Retour à la famille PIQUET DAUBERGUE
Le marquis de Méjanes
Jean Baptiste Marie de PIQUET est né le 5 août 1729 à Arles, paroisse Saint Julien. Il est le quatrième enfant d’une fratrie de huit. Mais sera le seul garçon vivant adulte et donc l’héritier de son père. Ce dernier, Guillaume de PIQUET, est un noble chevalier, coseigneur d’Albaron (hameau de la commune d’Arles non loin du mas Méjanes en Camargue) et de Saint Vincent, marquis de Méjanes (en 1725, en récompense de son comportement de consul en Arles lors de la peste de Marseille). Ces titres lui viennent de sa mère Pierre d’Aiguières. La mère de jean Baptiste est Anne Thérèse DAUBERGUE de Lambesc, cousine aux DAUBERGUE de La Roque d’Anthéron. Devenue par son mariage marquise de PIQUET, elle est probablement à l’origine de la transformation du nom du mas DAUBERGUE de la Roque d’Anthéron en mas le PIQUET, dont le nom est encore utilisé aujourd’hui (hameau le Piquet). Le mas Méjanes en Camargue a été acheté en 1939 par la mère de Paul RICARD, le roi du pastis. Il est toujours en possession de la famille.
Après de solides études à Paris, à l’âge de 30 ans, il épouse le 24 janvier 1759 à Avignon, Marie Gabrielle de MASSILIAN. Nous n’avons pu trouver que peu d’informations sur elle. Elle accouchera d’un garçon, Marie Joseph Marc Antoine le 5 février 1760 à Avignon, chez sa mère (enfant conçu hors mariage). Cet enfant décèdera le 4 août 1760 à Arles, âgé d’à peine 5 mois. Il n’y aura pas d’autre enfant.
Texte du conservateur de la bibliothèque Méjanes en 1931, Aix en Provence
Dans un article du journal Le Mémorial d’Aix du 13 et du 20 décembre 1931, Édouard AUDE, Le conservateur de la bibliothèque Méjanes d’Aix en Provence décrit l’histoire de la bibliothèque aixoise et les origines et la vie de son fondateur, l’érudit Marquis de Méjanes.
Comment se constituent le fonds des bibliothèques
La grande maison d’éditions artistiques Van Oest publie dans le fascicule VIII des Trésors des Bibliothèques de France le premier d’une série d’articles biographiques intitulée : Les vrais bibliophiles.
« On croit communément, est-il dit dans l’avant-propos, que toutes nos bibliothèques publiques datent de la Révolution et qu’elles doivent tout à l’Etat et aux municipalités. On oublie (ou l’on ignore) que, dés le XVIème siècle, mais surtout au XVIIème et au XVIIIème, nombre de bibliophiles léguèrent leurs livres soit à un établissement religieux, soit à une société savante de leur ville, soit à la ville elle même, à charge pour les légataires de conserver ces livres, de veiller à leur entretien et de les mettre à la disposition du public. On oublie aussi que, depuis la Révolution, il n’est pas une de nos bibliothèques qui n’ait reçu des dons et des legs particuliers et que ces libéralités, parfois considérables, ont enrichi nos dépôts publics comme n’auraient jamais pu le faire les acquisitions des municipalités et les dons de l’Etat réunis.
Aucun ami des livres ne peut ignorer ceux à qui notre Pays est redevable d’un ensemble de collections unique au monde par son ancienneté, son importance et sa diversité; aucun ami des livres ne doit laisser perdre leur souvenir.«
Le premier de ces articles, dû à la plume autorisée du conservateur de notre Bibiothèque, est consacré au Marquis de Méjanes. « Le Mémorial « est heureux de le reproduire ci-dessous :
Le premier ouvrage de la bibliothèque la Méjanes à Aix en Provence
Nous conservons dans la Réserve de la Méjanes une humble basane in-16 : la nouvelle méthode du blason, pour l’apprendre dune manière aisée, réduite en leçons par demandes et par réponses, par le Père Ménestrier (Lyon, 1723). Sur le feuillet de garde, cet ex-libris manuscrit : « Jean-Baptiste Marie de Méjanes, troisième, de la vile d’Arles, de la paroisse Saint-Julien, le 22 septembre 1739 ». Il avait dix ans à cette époque ; il ne songeait pas déjà à collectionner. Ce petit livre est un livre d’écolier, simplement ; mais c’est, à la bibliothèque d’Aix, le premier ouvrage du fonds Méjanes.
