Table des matières
Sources
- DICTIONNAIRE CHRONOLOGIQUE DES MEMBRES DE LA FAMILLE DE FORBIN (XIVe – XIXe s.) Edition des notes réunies par Georges de Forbin des Issarts (1874-1964) établie et annotée par Françoise de Forbin, conservateur en chef honoraire du Patrimoine et Alexandre Mahue-Deloffre, docteur en Histoire de l’Art. De la page 240 à la page 249.
Jean III de FORBIN de Marseille à la Durance
1472 - Naissance de Jean fils de Jean II
Jean III de Forbin était le troisième fils de Jean II, seigneur de la Barben et de Marthone delli Pazzi, mais par la mort de ses deux aînés, il se trouva le chef de la famille dès l’an 1500.
1497 - Un jeune marseillais, homme d'affaires avisé
Le 6 novembre 1497, avec son frère Bernardin, il prend à ferme pour quatre ans les revenus de l’archevêché d’Aix ; leur père ratifie l’acte, parce que Bernardin, comme fils de famille, ne pouvait s’engager sans son autorisation. Jean III n’en ayant pas besoin, on doit supposer qu’il avait dépassé 25 ans. Huit jours plus tard, les deux frères admettent Jacques de Scalis (ou d’Escalis) et Paul de Forbin comme associés à cette ferme pour un quart.
Le 31 décembre 1499, Jean et Bernardin donnent commission à Guillaume de la Lande pour poursuivre et faire incarcérer Jacques Perrin, d’Aix, leur débiteur, et pour recouvrer toutes les sommes qui leur sont dues à raison de la ferme de l’archevêché d’Aix. Tous deux nolisent ensuite le 3 février 1500, avec leur frère Pierre, un galion de la portée de 1500 setiers, dont le maître et patron, Johannico Rodrigo, alias Portuguès, leur promet de se rendre à Agde, en Languedoc, pour y prendre un plein chargement de blé, qu’il portera à Gênes ; il recevra 8 gros par émine, mesure de Gênes.
1498 - Un héritier exécuteur testamentaire
Dans son testament du 6 juin 1498, son père lui lègue sa maison située sur la rive du port (de Marseille), avec ses dépendances, une autre maison, où demeure Jacques d’Escalis, dans la rue des Changeurs ou des Crottes, avec diverses dépendances, écurie, poulailler, etc. ; plus un verger situé au bourg Saint-Louis, la bastide récemment achetée par devant le notaire Darneti et située à Marseille, au quartier de la Caravelle, avec tout son « affar » mais sous la condition que ledit Jean donnera à son frère Bernardin, autre fils du testateur, la somme de 1500 florins. Jean et Bernardin devront vivre et mener leurs affaires en commun pendant cinq ans après la mort du testateur ; le paiement des 1500 florins se fera dans ce cas, moitié un an après le dernier jour des cinq années, moitié un an plus tard ; en cas de séparation des deux frères avant ce terme il se fera, moitié un an après la séparation, moitié un an plus tard. Le testateur tient son fils Jean quitte des 1400 florins qu’il lui a donnés précédemment pour ses affaires, et il désigne Jean pour être avec Bernardin héritier par égales parts de tous les biens dont il n’a pas disposé autrement.
Le 6 septembre 1499, M. de la Barben émancipait Jean et Bernardin, ses deux fils, leur donnant la liberté nécessaire pour négocier, contracter et plaider, indépendamment de son autorité paternelle.
1500 - De difficiles partages d'héritages
Jean figure ensuite dans le testament fait par son frère Pierre, le 29 juillet 1500. Pierre lui lègue, pour tous les droits de légitime, de frère (frayresquae) ou autres, les 4000 florins que leur père lui avait donnés dans son contrat de mariage, reçu par Rollet Picquet, notaire d’Aix, sous sa date, mais à la condition que Jean tiendra sa femme, qu’il institue héritière, quitte des 550 florins que lui, Pierre, devait payer à ses frères, Jean et Bernardin, héritiers de leur père, pour le dernier terme de l’arrentement de la Barben, tenu par lui.
Quelques difficultés s’élevèrent entre les deux frères, Jean et Bernardin au sujet des successions de leur père et de leurs frères. Sur le conseil de Palamède de Forbin, seigneur de Solliès, leur oncle, de Guiran de Simiane, seigneur de Caseneuve, leur beau-frère, et de Michel de Forbin, seigneur de Gardanne, leur cousin germain, ils passèrent, le 18 septembre 1500, une transaction au terme de laquelle Jean abandonne à Marie de Simiane, veuve et héritière de Pierre, les droits qu’il pouvait avoir contre ce dernier à l’occasion de la société en commandite qu’il avait formée avec le seigneur de Solliès et Ottobon Spinola, plus les 550 florins dont Pierre était tenu envers leur père ; Jean remit en outre à Bernardin ce qui pouvait lui appartenir sur les 4000 florins que Jean, leur père, avait donné à Pierre. En échange, Bernardin abandonne à Jean les 1500 florins que celui-ci devait lui payer suivant le testament de leur père, plus sa part d’une cense annuelle de 20 salmées de blé due par Michel Régis pour sa terre du Plan d’Allen, ses droits contre Antoine de Venelles et sa moitié des meubles que Jean, leur père, possédait à Marseille.
On trouve en 1501 une quittance où figure Jean de Forbin, alors consul de Marseille, relative à la fondation par son père d’une messe perpétuelle et quotidienne dans l’église des frères mineurs de Marseille, à la chapelle des Forbin, qui portait le titre de la Transfiguration.
