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La guerre franco-allemande de 1870

Paris est alors sous la menace des Prussiens. Après la débâcle de Sedan et l’emprisonnement de Napoléon III, la République est déclarée en France. Le nouveau gouvernement refuse de reconnaître la défaite et s’engage dans le conflit.

Les Prussiens prennent la décision de foncer vers Paris pour y pousser les Français à la reddition.

Le 14 septembre 1870, les assaillants ne sont pas encore aux portes de Paris. Mais ils se rapprochent rapidement et dangereusement.

Le reste de l’armée française est rapatriée en urgence dans la capitale, auquel s’ajoute les gardes nationales et sédentaires constituées par des citoyens volontaires pour certains.

Il s’agit alors d’une force de près de 200 000 hommes. Aussi, pour le général Trochu, gouverneur de Paris et à la tête du gouvernement de défense national, il importe de renforcer leur mobilisation, avant un combat qui s’annonce bien difficile. C’est l’enjeu de la revue militaire du 13 septembre 1870.

Journal de guerre de Jean Louis MARTINEAU, vendéen

Présentation de Jean Louis MARTINEAU

Jean Louis MARTINEAU, né le 1er septembre 1845 à Beaulieu sous la Roche en Vendée, a 25 ans quand il est appelé à participer à la guerre franco-prussienne de 1870.

Suivant la hiérarchie militaire, il écrit appartenir à la 3ème Compagnie du 4ème Bataillon de mobiles de la Vendée. Ce dernier faisant partie du 35 ème Régiment de la 2ème Brigade, de la 5ème division sous le commandement du général en chef du 13e corps d’armée de la garde nationale mobile de chasseurs à pied, lui-même commandé par le Général de la 2ème armée de Paris. Cet appelé du contingent a pu se tromper dans les numéros, nous lui pardonnerons.

Tout au long de ses carnets, Jean Louis MARTINEAU nous fait part des informations en sa possession et de ses états d’âme. Nous sommes ainsi plongés dans le ressenti précieux d’un citoyen de l’époque.

Le carnet utilisé par Jean-Louis MARTINEAU a été retrouvé par un de ses descendants qui l’a transcrit et partagé aux autres descendants. Le texte de ce carnet est retranscrit par la rédaction du site ginoux.community afin de permettre une lecture plus aisée.

Journal du 13 au 30 septembre 1970

Nous sommes parti des Sables d’Olonne le mardi 13 septembre à midi et quart. Nous sommes arrivés à Paris le 14, à 9h00 du matin à bon port, joyeux et en pleine santé.

En arrivant à Paris, nous sommes descendus du train à la gare de Lyon et nous avons défilé sur le boulevard de Paris et la rue de Lyon sur quatre rangs. Nous sommes restés deux heures pour déjeuner. Après, nous sommes passés par les Invalides, sur la place du Champ-de-mars, sur la Seine, au palais des Tuileries et à la colonne Vendôme. Nous avons rejoint la place de l’Europe où nous sommes restés à faire des exercices.

Nous avions des billets de logement pour loger chez des propriétaires. Sur le mien est inscrit l’adresse de M. Cuque, propriétaire, au n°6 rue de Vienne.Pour atteindre mon lit, je doit monter 152 marches !

Après le 15, on nous a conduit au fort du Mont Valérien de Paris pour chercher des armes. Nous avons marché trois lieux en aller-retour et à la fin nous étions très fatigués.

Le lundi 20 septembre nous étions de garde au Cirque de l’Impératrice où nous avons couché une nuit. Le 22 septembre nous avons  travaillé au fort de la Double Couronne pour faire des fortifications et des mines. Le soir nous avons dormi au Cirque de l’Impératrice. Le 24 septembre nous étions de garde au Palais de l’Industrie où nous avons passé la nuit.