Le nom patronymique de la famille était : Piquet. Un acte de 1452 concerne « discret homme Piqueti, de Chaumont, diocèse de Beauvais, à présent habitant de Châteaurenard », qui fit fortune en s’occupant d’agriculture et principalement d’élevage. Devenus bourgeois d’Arles, les Piquet blasonnèrent : d’azur à un chevron d’argent, accompagné en pointe d’une pique de sable ferrée d’argent, surmontée d’une étoile d’or et accostée de deux autres étoiles de même, armes parlantes, où l’on pourrait voir aussi le souvenir de l’aiguillon dont se servent les conducteurs de bétail.
Généré par ChatGPT à partir de la description du conservateur de la bibliothèque Méjanes d’Aix en Provence, en poste en 1931
L'origine du marquisat de Méjanes
Jean Baptiste II de Piquet épousa en 1679 Pierrette d’Aiguières, fille d’Henri, seigneur de Méjanes. Son fils Guillaume hérita de sa mère la seigneurie : un mas en Camargue. Guillaume de Piquet fit ériger cette terre en marquisat par lettres patentes d’août 1723, en récompense de sa belle conduite, lorsqu’il était consul d’Arles, pendant la peste de 1721. Dans sa « relation véritable de ce qui s’est passé dans la ville d’Arles en Provence, durant le fléau de la peste, l’an 1721« , qu’il dédie « à la gloire de Guillaume de Piquet, chevalier, marquis de Méjanes, l’antiquaire arlésien François Peilhe dit poétiquement:
Tu risquas beaucoup plus dans cette seule année
Qu’un soldat dans dix ans en servant dans l’armée
Dans ces temps de malheur, par tes soins, tu t’acquis
Avec juste raison le titre de Marquis.
C’est pour le même motif et à la même époque que Joseph de Clapiers, premier consul d’Aix, père du moraliste, fut fait marquis de Vauvenargues.
Jean Baptiste de PIQUET, sa vie, son oeuvre
Jean-Baptiste III Marie de Piquet, marquis de Méjanes et seigneur d’Albaron, le fondateur de la bibliothèque qui porte son nom, était fils de ce Guillaume et de Marie-Thérèse d’Aubergue.
Il fut baptisé en Arles le 5 août 1729 ; il fit ses études au collège de Louis-le Grand, à Paris, où il acquit aussi ses diplômes juridiques. Son droit terminé, il songea un instant à devenir magistrat ; il préféra l’indépendance et, négligeant une oisiveté que lui permettait sa grande fortune, il se consacra désormais à l’amour des livres et au bien de sa province.
Des services qu’il rendit comme consul d’Arles à partir de 1767, comme premier consul d’Aix en 1777 et, par conséquence, comme procureur du Pays, c’est-à-dire délégué permanent de l’assemblée des Communautés, ayant la charge de l’administration, avec des pouvoirs très étendus, notamment en matière de finances, de voirie, d’hygiène. Il faut en parler ici, car son patriotisme explique sa bibliothèque. Il a collectionné tout ce qui avait rapport a la Provence ; il a copié inlassablement de longs ouvrages, tels que celui de Raymond de Solier sur les antiquités provençales ou que l’Histoire d’Aix par P. J. de Haitze.
Telle fut sa pensée constante, celle que lui inspira ce testament du 20 mai 1786 par lequel il lègue tous les livres lui appartenant à la province de Provence sous la condition d’en tenir une bibliothèque ouverte en la ville d’Aix pour l’avantage du public. Et, a coté du premier livre qui nous vient de lui, nous conservons à la Méjanes sa dernière lettre, celle qu’il dicta de Parıs, le 30 septembre 1786, cinq jours avant sa mort, pour sa femme demeurée à Arles, lettre dans laquelle, avant les derniers adieux, il recommande de prier « M. Tinelly d’engager le Père Boeuf à donner après lui à la bibliothèque publique d’Aix l’apologie des Jésuites, ainsi que l’Histoire de la Ligue 2 volumes in-8° ».