Plan de Marseille en 1574 dans G. Braun, Cosmographie universelle
Mariage de Jean de FORBIN et de Antoinette de LA TERRE
1504 - Le contrat de mariage
Le 15 octobre 1504, noble Jean Forbin, fils de noble et généreux Jean, en son vivant seigneur de la Barben, passa contrat de mariage avec noble Antoinette de la Terre, fille de noble Pierre de la Terre, majeure de 15 ans, mais mineure de 25 ans (NDRL : Antoinette a 15 ans mais ne possède pas tous ses droits dont elle jouira à 25 ans), ainsi que le démontre évidemment l’aspect de sa personne, et procédant avec le concours de noble Jean de la Terre, son oncle, seigneur de Janson, de la Roque d’Anthéron, de Villelaure et de Trésémines.
La fiancée se constitue en dot tous ses biens et droits. Son oncle lui fait donation des châteaux et juridictions de Janson, de la Roque d’Anthéron, de Villelaure et de Trésémines, et du péage de Gontard avec tous leurs droits et dépendances : vassaux, mère et mixte empire (NDRL : mère empire = merum imperium = haute justice ; mixte empire = mixtum imperium = moyenne et basse justice), cens, services, lods, trèzains, tasques, pulvérages, moulins, granges, bois, eaux et leurs décours, vignes, prés, vergers, jardins, terres cultes et incultes, etc. Le donateur se réserve l’usufruit des biens donnés et 100 écus dont il pourra disposer à sa volonté.
Mais Antoinette de la Terre renonce à tous les biens paternels et maternels qu’elle peut avoir en Touraine. Si Jean vient à décéder sans enfants, quod Deus avertat, Antoinette prendra sur ses biens la somme de 2500 écus, et, si Antoinette meurt la première, Jean prendra les seigneuries de Villelaure et Trésémines, à moins que les héritiers d’Antoinette ne préfèrent lui verser 2500 écus. Dans le délai de sept ans après la consommation du mariage, Jean sera tenu de verser 1200 écus sol à noble Pierre de la Terre, fils de Pierre de la Terre, celui-ci frère de Jean de la Terre. L’acte est passé dans la maison et forteresse, in domo et arce, de Janson, dans la chambre sur la cour.
L’année suivante, 1505, et le 12 juin, Jean de Forbin, seigneur de Villelaure, Janson, la Roque et Trésémines, comme mari et au nom de noble Antoinette de la Terre, faisait hommage de ces seigneuries et prêtait serment de fidélité au roi Louis XII.
1504 - De nouveaux apports d'argent
Quelques jours plus tôt, le 25 mai 1505, magnifique et puissant homme René Cossa, comte de Troyes au royaume de Naples, baron de Grimaud, etc., ordonnait dans son testament de rembourser ce qu’il devait à noble homme Jean de Forbin, de Marseille. Il était, cette même année 1505, premier consul de Marseille, dans des conditions qu’il est bon de rappeler :
« les consuls élus en 1504 », nous dit-on, « n’acceptèrent leur nomination qu’à la condition expresse qu’ils serait pourvu à leur remplacement dans le cas où la peste reparaîtrait à Marseille. La prévision ne se réalisa que trop et le conseil de la commune, assez complaisant pour accepter de pareils hommes, eut à leur subroger, en 1505, en présence du fléau dévastateur, M.M. Jean de Forbin, Jean de Paule et Bertrand de Ruffi ». D’après le même ouvrage, Jean fut encore viguier de Marseille en 1514.
1507 - La fondation du village de Janson, futur Saint Estève Janson
Les seigneuries données en dot à Antoinette de la Terre étaient inhabitées. C’est à elle et à son mari que sont dues les fondations des villages de Saint-Estève Janson, de la Roque d’Anthéron et de Villellaure.
Jean et Antoinette consentent l’acte d’habitation de Janson, le 4 août 1507, en faveur de Simon Aquilon, Monet Régis (pour lui et pour ses frères, Claude et Pierre Régis), Etienne Régis, Pierre Vincens, Jean Seguin et Jacques Barthélémy, du lieu de Lourmarin, qui devront se reconnaître pour leurs sujets et vassaux et leur prêter serment de fidélité.
Les seigneurs de Janson resteront seigneurs directs et légitimes et
- devront faire rendre la justice par des officiers capables ;
- ils donneront les terres à nouveau bail et emphytéose moyennant 12 poules grasses pour l’hommage ;
- ils se réservent
- tous les bâtiments de la forteresse de Janson,
- les moulins et droits de moulins,
- une réserve de pêche (pesquier)
- la septième partie de tous les blés, légumes et autres grains, payable à l’aire après mondage et nettoyage des grains et après le paiement des droits de dîme et de foulage,
- les droits de lods et trézain, de rétention par prélation,
- une cense annuelle d’un demi-gros par carteyrade de vigne et
- la neuvième partie des raisins, des olives et des amandes,
- trois gros par septerée de prés,
- la septième partie du chanvre et
- une poule pour chaque jardin.
- Les seigneurs abandonnent aux habitants une bastide et un cazal découvert, situé au terroir de Janson, lieu dit Saint-Estève et les autres cazals qui y sont (c’est là que les habitants doivent faire construire leurs maisons, étables et granges), sous la cense de deux poules par cazal ;
- les habitants devront faire fouler leurs blés par les « èques » (NDRL: les équins) des seigneurs, moyennant le 20e du blé ;
- ils pourront avoir des fours, moyennant une charge de blé anone (NDRL : environ 125 kg) par chef de maison.