Le 25 septembre, nous étions sur les Champs-Elysées. nous avons fait des exercices jusque à 10h00. Puis, je suis allé visiter l’église Saint Augustin. je l’ai trouvée très jolie. Le soir nous n’avons pas d’exercice. J’en profite pour visiter l’église de la Trinité. Je la trouve beaucoup plus jolie que l’autre.

Le 26 septembre j’ai visité le Jardin des Plantes où j’ai vu toutes les espèces d’animaux qui se trouvent sur terre.

Aussi le 28 nous avons été passés en revue par le Général Inspecteur. Il a trouvé que nous faisions bien la manœuvre.

Le vendredi 30 septembre au matin, une cruelle bataille s’est déroulée à Villejuif. Les français ont été victorieux. Les prussiens ont levé la crosse pour se rendre. Et les français ne cessaient pas de tirer.

Journal du mois d’octobre 1870

 Après le 3 octobre, nous avons campé sur les Champs-Elysées. Nous sommes restés un jour et nous comptions bien y coucher le soir. Mais l’ordre de partir au fort d’Ivry est arrivé.

Nous sommes arrivés au fort le lendemain à 2 heures du matin. Nous entendions le canon tonner en faisant des flammes énormes. Nous n’étions pas très fiers.

Le 9 octobre j’ai assisté à la messe au fort d’Ivry. Je voyais le canon tirer.

Le vendredi 14 octobre, nous étions en train de travailler au fort d’Ivry quand une dépêche du général au commandant est arrivée pour demander au 4ème bataillon de partir au combat. Le capitaine nous a demandé de mettre le sac au dos et de partir directement à la brasserie d’Ivry. De là, nous devions attendre l’ordre pour y aller. Ordre qui n’est jamais arrivé. On nous a donné des tentes pour camper vers Bicêtre.

Le lundi 17 octobre, nous campons dans la tranchée de la redoute de Villejuif. Nous y avons passé la nuit. Il faisait un froid terrible et le matin, vers six à sept heures, des balles ont sifflé à nos oreilles. À 7 heures, nous sommes parti sur la redoute et nous y sommes restés jusqu’à 6 heures du soir.

Le vendredi 21 octobre, nous sommes sur les rangs à faire l’appel, quand arrive un ordre du commandant de partir au feu à Villejuif.  Nous y sommes restés pendant 4 heures. Après nous sommes retournés à la brasserie d’Ivry. Cette nuit là, les français on fait 2000 prisonniers prussiens.

Le 22 octobre, nous avons monté la garde dans une carrière, contre le fort d’Ivry. Vers 23h, une balle a rasé ma tête.

Le 23 octobre, nous avons monté la Grande Garde dans la tranchée de Saquet près de Villejuif. Nous n’avions pas encore fait feu quand le capitaine a tué un prussien et qu’un français a été blessé.

Le 27 octobre, nous avons monté la garde. La compagnie a placé une escouade aux postes suivants :

  • la carrière d’Ivry
  • Charenton
  • la Seine
  • Ivry
  • au chemin de fer

À partir de ce jour, le service est très pénible. Nous sommes aussi proche de l’ennemi que nous n’avons jamais été depuis que je suis soldat.

Le 28 octobre, le quatrième bataillon de la Vendée, dont je fais partie, est obligé, nuit et jour, à rester dans les tranchées, couché par terre, qu’il pleuve, vente, grêle, ou neige. Il nous faut dormir dehors tout en étant à près de 100 mètres des prussiens. De temps en temps, nous  recevons des obus qui éclatent parmi nous.

Le 29 octobre, nous avons monté la grande garde sur la redoute de Villejuif et nous avons passé une nuit pas très agréable. De 17 heures à 7 heures du matin, nous avons été trempés sans discontinué (et je ne mens pas !). Pas une seule minute de répit. Nous étions très misérables et nous avons beaucoup souffert notamment des pieds car nous étions dans la boue jusqu’aux genoux.

