement des droits successoraux revenant à ses frères et sœurs. Il apparaît ainsi comme le principal administrateur des intérêts patrimoniaux de sa famille.
Dans l’acte étudié, il est tenu de verser à sa sœur Julie une somme de 6 000 livres constituant une partie de ses droits héréditaires. Il convient de souligner que les paiements ne sont pas toujours effectués directement par le débiteur lui-même. Bien que les activités bancaires soient déjà développées à cette époque, une pratique courante consiste à faire acquitter ses dettes par ses propres créanciers. C’est dans ce cadre qu’un certain Ricard, bourgeois de Grambois et fermier général d’une partie des terres de Melchior de Forbin, désignées sous le nom de « terres planes », est chargé de verser à Julie de Forbin la somme de 1 200 livres, payable en deux échéances.
Les dates de règlement sont fixées selon le calendrier des principales fêtes catholiques, notamment Notre-Dame, Pâques et la Saint-Jean-Baptiste, usages qui demeurent alors la référence habituelle pour la détermination des termes de paiement.
L’acte nous apprend également que Julie de Forbin porte le titre de dame de Saint-André. Ce titre lui a été attribué par son frère à la suite du décès de leur père, lorsque Melchior prit lui-même celui de seigneur de La Roque d’Anthéron. Elle réside alors à Tarascon.
Enfin, les témoins mentionnés dans l’acte sont étrangers à la communauté de La Roque d’Anthéron. L’un est un bourgeois originaire de Cucuron, dans le Luberon, tandis que l’autre provient du Dauphiné. La qualification qui lui est attribuée semble pouvoir être celle de géomètre, mais la lecture du terme demeure incertaine.
1667 - Voyage à Rome
Après beaucoup de « commissions » pour le service du roi, Melchior désira faire un voyage pour son agrément, et il demande au roi la permission d’accompagner à Rome le cardinal de Vendôme. Par brevet du 14 avril 1667, le roi « ayant agréable » cette demande, lui accorde la permission désirée. Une relation de ce voyage fut publiée par Barbier de Mercurol, en 1671. La Roque était sur la galère la Dauphine. Partis le 24 avril, les voyageurs n’arrivaient que le 6 mai à Civitavecchia, ayant essuyé vent contraire et tempête. Arrivés en carrosse à Rome, ils virent l’intronisation du nouveau pape.
1669 - De nouvelles réclamations pour ses pensions
Puis c’est une nouvelle demande à Colbert, pour obtenir le paiement de sa pension de conseiller d’État : « Monsieur, « L’honneur de votre protection ayant toujours été si utile pour les grâces desquelles je suis honoré par Sa Majesté, agréer, Monsieur, s’il vous plaît que je vous en demande très humblement la continuation au sujet du placet que j’ai l’honneur de présenter à Sa Majesté pour l’assignation de ma pension de conseiller d’État de l’année passée. J’ose espérer, Monsieur, que vous êtes informés qu’en toute occasion du service, je tâche à ne pas paraître indigne de ses bontés, et M. l’évêque de Marseille me fera à bien cette grâce d’être une caution qu’on ne saurait être avec plus de dépendance et de respect que je le suis « Monsieur « Vostre très humble et très obéissant serviteur, « À Aix le 26 janvier 1669. La Rocque ». Oppède appuyait sa demande dans une lettre datée du même jour : « Monsieur, « Agréez que je joigne mes très humbles supplications à celle que M. le président de la Roque a l’honneur de vous faire, au sujet du paiement de sa pension, ainsi que vous avez eu la bonté de faire pour lui par le passé ; il n’en est pas indigne, Monsieur, dotant dans tous les rencontres des témoignages de son zèle et de son attachement au service du roi. C’est ce que j’ose vous protester avec beaucoup de respect « Monsieur « Vostre très humble et très obéissant serviteur, « À Aix, ce 26 janvier 1669 Oppède ».