- Ils devront moudre aux moulins des seigneurs ;
- ils ne pourront couper de bois vert que pour bâtir dans le terroir, et
- ne pourront, pendant les mois de juin, juillet et août, se servir des eaux que les jours de fêtes et, la veille, après le soleil couché, et le reste de l’année, deux jours par semaine.
- Les seigneurs pourront faire dépaître tout leur bétail à leur volonté.
- Chaque chef de maison donnera chaque année, gratuitement une journée de faucheur ;
- les habitants pourront chasser les bêtes sauvages avec l’arbalète, mais non avec chiens, furets, lacets ou autres instruments ;
- ils pourront pêcher dans la Durance,
- ils ne pourront avoir de pigeons.
- Ils contribueront pour un tiers à la construction d’une église, les seigneurs contribuant pour un autre tiers, et le chapitre Saint-Sauveur d’Aix auxquels la dîme des fruits appartient, pour le dernier tiers.
L’acte est passé à la bastide de Janson, au-devant de l’entrée d’icelle, et les habitants prêtent ensuite l’hommage et le serment de fidélité, à deux genoux, la tête découverte et sans ceinture, ayant chacun les mains jointes entre les mains du seigneur, et de là mises sur le texte des saints Évangiles, moyennant le baiser de la paix sur la joue ou les gants du seigneur, l’un après l’autre.
Ruines du château de Janson à Saint-Estève Janson (Bouches du Rhône)
1510 - Vente des biens de Marseille
Jean vendit ses biens de Marseille en 1510, mais à qui ? D’après les notes du marquis de Boisgelin, l’acquéreur était Marc Chaussegros Poissard, seigneur de Mimet, et l’acte aurait été passé avant le 14 mars 1510 par devant B. Borilli, notaire à Aix (III. R. H. 164). D’après une note de moi, prise je ne sais où (peut-être à Carpentras, ms 1882, f. 154 ?) il aurait vendu ces biens à son frère Bernardin, par acte 18 mars 1510. Il faudrait voir ces registres…
1511 - Fondation du village de Villelaure
Voilà donc l’origine de Saint-Estève-Janson, mais cette commune s’est beaucoup moins développée que celle de Villelaure, dont l’acte d’habitation est du 8 janvier 1511 ; l’hommage vient ensuite, puis, le 28 octobre 1512, la réception de quelques autres habitants ; d’autres, les Savournin, de Cadenet, sont reçus en 1526-1528 mais Antoinette de la Terre fait aussi avec eux des échanges de terre, etc. Une copie authentique du rôle des tasques de Villelaure et de Trésémines est délivrée par Thomas de Valle, notaire de Lambesc.
1511 - Préparation de la fondation du village de La Roque d'Anthéron
Cette même année, le premier avril 1511, Jean de Forbin et Antoinette de la Terre obtenaient de Louis, marquis de Rothelin, grand sénéchal de Provence, des lettres portant défense à quiconque de s’établir dans la seigneurie de la Roque d’Anthéron contre leur volonté. Ces lettres furent publiées en divers endroits à la Roque le 4 avril. Il s’agissait sans doute de préserver les droits des seigneurs, tels qu’ils entendaient se les réserver dans l’acte d’habitation. D’après M. de Ribbe, en effet, la Roque d’Anthéron aurait été aussi l’objet d’un acte d’habitation, et même de deux, car il indique les deux dates, 1514 et 1521, mais on trouve aussi une référence à l’accord du 24 novembre 1504.
1513 - Des terres aux limites incertaines à défendre
En 1513, Jean de Forbin et Antoinette de la Terre ayant fait construire un bateau pour aller dans une île de la Durance qu’ils voulaient faire défricher, les seigneurs de Cadenet et de Meyrargues et la communauté de Pertuis le voulurent détruire et incendier, prétendant, le premier qu’il avait le droit exclusif de semblables bateaux de Janson jusqu’à Malemort, le second, de Peirollles à Janson, et la troisième prétendant avoir droit de pascuité (NDRL : droit de mener paître ses bêtes), lignérage (NDRL : couper ou ramasser du petit bois notamment pour le chauffage) et chasse dans ladite île, d’où procès, qui durait encore le 8 avril 1515.
Le 1er février 1513, ils passent une transaction avec le chapitre Saint-Sauveur d’Aix (prieur de Silvacane), au sujet de la terre de Gontard, [en partie dans le] territoire de l’abbaye de Silvacane.
Quelques actes relatifs à ces terres au temps de Jean de Forbin nous ont été conservés : le 18 avril 1515, lui et sa femme sont en procès avec les sieurs de Cadenet, d’Oraison, Meyrargues et la communauté de Pertuis.
Le 22 novembre 1515, Antoinette de la Terre et lui passent une transaction avec Louise Matheron, veuve de Rollin Barthélémy, président de la Chambre des comptes de Provence et tutrice de leurs enfants, et notamment d’Antoine Barthélémy, héritier de son père, au sujet de quelques terres sises à Trésémines, que Rollin avait pris à nouveau bail, le 3 avril 1510, par acte reçu par Jean Gantelmi, notaire à Aix. Il est convenu, entre autres choses, que Louise Matheron paiera au seigneur la tasque de ces terres au quatorzain.
