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Les débuts du gaz d’éclairage dans les villes de France (1830-1880)

Le français Philippe Lebon (1767-1804) est l’initiateur du gaz d’éclairage (en brûlant du bois). Sorti de l’Ecole des Ponts et Chaussées, il est le premier à pressentir toutes les applications qui étaient en germe dans ses expériences. Son gaz épuré, transporté, distribué, renouvellerait l’éclairage, permettrait le chauffage efficace et commode des locaux, la cuisson plus simple des aliments et même la force motrice. Malheureusement, Philippe Lebon décède le 1 er décembre 1804 à 36 ans sans avoir pu construire des installations commerciales pérennes qui auraient été la confirmation éclatante de ses vues et de ses solutions.

 Après quelques expériences d’éclairage limitées, l’anglais William Murdoch, à partir de 1803/1804, aiguillonné par les avancées de Lebon, multiplie les expériences uniquement avec des charbons. Il entreprend en 1804 un très gros chantier: une installation complète dans les vastes usines de tissage Phillips and Lee à Manchester. Il mettra trois ans à mener à bien cette installation et en fera communication à la Société Royale en 1808. Cette description fera sa gloire, car elle a été reproduite dans tous les manuels du XIXe siècle traitant de la fabrication du gaz. 

L’allemand  Frédéric-Albert Winsor, traducteur en allemand et en anglais du rapport de Lebon à l’Institut de France, s’installe en Angleterre où il fait breveter un appareil d’éclairage et de chauffage par le gaz. Soucieux surtout de faire des affaires, en profitant des circonstances, de mensonges sur la dangerosité du gaz (odeur, toxicité, possibilité d’explosion), il crée une société de production de gaz et de coke à partir de laquelle il étend ses affaires dans toute l’Europe. Après Londres (1812) vient Bruxelles (1818) puis Paris (1829).

Le mouvement est lancé. Après le temps des expérimentateurs plus ou moins audacieux, vient celui des pionniers, qui s’étend en France jusque vers 1850, dont le but est bien de constituer des implantations industrielles, efficaces et durables. La question est donc pour eux de capter l’intérêt des municipalités pour le gaz de ville et particulièrement pour l’éclairage public. Enfin, arrive le temps de la réussite où s’accomplissent toutes les ambitions et prédictions de Lebon. Au total, on peut conclure que, si le gaz combustible n’est pas une invention humaine, le « gaz de ville » l’est bel et bien, lui qui a inventé un nouvel environnement de vie et de travail.

Philippe LEBON
William MURDOCH
Frédéric Albert WINSOR

La production du gaz manufacturé

Pour produire du gaz d’éclairage, il est nécessaire de construire une véritable usine (à gaz !). Il est nécessaire de brûler par pyrolyse (nommée distillation) la matière première qu’est le  charbon pour en séparer le coke et le gaz. Le gaz doit subir une épuration des fines matières solides qu’i contient en le réfrigérant, le filtrant, le lavant. Puis il doit subir une autre épuration, celle-là chimique. Il est nécessaire de le stocker dans des gazomètres. De là, il faut le distribuer dans un réseau de conduits qui aboutissent au bec de gaz du réverbère.

Le gaz d’éclairage public à Montpellier (Hérault)

A partir de 1835 environ, l’éclairage public à l’huile est remplacé par l’éclarage public au gaz. Une usine à gaz est construite et gérée par la Compagnie du gaz du midi. Dans cette usine (dont le site est toujours occupé par GDF (ENGIE), on y craquait le charbon de Graissessac (commune du nord de l’Hérault). On brûlait ce charbon dans des cornues (des fours, procédé par pyrolyse), les plus longues d’Europe. De cette imparfaite combustion, on récupérait le gaz et le coke. Du coke était donné aux ouvriers pour en faire paver le sol ou en faire des cairons, ou bien encore s’en chauffer. Le meilleur coke était vendu aux habitants pour se chauffer.

Après un processus d’épuration, le gaz dit manufacturé est stocké dans des gazomètres sortes de cuves qui s’élèvent ou s’abaissent au rythme de la production et de la distribution.

Enfin, le gaz est conduit par un réseau de canalisations en différents matériaux plus ou moins étanche d’une cinquantaine de kilomètres pour alimenter un millier de becs de gaz.

En savoir plus sur le gaz d’éclairage dans l’Hérault sur le site de Mémoire pour l’Avenir.

C’est dans ce contexte que Hippolyte GINOUX de LACOCHE a été victime du gaz le 19 janvier 1842, rue de Castillon à Montpellier.

L'usine à Gaz de Montpellier en 1830
Réverbère place de la Comédie à Montpellier

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