1671 - La mort du premier Président d'Oppède
Le 13 novembre 1671, le président d’Oppède était emporté en quelques jours, à Lambesc, par une maladie dont on ne sut pas d’abord reconnaître la gravité. Il pouvait y avoir là, pour la Roque, une occasion inespérée d’accéder à la première présidence, et son ascension aurait affermi encore l’influence de notre famille dans les affaires provençales. Aussi quelques jours à peine après la mort Oppède, l’évêque de Marseille écrivait-il à Colbert : « Monsieur, Je suis obligé par le zèle que j’ai pour le service du roi et par l’inviolable fidélité que j’ai pour son service de vous représenter, Monsieur, que si Sa Majesté se détermine à choisir dans cette province un premier président pour ce parlement, elle trouvera en la personne de M. le président de la Roque toutes les qualités qu’il faut. Sa Majesté peut s’assurer de sa fidélité et d’un entier abandonnement à son service, sa conduite passée lui doit servir de garant, ayant toujours soutenu dans sa compagnie, où il est fort accrédité, tous les intérêts du roi, et il a toujours été uni avec le feu M. le premier président d’Oppède dont il est part en, étant de même maison. Sa Majesté et l’a honoré, dans les derniers mouvements de cette province, de plusieurs commissions importantes dont il s’est dignement acquitté. Enfin, Monsieur, je puis vous en répondre comme de moi-même, et si je n’en étais si solidement assurer je n’oserais pas vous tenir ce langage ; il est au Roi, il aime la justice, il est désintéressé, il sera à vous, Monsieur, comme j’y suis, vous y pouvez faire fondement comme de l’attachement respectueux avec lequel je suis, Monsieur, Vostre très humble et très obéissant serviteur, À Lambesc, ce 19 novembre 1671. L’Évêque de Marseille »
Le Président d’Oppède
Jacques CUNDIER, Henry de Forbin-Maynier, premier président de 1655 à 1671, gravure au burin d’après un portrait peint par Laurent Fauchier, planche du Recueil des portraits des premiers présidents, 1724. Fonds bibliothèque Méjanes
1672 - Melchior n'est pas nommé premier président et mariage de sa fille héritière
malheureusement cette proposition n’eut pas de suite ; la place resta vacante près de deux ans, et le 4 novembre 1673, ce fut Arnoul Marin de la Chataigneraie qui fut nommé. Il était parent du ministre, mais n’en réussit pas mieux pour cela… Melchior de Forbin resta donc simplement président. Le 8 novembre 1672, lui et sa femme assistent au contrat de mariage de leur fille Gabrielle avec Claude de Milan, seigneur de Cornillon et de Confoux, fils de feu César, et de marquise de Piolenc. La jeune fiancée reçoit une dot de 30 000 livres, outre et par-dessus ses coffres, robes, bagues et joyaux
L’année suivante, le 20 décembre 1673, il assistera au contrat de mariage de sa parente, Marie-Madeleine de Forbin d’Oppède, fille du défunt premier président, avec Joseph-François de Piolenc, proche parent de son gendre. Entre-temps, le 11 janvier 1673, il aura fait hommage au Roi, en la Chambre des comptes de Provence, pour le marquisat de la Roque et la baronnie de Gontard, et il prête serment de fidélité. Melchior est cité en 1644, comme seigneur de Saint André de la Mure, mais en 1674, cette seigneurie est passée à sa sœur Julie, et par elle aux Raousset. Au début de 1674, Melchior de Forbin résigne son office de président à mortier en faveur de Claude de Milan, son gendre, mais en s’en réservant l’exercice pendant dix ans encore. Par lettre du 22 mai 1674, le Roi lui permet, nonobstant cette résignation, de continuer ses fonctions
pendant dix ans, de jouir des mêmes honneurs, autorités, prérogatives, prééminences, privilèges, exemptions, franchises, libertés et pensions, gages, droits, fruits, profits, revenus et émoluments audit office appartenant, et tout ainsi qu’il faisait avant ladite résignation. Claude de Milan n’aura pas voix délibérative et ne pourra faire aucune fonction dudit office de président tant que son beau-père l’exercera. Claude de Milan fut pourvu par lettres données au camp de Dôle le 1er juin 1674 et reçu le 27 du même mois. Quelques semaines plus tard, par brevet du 20 juillet 1674, Melchior de Forbin recevait du Roi le don des droits de lods et de rétention par prélation, qui écherraient par la vente de la terre et comté de Boulbon.
1674 - Melchior de fORBIN règle ses dettes
Le 27 août suivant, Melchior cédait « par pure gratification» à sa sœur Julie, dame de Saint André les droits résultant de ce don royal pour en jouir suivant les termes du brevet. Enfin, le 26 octobre 1674, Melchior obtint du Roi la confirmation de ce don des lods, du a cause de la vente de Boulbon par contrat du 30 toutes de la précédente (sic, = présente ?) année 1674.