1518 - De nouveaux héritages
Jean paraît dans les deux testaments de son frère Bernardin ; celui-ci, dans son premier testament, en date du 15 mars 1508, n’ayant pas encore d’enfants, l’institue son héritier ; dans le second, du 15 janvier 1516, il n’est plus que substitué aux deux fils du testateur, qui tous deux devaient laisser postérité. Mais la veuve de Bernardin, Melchione de Cabannes, a bien soin, lorsqu’elle teste à son tour, le 25 août 1518, de l’exclure de la tutelle de ses enfants, à cause du procès qu’il soutenait contre eux.
1520 - Des achats, transactions, échanges de biens
Jean de Forbin et Antoinette de la Terre achètent aussi une bastide appartenant à Giraud Boniface, et des terres en dépendant. Ils passent ensuite avec le couvent des frères mineurs d’Aix une transaction « touchant l’extinction d’une pension de douze charges blé, que lesdits mariés devaient au dit couvent, et la réduction d’autre pension de vingt-six charges de blé que ledit couvent avait à prendre sur la bastide dudit Giraud Boniface ».
Jean et Antoinette, seigneur et dame de Janson, Gontard et la Roque d’Anthéron, au comté de Provence, de Villelaure et Trésémines, au comté de Forcalquier, le tout dans le diocèse d’Aix, versent le 9 octobre 1520 à Pierre de la Terre, le jeune, fils d’autre Pierre et de Honorée de Pouha, leur frère et beau-frère, les 200 écus d’or dont ils se sont reconnus redevable envers lui, par transaction du 12 février 1518. Pierre de la Terre leur en donne quittance.
Ils obtiennent aussi, le 21 novembre 1520, la publication d’un monitoire, en vue de découvrir les détenteurs de biens et droits de la seigneurie de Janson, ainsi que la publication d’une bulle papale, obtenue par Jean de Forbin.
Le 10 janvier 1524, Jean de Forbin donne aux frères Collier l’investiture de trois terres sises au terroir de Villelaure.
Confirmation le 28 décembre 1526 par François Ier de la donation de Villelaure en faveur d’Antoinette de la Terre. Elle fut sans doute obtenue à cause du procès intenté par le procureur du roi, qui requérait la réunion à la couronne des quatre seigneuries (Villelaure, Trésémines, Janson et la Roque).
Par acte du 22 mars 1529 (Antoine Borilly, notaire à Aix), N. d’Andréa et sa femme, Jeanne de la Baume, échangèrent avec Giraud Boniface plusieurs propriétés à Villelaure. C’est sans doute à cela que se rapporte la transaction passée le 18 novembre 1529 entre les seigneurs et Giraud Boniface.
Le 20 mai 1529, en son absence, c’est Antoinette de la Terre qui accorde une investiture ; dans un autre parchemin, malheureusement incomplet du début, elle donne encore des terres à nouveau bail, surtout à la Roque d’Anthéron.
Mort de Jean III de FORBIN
1531 - Mort intestat de Jean
Jean de Forbin est encore dit vivant dans des lettres du parlement de Provence, le 1er février 1530. On le dit décédé dans une enquête commencée le 27 février 1532. Il semble être mort intestat.
Antoinette de LA TERRE, veuve et gestionnaire des biens familiaux
1532 - Les terres de Villelaure
Ces procédures se rapportent à un procès contre le vicomte de Cadenet, Antoine Honoré d’Oraison. Il s’agissait semble-t-il :
- d’abord, d’un conflit de limites entre Villelaure et Cadenet : la ligne divisoire, partant de Coste Eyguières (NDRL : nom d’aujourd’hui Cousteguière), suivant la grande Serrière, puis les vallons de Puygros et de Piemillet, atteint le torrent de Merderie, qui descend d’Ansouis vers la Durance et dont le seigneur de Cadenet avait fait modifier le cours pour faciliter l’écoulement des eaux ;
- il s’agissait en second lieu du droit de pacage dans les îles de la Durance, en face le terroir de la Roque d’Anthéron et de Gontard. « La damoiselle de Janson », c’était ainsi qu’elle signe, le revendiquait jusqu’au grand courant de la rivière et M. d’Oraison le contestait. Nous avons plusieurs enquêtes faites sur ces sujets, mais non la conclusion du procès.
1533 - Antoinette devient baronne
Des lettres patentes de François Ier, datées d’octobre 1533, érigent en baronnie les terres de Villelaure, Janson, la Roque, Trésémines et Gontard, en faveur d’Antoinette de la Terre et de ses successeurs et héritiers.
Le 5 mai 1534, Antoinette de la Terre obtient des maîtres rationaux (NDRL : magistrats financiers) des lettres l’autorisant à dériver les sauts du torrent de Merderie pour les conduire à un moulin qu’elle a fait construire au terroir de Villelaure.
Ce moulin, ou un autre, donna lieu à un procès, car on trouve un inventaire de production d’Antoinette de la Terre, pour prouver qu’elle seule est en droit d’avoir four et moulin.
En 1537, Antoinette de la Terre fournit un dénombrement de ses seigneuries. Elle avait obtenu (date ?) des lettres de François Ier, adressées à la Cour des comptes de Provence, ordonnant de proroger en sa faveur le délai de prestation de l’hommage.
Le 13 février 1538, elle reçoit quittance de 800 florins, en outre des 4000 florins déjà payés, sur la dot de 9000 florins, constituée par elle et ses fils Gaspard et Jean-Baptiste, à Marguerite de Forbin, sa fille, dans son contrat de mariage passé le 3 novembre 1534 par devant Imbert Borilli, notaire à Aix, avec Antoine de Valavoire, seigneur de Valavoire et de Volx, fils d’Elzéard de Valavoire et d’Anne de Rodulphe.