Le Marquis de Méjanes, au dire des contemporains, était « de figure belle, ouverte et gracieuse ». Sa tempérance était extrême ; on lui a souvent ouï dire qu’il était étonné qu’un homme ne pût vivre et s’entretenir avec 400 francs par an. Il n’y avait que peu de meubles chez lui ; il était habillé fort simplement ; sa table était frugale, « Il n’y a qu’un article à l’égard duquel il n’a pas connu le poids de l’or, celui des livres« .
De fait, la description des effets mobiliers dont M. le Marquis de Méjanes a laissé la jouissance a Mme la Marquise, sa veuve, inventaire fait en 1787 et récemment publié par M. J. Parès, archiviste de Toulon, atteste bien ce goût pour l’économie. Dans la chambre de M. de Méjanes, tout était en étagères ou placards pour les livres. Deux on trois mauvais lambeaux de tapisserie en indienne, un très mauvais lit de banc, avec une paillasse, un mauvais fauteuil garni de toile dont un des bras est cassé, deux chaises de paille, une malle, une table à pieds de biche, son portrait, et c’est tout. Il est vrai que le marquis de Méjanes habitait depuis trois ans à Paris.
Mais l’épouse elle-même nous apporte un témoignage de la parcimonie de l’époux : « ll me prive de tout pour acheter des livres, écrit elle, je ne peux même pas porter des cierges à l’Eglise«
Buste du marquis de Méjanes conservé à la bibliothèque Méjanes d’Aix en Provence
Un homme peu aprécié des habitants d'Arles
Méjanes n’a jamais été aimé des Arlésiens ; aujourd’hui encore, ils ne lui pardonnent pas d’avoir fait dire à leurs consuls par l’intermédiaire de Mgr de Lau, archevêque, que s’il n’avait pas disposé de sa bibliothèque en faveur de la ville d’Arles, c’était uniquement parce qu’il avait pensé qu’elle serait plus utile, étant placée dans la ville d’Aix. De son vivant
il fut criblé d’épigrammes par les beaux esprits du pays. On se moquait de sa tournure, de sa manière de parler, de son maniaque amour des livres :
Qu’il est gentil !
Merveilleux marquis de Bredouille.
Qu’il est gentil !
Par sa figure et son babil !
Langage, esprit chez lui tout s’embrouille;
Il a tout l’air d’une citrouille.
Qu’il est gentil !
Qu’il est savant !
C’est une merveilleuse tête
Qu »il est savant !
Sas livres ont tout son argent,
Il les range dans sa tablette.
Et quelquefois les époussette.
Qu’il est savant !
Un homme érudit
Rien de plus faux. Il suffit de lire quelques-unes des notices que Méjanes écrivait sur les feuilles de garde de ses livres, pour connaître la très sûre érudition de ce grand bibliophile ; témoin celle qui est en tête de l’Hypnerotomachia Poliphili, où il complète les indications prises dans la bibliographie instructive de G. F. de Bure dont il s’est servi principalement. Non seulement il complète de Bure, mais encore, au besoin, il le corrige ; telle cette note en téte de l’Art des armées navales, du Père Paul Hoste (Lyon, Anisson et Posuel 1697, 1n-folio) où il dit : « M. de Bure, dans sa bibliographie, t. 2.p. 376, n• 2123, cite l’édition de Lyon donnée par Bruyset en 1727 et qu’il dit trés supérieure à celle de 1697. Je les ai collationnées toutes les deux ; elles sont parfaitement semblables et d’ailleurs M. Jean-Marie Bruyset m’a dit en 1772 que son père avait acheté le fonds de M. Anisson et avait fait imprimer un nouveau frontispice pour les exemplaires qui lui restaient de cet ouvrage. 1l ne s’en trouve plus dans son magasin ». On pourrait, en rassemblant ces notices, en utilisant aussi l’énorme correspondance du Marquis de Méjanes avec des érudits comme Séguier de Nîmes, Papor, Remerville Saint Quenlin, des libraires comme Brette de Grenoble, les David d’Aix et tant d’autres, apporter la plus précieuse contribution à l’histoire du livre, du XVe au XVIIIe siècle.
