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La vengeance de Charles Quint en Artois (1553)

Carte établi par Olivier Blamangin dans Archéopages n°39

Les guerres d’Italie, qui ont marqué le tournant des XVe et XVIe siècles, ont été lancées par Charles VIII en 1494, avec l’ambition de conquérir le royaume de Naples et de revendiquer l’héritage des Anjou. Poursuivies par Louis XII, qui cherchait à affirmer les droits français sur Milan et Naples, ces conflits se sont intensifiés sous François Ier, dont les victoires éclatantes, comme celle de Marignan (1515), ont alterné avec des défaites cuisantes, comme sa capture à Pavie (1525). Enfin, Henri II, fils de François Ier, a mené la dixième et la onzième et dernière guerre d’Italie (1552-1559), prolongeant cette rivalité acharnée contre les Habsbourg.

C’est dans ce contexte de tensions ininterrompues que Charles Quint, empereur du Saint-Empire et roi d’Espagne, subit un échec retentissant devant Metz en 1552. Incapable de prendre la ville, il reporta sa colère sur l’Artois, une région stratégique et symbolique. Sa réponse fut impitoyable : la prise et le rasement total de Thérouanne, une cité fortifiée, ainsi que celle de Hesdin (Vieil Hesdin, aujourd’hui), avec une brutalité inédite pour l’époque, incluant la destruction des édifices religieux. Ces actes, bien plus que des victoires militaires, furent une vengeance calculée, visant à briser la résistance locale et à marquer durablement les esprits.

Mais au-delà des pierres détruites, c’est toute une région qui fut bouleversée. Ces événements, souvent méconnus, éclairent une page sombre de l’histoire de l’Artois, où la politique, la guerre et la mémoire se mêlent étroitement.

La vengeance de Charles Quint en Artois

Charles Quint par Juan Pantoja de la Cruz / D’après Titien 

L’échec cuisant de Charles Quint devant Metz en 1552 marqua un tournant dans sa stratégie. Incapable de prendre la ville malgré un siège prolongé, l’empereur, humilié, décida de reporter sa colère sur une région symbolique et stratégique : l’Artois. Sa réponse fut sans pitié, et les conséquences pour les villes de Thérouanne et d’Hesdin furent dévastatrices.

Le siège et la destruction de Thérouanne

Le siège de Thérouanne 1553 – British Museum

Une ville stratégique

Thérouanne, située en Artois, était une place forte et un centre religieux important, abritant un évêché influent. Son contrôle était essentiel pour affaiblir la présence française dans la région.

Le siège de 1553

Après avoir échoué à Metz, Charles Quint tourna son attention vers Thérouanne. La ville, bien défendue, résista vaillamment, mais les forces impériales finirent par l’emporter. Un des officiers défendant la ville était Jean Baptiste de FORBIN JANSON de Provence. Il fut fait prisonnier emmené à Saint Omer et exécuté. Contrairement aux coutumes de l’époque, qui épargnaient généralement les édifices religieux, Charles Quint ordonna le rasement total de la ville, y compris ses églises et ses monastères. Cet acte, sans précédent, envoyait un message clair : toute résistance serait punie avec une sévérité extrême.

Le transfert de l’évêché à Saint-Omer

Pour achever de briser l’influence de Thérouanne, Charles Quint fit transférer l’évêché à Saint-Omer. Ce geste avait une double portée : affaiblir la région en la privant d’un centre spirituel, et marquer symboliquement la victoire impériale sur l’Église locale.

La destruction d'Hesdin

Plan de l’ancienne ville d’Hesdin avant 1553 (association des amis du site historique de Vieil-Hesdin)

Une cité historique annéantie

Hesdin, une autre place forte de l’Artois, fut la prochaine cible de la colère de Charles Quint. Comme pour Thérouanne, l’empereur ordonna sa destruction complète. L’empereur fit construire une autre ville (aujourd’hui Hesdin) à 6 kilomètres de là. Aujourd’hui, ce n’est plus qu’un village nommé Vieil Hesdin, bâti sur les ruines de cette ville qui était un symbole de la résistance artoise.

C’est la commune sur laquelle le château d’Estruval a été construit à partir d’un pavillon de chasse. Charles THÉROUANNE l’a acheté comme bien national (incendié) à la Révolution. Le couple Charles GINOUX DEFERMON et Berthe THÉROUANNE y demeurera une dizaine d’années entre 1863 et 1872.

Un acte de terreur

Le rasement de Hesdin ne se limita pas aux fortifications. Le château des ducs de Bourgogne (ancêtres de Charles Quint), les habitations, les édifices publics et les lieux de culte furent réduits en ruines. Contrairement à Thérouanne, le couvent des clarisses en dehors des fortifications fut épargné. Le couvent des soeurs noires (religieuses de Saint François, hospitalières habillées en noir, créant des oeuvres de charité, enseignant aux jeunes filles pauvres…) n’eut pas cette chance. Cette destruction systématique visait à effacer toute trace de rébellion et à décourager toute velléité de résistance dans la région.

Une vengeance sans précédent

La rupture avec les coutumes de guerre

Jusqu’alors, les conflits en Europe épargnaient généralement les édifices religieux et les populations civiles. En ordonnant la destruction totale de Thérouanne et de Hesdin, y compris leurs églises, Charles Quint rompit avec ces traditions. Cet acte montrait sa détermination à utiliser la terreur comme arme politique.

Un message politique fort

Ces destructions n’étaient pas seulement des victoires militaires. Elles étaient avant tout un message adressé à la France et à l’Europe : Charles Quint était prêt à aller jusqu’aux extrêmes pour protéger ses intérêts et punir ses ennemis.

Conclusion

La vengeance de Charles Quint en Artois est bien plus qu’un simple épisode des guerres d’Italie : c’est un moment charnière où la brutalité, la stratégie et le symbolisme se sont rencontrés pour marquer durablement une région. En rasant Thérouanne et le Vieux-Hesdin, en transférant l’évêché à Saint-Omer, et en exécutant des figures comme Jean-Baptiste de Forbin-Janson, l’empereur a envoyé un message clair à ses adversaires : la résistance aurait un prix.

Ces événements, souvent éclipsés par des batailles plus célèbres, méritent d’être rappelés. Ils nous rappellent que l’histoire ne se construit pas seulement par les victoires, mais aussi par les défaites, les destructions et les actes de répression qui ont façonné les sociétés et les territoires.

Enfin, cette page sombre de l’histoire de l’Artois nous invite à réfléchir sur la nature de la vengeance en politique : un outil de pouvoir, certes, mais aussi une force destructrice qui laisse des cicatrices bien au-delà des champs de bataille.

Sources

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