1541 - L'église de Villelaure en piteux état
Cependant l’église de Villelaure était en mauvais état, et des lettres royaux, données à Fontainebleau le 3 décembre 1540, avait ordonné une enquête à laquelle Jacques Guérin, lieutenant général à Pertuis ( ? ) procède le 7 avril 1541.
Il a visité les lieux, présents ou dûment appelés l’évêque de Senez, prieur de Villelaure, Jehan de Lyonne, vicaire de l’église paroissiale de Villelaure, l’archevêque d’Aix, «à cause du quarton qu’il prend sur ledit prieuré de Villelaure», le seigneur et les syndics du lieu, etc.
- Le Saint-Sacrement n’y est pas ;
- il n’y a ni fonds baptismaux ni crucifix ;
- pas de prêtre résidant, mais on vient dire la messe les dimanches et fêtes ;
- une seule chasuble ;
- ni cloche, ni calice, ni corporaux, ni livre, ni pierre sacrée ;
- le prêtre qui vient dire la messe est obligé d’apporter le tout.
- Ni chandelles, ni torches, ni lampe, ni huile, ni parement d’autel,
- « et la dite église demeure ouverte pour faute de porte et de serrure ;
- la toiture laisse passer la pluie ;
- il y a une vieille image de Notre-Dame
- et « certains petit retable » vieux et effacés.
- Et cependant le prieuré rapporte chaque année 100 charges de blé, sans y comprendre le « quarton » qu’y prend l’archevêque et qui lui vaut chaque année 40 charges de blé,
- le vicaire prenant de son côté trois charges et 35 écus d’or,
- et son fermier faisant dire le service en outre de son fermage.
- L’archevêque prétend d’ailleurs n’être tenu à aucun service, à aucune réparation en raison de son quarton.
Le commissaire considérant que le prieur touche la moitié du revenu du prieuré et toute la dîme, et cela depuis 25 ans qu’il en est pourvu, sans avoir fait aucune réparation, décide :
- qu’il devra employer la moitié de son revenu, soit le quart du total, réglementairement attribué à l’église et aux pauvres, à faire les réparations nécessaires,
- et si le revenu courant n’y suffit pas, il emploiera la moitié de ce qu’il a touché depuis qu’il est pourvu dudit prieuré, à savoir :
- qu’il fera couvrir et « croutter » de pierre ladite église,
- la tiendra « fermée de portes et serrures » ;
- qu’il fera clore et fermer le cimetière qui l’entoure, de manière que le bétail n’y puisse pas entrer ;
- il fera faire des fonds baptismaux,
- une custode « pour tenir honnêtement et honorablement Corpus Domini, un crucifix avec un honnête retable et ornements se d’autel, une chasuble « et vêtements honnêtes », avec calice, corporaux, pierre sacrée, et livre pour chanter messe, ensemble les « vinatières » d’étain pour tenir l’eau et le vin ;
- il fournira ou fera fournir les chandelles, torches, lampe et huile,
- une cloche « idoine et suffisante », pour convoquer le peuple à venir ouïr le divin service ;
- il fera barder l’églises de pierres.
- Il devra aussi faire bâtir la maison claustrale,
- et l’église Saint-Marc étant trop éloignée, on en fera bâtir une autre « en l’aire de dame Antoinette de la Terre »(n°353, inventaire de pièces).
- Le tout devra être fait dans l’année.
- Le vicaire devra résider à Villelaure, ou y faire résider un curé homme de bien, avec secondaire et diacre pour qu’il y ait la messe tous les jours,
- et que les sacrements puissent être administrés. Le vicaire étant notoirement absent dudit lieu et même de Provence, son temporel est mis sous la main du roi, pour assurer le service.
On est vraiment surpris et affligé de voir l’état de la paroisse de Villelaure à cette époque, et l’on comprend mieux les douloureux événements qui allaient s’y produire dès le début des discordes religieuses.
Nous trouvons mentionnés d’«autres papiers concernant la réparation et service de l’église de Villelaure, où est ordonné que le sieur prieur fera réparer l’église de la quarte part du revenu de son prieuré, et en cas que ladite quarte partie ne fût pas suffisante, qu’il le ferait de la quarte part perçue par le passé, et que l’archevêque ne serait en rien tenu de la quatrième partie qu’il prend du revenu dudit prieuré ; tiendrait ledit prieur et fournirait toutes choses nécessaires au service de la dite église, ferait bâtir une maison claustrale pour un curé et clerc. Le vicaire ferait demeurance audit lieu, ou bien un curé pour lui, qui chanterait messe les dimanches et autres fêtes, et pour ce que l’église de Saint-Marc était trop loin, que l’on en ferait bâtir une en lyère (l’aire ?) de dame Antoinette de la Terre, dame du dit Villelaure ».