Les relations du Marquis avec les libraires
C’est surtout dans ses lettres aux libraires aixois David que se marque la tendance de Méjanes, que s’affirme son inclination, son « genre » comme il le dit, sa prédilection pour l’histoire. Il demande un rabais sur les prix qu’on lui propose, parce que, dans le lot, « il n’y a rien d’historique, ce qui rend à mes yeux cette collection bien moins intéressante. » Je ne donne dans les manuscrits écrit-il ailleurs, qu’autant qu’ils sont relatifs à l’histoire de France ou de Provence ».
Mais il ne faut pas le prendre au mot ; a-t-il la fantaisie d’un livre quel qu’il soit, il n’hésite pas à augmenter son offre, quitte à morigéner le libraire, à le menacer même : »Puisque vous n’avez pas trouvé, Monsieur, l’offre que je vous avais faite assez raisonnable, je consens bien à la pousser jusqu’à 84 livres (tournoi) quoique je sache que ces livres soient payés au delà de leur valeur, mais j’en ai fantaisie et j’aime mieux en donner 12 livres, de plus il me parait que vous êtes moins accommodant que par le passé…. j’aurais imaginé que vous eussiez fait moins de difficultés vis à vis de quelqu’un qui a pris chez vous une quantité aussi considérable de livres et il y a une espèce d’équité à faire en pareil cas tout le rabais possible, ne fût-ce qu’afin d’assurer la conservation d’une pratique aussi avantageuse et aussi utile.«
Parfois même, assez ingénument, il dénie tout intérêt aux livres qu’il brûle d’acheter ; «Je ne disconviens pas que les ouvrages d’Ochin ne soient rares et chers ; mais ce sont tous livres de pure fantaisie et je doute qu’en province on vous fit une offre plus avantageuse, ayant bien peu de gens assez fous (car c’est une véritable folie) pour rassembler des livres inutiles et que probablement on ne lira jamais… Quelque goût que j’ai pour les livres, je saurais en faire le sacrifice lorsqu’on exigera plus qu’on ne m’avait demandé et qu’on voudra se prévaloir de la fantaisie que je puis avoir marqué ».
Une bibliothèque fabuleuse
C’est ainsi, avec beaucoup d’érudition, de sagacité, de connaissance exacte de la valeur des livres qu’il a, de 1759 environ à 1786, formé sa bibliothèque qui comprenait à sa mort près de 100.000 volumes. L’histoire, son genre, y tient une place prépondérante avec, ce qui rend cette collection peut-être unique au monde, le trésor des recueils (près de 200.000 pièces), notamment la plupart de ceux de Fevret de Fontette, le continuateur du Père Lelong. Mais, à côté, que d’heureuses « fantaisies », en littérature surtout ! les rarissimes livrets provenant du duc de la Vallière, les mystère, les farces, les soties, les romans de chevalerie, les classiques magnifiquement habillés ! Jamais Méjane fait mention d’une reliure, cependant il en a rassemblé de splendides : Grolier, mosaïques de Derome ; l’armorial de la Méjanes fait de ce dépôt un véritable musée bibliographique. Tous les grands amateurs de l’ancien Régime y sont représentés : Longepierre, de Thou, d’Hoym, d’Aguesseau, Lauragais, Caumartin, Mme de Pompadour, Colbert, sans compter les livres aux armes de Souverains ou de grands personnages.
Méjanes , un grand bibliophile
Tous ces ouvrages, Méjanes ne faisait pas que de les « ranger dans sa tablette » ; il les identifiait et les commentait bibliographiquement. Fidèle à son penchant pour l’économie, il n’eut jamais d’aides pour cette tâche ; il rédigeait lui-même ses fiches au dos de cartes à jouer. Lorsqu’il ne pouvait avoir un ouvrage et que cependant un auteur et l’oeuvre manquaient à la collection, il se le faisait prêter et le copiait de sa main, comme le « Recueil fait au vray de la chevauchée de l’ane faite en la ville de Lyon (Lyon, Testefort, 1566). »
Méjanes, un mécène
Méjanes fut un grand bibliophile ; ce fut aussi un Mécène. Durant son consulat d’Aix, il encouragea et subventionna des publications qui intéressaient le pays, comme l’Histoire de Provence, par Papon, le Commentaire de Julien sur les statuts, sans parler de toutes les entreprises utiles pour le commerce et l’industrie (telles que les filatures de coton) qu’il provoquait ; soutenait et dotait généreusement.