Vers 1656, on avait vu ressortir la créance Savornin-Valbelle sur les Forbin la Roque. Le 22 janvier 1657, Melchior de Forbin, héritier bénéficiaire de son père, Jean-Baptiste, reconnaît devoir 3450 livres de capital et 3148 livres d’intérêts. Melchior avait vendu, quelques années plus tôt à Léon de Valbelle, seigneur de Meyrargues et de Cadarache, pour 56 000 livres de biens, sur lesquels l’acquéreur devait payer 7909 livres au marquis de Janson, 1500 livres à M. de la Martre, 19 948 livres 1 s. 8 d. à M. de Maurel-Pontevès, etc.7176 Aymeric de Lauris, seigneur de Taillades et de Valbonette, avait retenu ses biens par droit de prélation, et le 22 mai 1658, une convention intervient entre la Roque et Taillades sur le paiement de 4700 livres restant dues. Cette vente et cette convention ne semblent d’ailleurs pas se rattacher à la créance Savornin-Valbelle, mais nous voyons, le 21 mars 1659, la Roque céder le montant des intérêts des deux capitaux encore dus au curateur de Cosme de Valbelle, seigneur de Baumelles, fils de Jean-Philippe de Valbelle et de Françoise de Savornin d’Aiglun. Quinze ans plus tard le président de la Roque, par acte du 5 juillet 1674, cède à Cosme de Valbelle la somme de 1400 livres à exiger de Marquise de Piolenc, dame de Cornillon, et à Claude de Milan, son fils, à tant moins du prix d’un office de président au Parlement qu’il leur a vendu, pour le paiement des arrérages encore dus jusqu’au 6 novembre 1670, de à laquelle Valbelle a « cédé ses deux capitaux à Charles de Glandevès, seigneur de Mirabeau grand sénéchal de Sisteron, curateur d’Honorade de Glandevès, fille issue de son second mariage avec feu Anne de Savornin, et pour tous les dépens auxquels lui, la Roque, avait été condamné par sentence du lieutenant-général au siège d’Aix, le 16 octobre 1669.
1683 - Melchior de Forbin transmet ses fonctions à son gendre
Melchior de Forbin n’attendit pas l’expiration des dix années de réserve d’exercice qui lui avait été accordées pour sa charge de président à mortier : le 17 décembre 1683, il déclara se démettre de ses fonctions en faveur de son gendre, n’empêchant « que dès à présent ledit seigneur président de Cornillon fasse la fonction et exercice de ladite charge de président, nonobstant que les dix années de réserve ne soient point encore finies »
Le 5 septembre 1684, le roi accorda à Melchior de Forbin des lettres d’honneur de président à mortier au Parlement de Provence. Il y rappelle les « emplois importants », remplis « depuis longues années » par la famille de Forbin, celui de président à mortier exercé par JeanBaptiste de Forbin, père de Melchior, et auquel celui-ci avait succédé, « depuis lequel temps il en a fait continuellement les fonctions avec une si grande intégrité et attachement à notre service que nous l’avons employé en différentes commissions importantes, et lorsque nous aurions voulu établir une chambre de justice en la ville de Marseille en l’année 1660, nous aurions cru ne pouvoir faire un meilleur choix que de le commettre pour y présider, duquel emplois il s’est acquitté avec tant de zèle que nous en avons eu une entière satisfaction ». Maintenant qu’il et remplacé par son gendre, le roi, voulant lui donner des marques de la satisfaction des services rendus par lui pendant quarante années « qu’il a si soigneusement employé au devoir de ladite charge de président », a cru ne pouvoir le mieux faire qu’en lui en conservant les honneurs. Il lui permet donc de continuer à se qualifier de président à mortier, de conserver son rang et d’avoir voix délibérative dans les assemblées publiques et particulières et de jouir de tous les avantages, prérogatives, privilèges, etc., dont il jouissait comme titulaire, sans pourtant pouvoir présider ni recevoir aucun gage ni émolument
1687 - Mort de Françoise d'ORAISON
Françoise d’ORAISON décède à Aix en Provence dans sa paroisse de la Sainte Madeleine le 10 février 1687 et est inhumé dans la chapelle du château de La Roque d’Anthéron.