Église paroissiale Saint Marc de Villelaure (Wikipédia)
1541 - Dénombrement des seigneuries d'Antoinette de LA TERRE
Le 31 octobre 1541, Antoinette de la Terre présenta au lieutenant général et commissaire du roi le dénombrement de ses seigneuries : « Je Antoinette de la Terre, baronne de Villelaure et Trésémines, dame de Janson, la Roque d’Anthéron et de Gontard, fais mon manifeste et dénombrement des fiefs que j’ai, tiens et possède en ce pays de Provence : la place et baronnie de Villelaure et Trésémines, la place et château de Janson, la place et château de la Roque d’Anthéron, la seigneurie de Gontard », le tout avec pleine juridiction, et elle signe : « la damoiselle de Janson »
1542 - Le procès contre les habitants de Pertuis
Nous trouvons l’année suivante, le 14 novembre 1542, la trace d’un procès d’Antoinette de la Terre contre les habitants de Pertuis : quelques-uns d’entre eux avaient été gagés par le clavaire de Villelaure pour être venus « lignayrer » (NDRL : droit d’usage forestier accordé aux paysans pour couper, ramasser et emporter du menu bois mort) aux iscles de la Durance, ce dont ils prétendaient avoir le droit. Ils redemandaient leurs gages, et ne voulaient fournir caution que devant le lieutenant de sénéchal au siège d’Aix ; Antoinette voulait que ce fut devant ses officiers, et le lieutenant lui ayant donné tort, elle en appelle au Parlement. Un inventaire de production postérieure (XVIIe siècle ?) donne la date du 4 novembre 1542 pour un arrêt du parlement de Provence, sur appel d’une sentence du lieutenant du sénéchal ; il rejette la demande de restitution des gages pris en gagerie, sauf aux particuliers à se pourvoir devant les officiers de l’appelante, et sans préjudice de la question de la possession de l’usage et facultés prétendus qui sera jugée « au premier jour ».
Avant de partir pour les armées du roi en Picardie et en Champagne, Jean-Baptiste de Forbin, écuyer de Janson, fait son testament. Il y institue héritière sa mère, Antoinette de la Terre.
Le procureur juridictionnel de Villelaure fait faire une information contre Louis Boyer, notaire à Pertuis, qui avait fait rompre un chemin public à Villelaure , contre le droit public de la province et crier de la seigneurie de Villelaure , fait le 24 février 1547.
Le 5 août 1545, Thomas Agard reconnaît avoir reçu d’Antoinette de la Terre, 100 florins qu’il promet lui rendre avant la Pentecôte prochaine… en 1573, ils n’étaient pas encore remboursés !
Autre procès, en 1549, d’Antoinette de la Terre contre Loys Boerii [Boyer], notaire de Pertuis, qui avait commencé de bâtir un four dans l’une des terres qu’il possédait à Villelaure , sous la directe de Madame de Janson, contrairement aux stipulations des reconnaissances. Le 25 mars 1549 et le 25 avril 1550, des criées sont faites à Villelaure et Trésémines
En 1550, le 28 mai, Antoinette de la Terre retient par droit de prélation un pré sis à Villelaure , acquis le 15 février précédent par Étienne Riquier des hoirs d’Anne de Grimault avec d’autres biens acquis par elle de François Lamy, seigneur de Labarry, valet de chambre du roi. Antoinette avait alors convenu avec Anne de Grimault qu’elle retiendrait ce pré ; la mort d’Anne avait empêché de régulariser la situation. Antoinette retient donc maintenant ce pré, de 3 charges 4 éminées ½ de semence, qui confronte notamment le chemin public de Pertuis à Cadenet et un pré de Madame de Janson, de long en long. On s’accorde sur le prix de 200 florins.
Madame de Janson, éprouvant des difficultés à faire faire les reconnaissances ordinaires par certains de ses emphytéotes, obtint, le 26 octobre 1552, des lettres de commandement pour les y contraindre. Nous possédons encore le livre qu’il fut fait sans doute à cette occasion : « S’ensuyvent les terres et possessions des tenantiers du terroir de Villelaure, tant tasquières, septainières que franches pour ma dame de jansson »
Signalons maintenant, le 6 août 1553, l’achat par magnifique dame Antoinette de la Terre, d’une maison à Pertuis, appartenant à Dominique de Sauvacane, marchand et sise au quartier de Viveri (NDRL : nouveau quartier du Vivier limitrophe de Villelaure). On mentionne sa grande salle, la chambre « bardade », la petite cuisine, la petite boutique et l’étable « foinguière ». Sont compris dans la vente une grande cuve « à bouillir raisins, 8 tonneaux de bois de chêne, 22 buffets de noyer, l’un à dossier et l’autre plan, un banc à dossier « encayssat » en noyer, « estant en la salle », plus un cabinet, un « contador » en sapin, un petit banc, un autre petit banc en sapin à dossier; les lods seront à la charge du vendeur, 20 écus plus 22 écus plus 14 florins. Le prix est de 500 écus d’or sol, dont 300 reçus antérieurement et 200 payés comptant.
La Bastide du quartier du Vivier à Pertuis achetée et habitée par Antoinette de la Terre puis devenu château rivalisant avec celui de La Tour d’Aigues par la volonté de son fils Gaspard de Forbin (Wikipédia)
1554 - Rappel et ratification des changements concernant l'acte d'habitation de La Roque d'Anthéron
Le 13 janvier 1554, on rappelle que, le 24 novembre 1514, Jean Forbin, écuyer et demoiselle Antoinette de la Terre, mariés, seigneur et dame de Janson, Villelaure, Trésémines et du lieu lors inhabité de la Roque d’Anthéron, Gontard, Sauvecanne, la Borde et Goyron, pour l’habitation du dit lieu, avait reçu à foi, hommage et acapte septante personnes qui avaient reconnu posséder les terres que les seigneurs leur avaient été départi sous leur majeure directe seigneurie, foi et hommage, sous les conditions portées dans l’acte par devant André Bessière, notaire d’Ansoïs, notamment qu’à défaut de prêter hommage et serment de fidélité aux temps requis, ils ne seraient plus tenus pour habitants dudit la Roque et ne pourraient jouir les franchises, libertés et immunités attachées à ce titre et seraient tenus de vendre leurs terres à d’autres habitants du dit lieu en payant lods et ventes.