Les legs de Méjanes
Il était venu habiter Paris trois ans auparavant, député en cour par la ville d’Arles et, dans ses dernières volontés, il prescrivit qu’on restituât à cette ville la somme de 41.800 livres qui lui avait été allouée pour les frais de ses députations et qu’il n’avait acceptée que provisoirement, pour ne pas froisser l’amour propre de ses collègues moins fortunés que lui.
C’est gràce à Mgr de Boisgelin archevêque d’Aix, président des Etats de Provence, que ce legs magnifique fut accepté ; que les livres qui étaient à Paris, à Avignon, à Arles, à Aix furent tous réunis au premier étage de l’Hôtel de Ville d’Aix, dans les anciennes salles des corporations, en attendant et l’on attend toujours que la Méjanes eût un logis digne d’elle.
Hommages post mortem
C’est Boisgelin qui déclara à l’assemblée : « J’ai cru prévenir le voeu de la province en faisant prendre le masque du défunt par Houdon. L’illustre sculpteur fera un buste qui sera placé dans la bibliothèque. Il en coûtera 1000 écus, payables moitié d’avance moitié à livraison ».
Les États de Provence, en acceptant le leg, firent fabriquer un timbre destiné à estampiller les livres, toujours en usage depuis lors.
C’est encore Mgr Boisgelin qui eut la prudence d’écarter de cette riche proie le dangereux abbé RIVE ancien bibliothécaire du duc de la Vallière et confia la garde du dépôt au Dr GIBELIN qui pendant toute la Révolution sut le faire oublier et le restitua intact.
La bibliothèque Méjanes en 1931
La bibliothèque Méjanes, mise par le gouvernement à la disposition et sous la surveillance du corps municipal fut inaugurée le 28 novembre 1810 par Mr de FORTIS, maire, en présence de nombreuses notabilités, parmi lesquelles figurait FOUCHÉ, duc d’Otrante, qui habitait alors sa sénatorerie d’Aix en Provence.
Depuis grâce à l’exemple de Méjanes, et au renom de cette collection incomparable, d’autres bibliothèques sont venues accroître le fonds primitif : cabinet Saint Vincent, legs BAUMIER, ROUX-ALPHÉRAN (si riche en documents locaux), d’ARBAUD de Jouques, documents intéressant l’ordre de Malte
ainsi que les archives des libraires aixois de M. de Méjanes : les DAVID données par leur arrière neveu Henri BREMOND de l’Académie française ; récemment, enfin, 20.000 ouvrages, manuscrits, incunables et autres imprimés, sans compter les estampes et les cartes, légués à la ville d’Aix par M. Auguste Pécoul.
La Méjanes possède actuellement 2.000 manuscrits, plus de 250.000 imprimés dont 400 incunables et environ 6 000 estampes,
portraits, plans et cartes.
L'hôtel de Méjanes
Octave TESSIER rédige, en 1887, un article dans le Petit Marseillais édité le 31 octobre. Amateur de meubles anciens, il s’imagine la société rassemblée dans les salons de l’hôtel du Marquis de Méjanes à Arles.
« J’ai précisément sous les yeux un document inédit des plus intéressants à ce point de vue spécial. C’est l’inventaire, rédigé en 1786, du mobilier de l’hôtel de M. le marquis de Méjanes, ancien consul de la ville l’Arles, procureur du pays et syndic de la noblesse de Provence. Or, cet inventaire décrit si bien l’ameublement de l’hôtel Méjanes, qu’il le fait revivre en quelque sorte, et permet d’en reconstituer les salons tels qu’ils étaient vers la fin du XVIIIème siècle.«
Nous n’avons pu nous empêcher de demander à ChatGPT de produire des images à partir des descriptions d’Octave TESSIER permettant ainsi à feu cet historien de la Provence de visionner enfin celles-ci.