Le 31 octobre, nous avons reçu des sacs en toile, mais moi, j’en ai reçu un en cuir. Le service militaire en temps de guerre et bien misérable. Le militaire en temps de guerre est à plaindre, il est très malheureux. Je souhaite rentrer au pays. C’est une période de ma vie dont je me souviendrais avec beaucoup de tristesse.

Journal du mois de novembre 1870

Dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre, la révolution était à Paris. Certains voulaient égorger le Général TROCHU, d’autres se rendre à la Prusse et encore d’autres soutenir la Patrie.

Le jour de la Toussaint, nous voulions aller à la messe. Mais cela était impossible car nous attendions l’ordre de partir au feu. À 14 heures, un ordre du Général commandant la 13ème division de chasseurs à pied nous demande de rejoindre le fort de Bicêtre avec armes et bagages. Nous y restons 4 heures puis nous retournons à notre ancien poste.

Le 2 novembre, un nouvel ordre nous demande de nous rendre à Paris avec armes et bagages, la paix étant signée. Chacun d’entre nous pourra rentrer chez lui. Congé à 8 heures et départ à 14 heures. Mais à 14 heures, un contre-ordre nous informait que la paix n’était pas signée et nous demandait de rester à notre poste.

La trahison de BAZAINE

Dans la ville de Metz, le Maréchal BAZAINE s’est rendu à la Prusse à cause de la famine. De ce fait, nous avons perdu 170 000 hommes, désarmés maintenant. Il y a 60 000 habitants à Metz en plus des soldats. Depuis le début des hostilités, ils ont mangé 50 000 chevaux, 31 000 ânes et 10 000 chiens. Quand ils se sont rendus, cela faisait 3 jours qu’ils n’avaient mangé que des pommes de terre et d’autres légumes maraudés.

Mais quelques jours après, les Bavarois qui étaient du côté des Prussiens, ont perdu presque tous leurs bataillons excepté 50 000 déserteurs.

Le 28 novembre

Le moment est venu pour la France de vaincre ou de mourir. A bas toute pensée égoïste, tout calcul, toute crainte. Le devoir de chacun est tracé et ce n’est que par son accomplissement, sans réserves, que le pays pourra être sauvé !

Les quelques dépêches venues de Tours signalent que règne, dans les départements, l’enthousiasme le plus grand. Le gouvernement de Tours a appelé tous les hommes valides mariés ou non de 20 à 40 ans.

Laisserons-nous la France s’épuiser en nous secourant sans imiter son exemple, sans nous imposer les mêmes sacrifices ? Pourquoi ne mobilise-t-on pas une partie de la garde nationale ?

Un second appel est, selon nous, nécessaire et des plus urgents. Nos amis sont partis, nous devons les suivre. Que les services intérieurs soit confiés à des hommes que l’âge et les aptitudes physiques le permettent ! Et aux hommes des services extérieurs que soit confiée la troupe des campagnes de guerre ! Qu’ils soient bien décidés à concourir à la défense du Pays.

Au salut de la France. Aux armes citoyens ! 

Combats du 29 novembre

Vers minuit, l’attaque a commencé aux forts de Bicêtre, d’Ivry et des Hautes Bruyères en avant de Choisy le Roy. Les fusillades et les canons n’ont pas cessé jusqu’à 7 heures. A 10 heures, les tirs ont repris et on a occupé Choisy le Roy. A midi, on l’a perdu. A 14 heures on l’a encore repris avec 150 pièces de canons. On a mené un rude combat.

Carte des fortifications de Paris - 1870
Le 30 novembre

Je suis sorti de l’hôpital de la place Jeanne d’Arc à midi. Nous nous sommes rendus au quai d’Orsay chercher nos armes. L’aide de camp nous a demandé d’aller au Val de Grâce chercher un reçu. Après cela, j’ai pris l’omnibus pour aller dormir à la Caserne des Isolés aux Invalides.

Journal du mois de décembre 1870 (prochainement)

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