Mais les habitants se trouvant trop nombreux pour le territoire, avait demandé la réduction de leur nombre à 50, avec diminution proportionnelle des 70 saumées de blé dues, d’où transaction passée le 7 janvier 1521, même notaire, André Bessière (Jean de Forbin alors décédé, semble-t-il). Mention de la captivité de Jean-Baptiste, fils de Jean et d’Antoinette, maintenant décédé, en la ville de Thérouanne et depuis rançonné et décédé ès mains des dits ennemis en la ville de Saint-Omer. On décide donc de passer une transaction sur les points contestés. La dame de la Roque consent que les habitants n’aient pas à participer aux dots des filles du seigneur, ou à sa rançon (ce qu’elle n’avait d’ailleurs jamais fait !) ; le droit de fournage sera limité à 50 saumées, même si le nombre des habitants dépasse 50 ; de même 50 florins et 150 poulailles à Noël, etc..Fait et passé à Villelaure, en la chambre du dormitoire de la maison d’habitation de ladite dame. Gilles Solier, notaire à Pertuis, et Jehan Solier, son frère, aussi not. à Pertuis. La ratification de la communauté de la Roque a lieu le 2 février 1554 (François Boniface, notaire à la Roque).
La transaction rappelle un certain nombre des stipulations de l’acte d’habitation ; Antoinette de la Terre donne l’impression de céder sur toute la ligne aux réclamations de ses sujets ; sur certains points, d’ailleurs elle rassure leurs esprits, qui n’ont pas eu lieu de s’inquiéter dans le passé. Ils craignent qu’on ne les impose pour constituer des dots aux filles du seigneur, ou payer sa rançon, mais on ne leur a rien demandé en pareille circonstance pour les filles et le second fils d’Antoinette. L’acte mentionnait le 7e des amandes, etc., on est d’accord pour dire que c’est le 9e , et Antoinette n’a jamais perçu que le 9e . Cet acte magnifiquement conservé, mériterait d’être examiné de plus près.
1554 - Autres affaires à traitées
Un inventaire d’archives mentionne encore une liasse de papiers « pour faire apparoir que la dite de la Terre a fait faire le moulin de Villelaure ».
Antoinette de la Terre avait promis 40 florins à Françoise Vermeret lors de son mariage avec François Silvy. Le 31 mars 1554, Silvy reconnaît avoir reçu 34 florins en un écu d’or sol et 5 charges de blé anone à six florins la charge. Le deux juin suivant, il reçut encore une charge et le 7 janvier 1555, 4 florins, ce qui semble le surpayer.
1554 - Les derniers mois d'Antoinette de LA TERRE
Madame de Janson survécut peu à ce paiement, car, le 21 janvier 1555, c’est son fils Gaspard qui rend l’hommage de la seigneurie de Villelaure. Elle avait testé le 31 mars 1552 (1551 vieux style), demandant à être ensevelie en l’église métropolitaine Saint-Sauveur d’Aix, faisant un legs particulier à ses filles, Marguerite, femme d’Antoine de Valavoire, et Françoise, femme d’Antoine de Bouliers, et instituant héritiers ses deux fils Gaspard et Jean-Baptiste.
« Et se remémorant ladite testatrice les qualités et conditions mises et apposées par feu Jean de la Terre, son oncle, en son contrat de mariage, a exposé qu’elle a ferme propos et délibération de faire donation universelle de ses dites baronnies, places et seigneuries auxdits Gaspard et Jean-Baptiste de Forbin ». Cette donation fut acceptée le 28 septembre suivant, par Jean-Baptiste, absent à l’époque du testament, mais il mourut avant sa mère. Elle fit un second testament le 20 février 1552.
Les enfants de Jean III de FORBIN et Antoinette de LA TERRE
GASPARD DE FORBIN
Gaspard de Forbin, fils aîné de Jean, et d’Antoinette de la Terre, paraît pour la première fois dans une quittance consentie par Antoine de Valavoire en sa faveur et en faveur de sa mère et de son frère Jean-Baptiste, pour une partie de la dot de Marguerite de Forbin, leur fille et sœur, femme du dit Valavoire. Sa biographie sera développée dans la génération suivante.
MARGUERITE DE FORBIN-JANSON
Marguerite de Forbin, fille aînée de Jean III, seigneur de Janson par son mariage, et d’Antoinette de la Terre, dame de Janson, épousa, par contrat du 3 novembre 1534, Antoine de Valavoire, seigneur de Volx, fils d’Elzéar, et d’Anne de Rodulf. Elle eut en dot 9000 florins de 16 sous pièce, dot constituée par sa mère et ses frères ; 4000 florins avaient été payés avant le 13 février 1538, et 800 florins sont payés ce jour là.