Ci-dessous : le premier salon, le salon d’apparat et un couple d’invités de la Marquise de Méjanes, en regard, la description en question.
Le premier salon
Traversons l’antichambre où se tiennent debout empressés et respectueux François et Bourguignon, les deux laquais de M. le marquis de Méjanes, et Courtois, son valet de chambre ; et, sans nous faire annoncer, entrons avec les derniers invités dans le premier salon. L’ensemble des meubles, rouge et or, est de bon goût : tapisserie de brocatelle cramoisie avec baguettes dorées, sopha à trois places, huit fauteuils et deux chaises garnies de la même étoffe, en bois peint et doré ; rideau de taffetas cramoisi, console dorée avec dessus de marbre de brèche violette surmontée, comme la cheminée dont le marbre est de la même nuance, de très grandes glaces artistement encadrées. Aux deux côtés de la cheminée des bras à trois branches en bronze doré, ainsi que le feu. Une pendule et son support; sur une table dorée, un cabaret composé de six tasses et un service en porcelaine des Indes; quatre beaux tableaux avec leurs cadres dorés; un buste en marbre et un trictrac.
Le salon d'apparat
Les murs et le plafond sont en bois sculpté et doré; les meubles, somptueux et d’un grand style, remontent au règne de Louis XV et peut-être au-delà : deux ottomanes, huit fauteuils de velours d’Utrecht à plusieurs couleurs, douze chaises à cabriolet, garnies de velours vert et blanc; trois consoles, avec leurs dessus de marbre africain, surmontées, ainsi que la cheminée de grandes glaces sur lesquelles ont été peints des sujets galants; les bras, posés près de la cheminée et le feu, sont en or moulu. L’écran en bois doré est garni d’un canevas brodé. Des rideaux en taffetas de Chine aux trois fenêtres, un beau tapis d’Aubusson de la grandeur du salon, et un lustre de cristal à six branches suspendu au milieu du plafond complètent ce riche ameublement.
Un couple d'invités
- Robe coupée à la turque, en linon blanc, garnie de la plus belle dentelle d’Angleterre. Jupe de linon mite sur un transparent bleu, garni de trois grands falbalas de dentelle ; manchettes attachées en sabots, ornées d’une dentelle d’Angleterre, et liées au-dessus du coude avec un ruban rose formant un nœud sur le pliant du bras. Sur le cou ,un fichu de gaze très bouffant, attaché par devant avec un simple cœur d’or. Au-dessous du fichu, du côté gauche pendant sur la robe, un large médaillon en or, avec un chiffre gravé en couleur.
- Bonnet à la Grande Prêtresse, de gaze blanche, ceint d’un large ruban à raies bleues et blanches, formant une sorte de turban de bonnet à la Turque, et un gros nœud sur le devant. Au milieu du nœud une aigrette en soie défilée. façon de plume jaune, mouchets violets, et du coté droit une branche de rosier artificiel.
- Coiffure: Petites boucles détachées en grand nombre, six grosses boucles, placées sur trois rangs, tombant de chaque côté sur le sein; par derrière les cheveux liés très bas, en gros catogan à boucle renversée.
- Gants de peau blancs. Eventail rose uni.
- Souliers de gros de Naples rose, falbalassés d’un ruban blanc, et garnis sur le devant d’une large rosette blanche.
- A la ceinture, deux montres d’or émaillées, à queue de paon, garnies de chaînes d’or et de breloques.
- Le cavalier de cette élégante invitée est vêtu d’un habit habillé, de taffetas couleur de gorge de pigeon, brodé en argent, garni de boutons en camée (de la maison Dauffe), fond bleuâtre, entourés de diamants. La culotte et la veste sont pareilles et brodées de même. Manchettes d’Angleterre.
- Sous le bras, un très grand chapeau à plumet blanc. La garde de l’épée ornée d’un gros nœud de rubans, à raies violettes et blanches. – Bas blancs. Les boucles des souliers d’un ovale très large.
- Frisure à deux grosses et longues boucles, l’une en dessus et l’autre en dessous et à grecque faite en dos d’âne.