1689 - Des missionnaires pour s'occuper des nouveaux convertis de La Roque d'Anthéron
Les Annales du Collège Royal Bourbon d’Aix signalent qu’en 1689, « M. le Président de la Roque, homme d’un mérite si distingué à la Cour et dans toute la Province, nous fait l’honneur de demander tous les ans des missionnaires pour l’instruction des nouveaux convertis de sa terre de la Roque. Le Père Recteur y est allé tous les ans avec un Père pour prêcher, catéchisme et ouïr les confessions générales des néophites ». A la date de 1693, les Annales indiquent que « M. le Président de la Roque a donné 100 livres ».
1696 - Mort de Melchior FORBIN de La Roque
Melchior de Forbin est nommé le 22 janvier 1694 dans le testament de sa sœur Julie, comtesse de Boulbon, dame de Saint André, etc. Il ne devait lui survivre longtemps ; le 9 mars 1696, il était enseveli à la Roque. Il avait testé le 19 mars 1691, en instituant héritière Gabrielle de Forbin, sa fille, femme de Claude de Milan, à condition de remettre son héritage à Mathias de Milan, son petit-fils, qui devrait porter, lui et les siens à l’avenir, le nom et les armes de Forbin sans les pouvoir écarteler. Un an environ après sa mort, le 25 février 1697, une transaction intervint entre Gabrielle de Forbin et son mari, d’une part, et leur cousin Jean-Baptiste de Forbin, de la branche de Turriers et d’Arles, au sujet du fidéis-commis et des substitutions établies par les testaments d’Antoinette de la Terre et d’Annibal de Forbin, seigneur de la Roque, sur les biens leur appartenant qui avaient passé à Melchior ; Jean-Baptiste en avait réclamé l’ouverture à son profit.
Les enfants du couple Melchior de FORBIN et Françoise d'ORAISON
Leurs enfants, tous nés à Aix en Provence, paroisse de Sainte Madeleine :
- Jean Baptiste Joseph né le 10 décembre 1643
- Michel né le 21 octobre 1647
- Marie née le 9 février 1649
- Alphonsine née le 9 octobre 1652
- Gabrielle, née le 15 décembre 1653 deviendra l’héritière de Melchior. Elle se marie 8 novembre 1672 à Aix en Provence, paroisse Sainte Madeleine avec Claude de MILLAN, seigneur de Cornillon-Confoux. Elle décède le 11 août 1734 à Aix en Provence.
- François né le 17 juillet 1655
- Thérèse née le 23 août 1656
- Jean Baptiste né le 18 septembre 1658
- Pierre né le 12 décembre 1659
- Jean Baptiste né le 20 avril 1661
Les armes de Melchior de FORBIN
Pitton, dans son Histoire d’Aix, dit que Melchior de Forbin, marquis de la Roque, porte pour armes : écartelé : au premier, écartelé de gueules, 1 et 4 à 3 fasces d’or, 2 et 3 trois fasces verées (sic) de même ; au second d’or à des tours et fleurs de lys sans nombre (Simiane) ; au troisième de Grimaldi, au quatrième écartelé 1 et 4 d’or au pont de gueules ; 2 et 3 d’or au loup d’azur rampant ; sur le tout, parti de Forbin, et d’or au lion rampant d’azur, couronné, lampassé de même, et tenant une clé d’azur à la patte dextre.
La première pierre de l’église actuelle du Saint Esprit à Aix fut posée en 1706 par les consuls et par Mme de Forbin la Roque (NDRL : Gabrielle, la fille héritière de Melchior). Le portrait de Melchior de Forbin a été dessiné et gravé par J. Cundier le fils. Il est représenté de trois-quarts à droite, revêtu du grand manteau de président au Parlement. Au dessus, un cartouche à ses armes : écartelé au 1 d’Oraison, aux 2 de Simiane, aux 3 de Grimaldi, au 4 de Pontevès ; sur le tout parti de Forbin et de la Terre. Couronne de marquis, surmonté d’un heaume de face et du bonnet de président. Support : deux léopards.
Armes de Melchior de FORBIN, marquis de La Roque dessinés par chatGPT à partir des descriptions ci-dessus – à gauche la description de Pitton, à droite la cartouche de son portrait.