Elle reçoit un legs aux testaments de son frère Jean-Baptiste, et de sa mère. Devenue veuve Marguerite fait donation, le 28 septembre 1565, de 300 écus d’or, pour cause de noces, à sa fille Lucrèce, veuve de Gaspard Bompar, seigneur de Peiresc, laquelle passait ce jour là contrat de mariage avec son second mari, Honoré Somati, seigneur de Castellar et de la Tour des Jourdans, conseiller au Parlement de Provence. Le même jour, Marguerite et Lucrèce, « dame du Castellar » reconnaissent au profit de leur fils et frères, Jean et Gaspard de Valavoire, que si, dans le contrat de mariage Lucrèce avec feu Gaspard Bompar, sieur de Peiresc, reçu par Jean Bellon le 22 février 1559, il fut dit que son père lui donnait en dot 1600 écus et sa mère 200, en réalité il n’y eut que 1200 écus de dot, « le reste étant mis par simulation et feintise». De ce mariage n’était née qu’une fille, mariée à Reinaud Fabri, seigneur de Calas et baron de Rians, auquel elle apporta les terres de Peiresc et de Valavez ; ce sont les parents des femmes Peiresc. Mme de Valavoire figure le 2 juillet 1565 dans une « présentation » comme tutrice de ses enfants, ou plutôt, sans doute, de ses petits-enfants ; puis dans une cause civile, le premier février 1566.
Le 15 juin 1569, une sentence rendue en faveur de Claude de Simiane, conseiller au Parlement, lui est signifiée en sa qualité de tutrice des hoirs de feu Gaspard Bompar. Nous la trouvons encore, le 26 mai 1570, en procès contre J. de Baratier, curé de Vaumeil.
JEAN-BAPTISTE DE FORBIN
Jean-Baptiste de Forbin était le second fils de Jean III, et d’Antoinette de la Terre. Il paraît pour la première fois dans une quittance consentie le 13 février 1538 par Antoine de Valavoire en sa faveur et en faveur de sa mère et de son frère aîné Gaspard, pour une partie de la dot de Marguerite de Forbin, leur fille et soeur, femme du dit Valavoire. Le 29 mai 1544, au moment de partir pour rejoindre les armées du roi en Picardie et en Champagne, « l’écuyer de Janson » fit son testament ; s’il meurt en Provence, il veut être enseveli en l’église de Silvacane; il fait des legs à son frère Gaspard, à ses soeurs Marguerite, femme d’Antoine de Valavoire et Françoise, et désigne pour héritière sa mère, Antoinette de la Terre. De concert avec sa mère et son frère, il constitue à sa soeur Françoise une dot de 9000 florins, plus les robes et joyaux, dans le contrat de mariage qu’elle passe, le 15 novembre 1545, avec Antoine de Bouliers, seigneur de Saint-Michel, fils du vicomte de Reillanne. Le 31 mars 1551, Jean-Baptiste était institué héritier, en même temps que son frère Gaspard, par le testament de leur mère, qui en fit un second tout semblable le 20 février 1552.
Le premier testament est qualifié de donation universelle dans un acte du 28 septembre 1551, par lequel Jean-Baptiste, absent le 31 mars 1551, prévenu depuis par la copie qui lui fut envoyée et par les lettres de sa mère, y donne son adhésion expresse. Jean-Baptiste est alors au lieu-dit au Pont d’Aren, dans le terroir de Marseille, au chemin royal. Il donne en même temps pouvoir à plusieurs procureurs pratiquant en la sénéchaussée et siège d’Aix, de demander en son nom au lieutenant audit siège l’enregistrement de cette donation. Antoinette de la Terre donnait un pouvoir analogue le 18 février 1552.
Jean-Baptiste fit ensuite campagne mais il fut fait prisonnier et emmené en captivité en la ville de Thérouanne « et depuis rançonné et décédé ès mains des dits ennemis en la ville de Saint-Omer». Voir dans le contexte historique « la vengeance de charles Quint en Artois – 1553« .
Il s’était, avant sa mort, mais à une date que nous ignorons, rendu coupable sur la personne d’un certain Antoine Bouchard ; nous ignorons les détails de ce crime, qui précéda sans doute de peu la mort de Jean-Baptiste lui-même, car ce sont ses héritiers qui terminèrent le procès auquel il donna lieu. Le 13 janvier 1559, son frère Gaspard comme héritier bénéficiaire de Jean Baptiste, verse à François Bouchard, dit le capitaine Vaugines (NDRL : commune du Luberon près de Lourmarin), frère et héritier de la victime, la somme de 1000 livres que lui a attribuée par provision un arrêté du parlement de Provence du 8 juin précédent. D’après un acte 30 mai 1566, le procès pendant vient d’être terminé par une sentence arbitrale de Messire Antoine Scalin des Esmars [sic], baron de la Garde, assisté de plusieurs avocats et docteurs ès droits, aux termes de laquelle M. de la Fare, tuteur de Melchior de Forbin, fils et héritier de Gaspard, devra verser à François Bouchard la somme de 1800 livres, en outre de celle de 1200 livres, déjà adjugée par provision et payée.
FRANÇOISE DE FORBIN-JANSON
Françoise de Forbin, seconde fille de Jean III, seigneur de Janson par son mariage, et d’Antoinette de la Terre, dame de Janson, etc., passa contrat de mariage, le 15 novembre 1545, avec Antonin de Bolliers, seigneur de Saint-Michel, fils d’André, vicomte de Reillanne, et de Lucrèce de Valpergue. Sa mère et ses frères lui constituent une dot de 9000 florins, plus les robes et joyaux. On trouve une reconnaissance de douaire (dot ?) en sa faveur, le 3 février 1546. Elle reçut un legs aux testaments de son frère, Jean-Baptiste, et de sa mère.