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FORBIN GRIMAUD

Annibal de FORBIN, seigneur de La Roque d'Anthéron et Gontard

Annibal de Forbin était le second fils de Gaspard, seigneur de Janson, de Villelaure et de la Roque, et de Marguerite de Pontevès. Dans son testament du 6 avril 1563, son père lui lègue les terres de la Roque d’Anthéron et Gontard, et le substitue à son frère Melchior, pour le cas où celui-ci viendrait à mourir sans enfants.

Nous avons vu, dans la notice consacrée à sa mère, qu’il avait été placé sous la tutelle de Vincent de Forbin, seigneur de la Fare, cousin-germain de son père, et qu’en fait, c’était surtout sa mère qui s’était occupée des personnes et des biens de ses cinq orphelins, et d’Annibal en particulier.

Il figure dans différents actes, qui concernent d’abord son frère aîné, Melchior, en qualité d’héritier substitué de celui-ci, notamment dans une estime des biens paternels faite en mars 1571, ainsi que dans les comptes de sa mère, qui note, à propos des guerres de religion : «par lesdits troubles survenus, les portes et fenêtres de la maison de la Roque furent brûlées et ce qui était à la Roque saccagé ». C’est elle d’ailleurs qui administre la terre. Le 15 avril 1565, Antoine Bouche, adjudicataire de la ferme de Saint Estève, Janson et la Roque, lui cède ses droits ; Marguerite de Pontevès les sous-arrente le 20 août, au même prix de 1505 florins, mais « la magnifique damoyselle » se réserve l’île, la faculté de faire dépaître dans tous les lieux loués le bétail des sujets de la Roque, les juments et le bétail des rentiers de Villelaure, et on lui remettra 24 pièces de poulailles à chaque fête de Noël.

1563 - Ce qui reste des terres et habitations de La Roque d'Anthéron

À la mort de Gaspard de Forbin, en 1563, il y avait à la Roque, nous dit son fils aîné, «une petite maison dans le lieu pour l’habitation du rentier ». On ne parle pas ici du château (l’ancien), qui existait cependant, puisqu’on nous dit ailleurs qu’il avait souffert des guerres de religion. On nous énumère ici plusieurs terres du domaine du seigneur, dont on cherche à rabaisser la valeur, puisqu’il s’agit de s’opposer à la demande en supplément des filles de Gaspard. Il y a là de 50 à 60 saumées, environ. La moitié du glandage, 540 florins, appartient à la communauté.

Au temps de son père « et longtemps après », le péage de Gontard n’était arrenté que 20 écus. Gontard et la terre du Debas était en commun avec le seigneur de Rognes, y compris la juridiction ; à la Roque, le seigneur ne possédait rien à la plaine, suivant la transaction passée avec le chapitre Saint-Sauveur d’Aix, excepté la haute juridiction, herbage et glandage, dont les sujets ont la moitié. En somme, il restait le septain des grains, le neuvain des raisins, olives, amandes et noix, 6 deniers par carteyrade de vigne, les habitants de Lambesc, comme « vieux habitants » ne les payant pas, et ils occupaient la moitié du terroir ! et ne payant que 5 à 6 charges de blé au seigneur ; la montagne de Goiron ne paie que 6 éminées de blé par an, et, le cas échéant, la moitié des lods, et M. de Guise est en indivision pour ce terroir. Les habitants d’Aix prétendent aussi avoir droit de pacage et de bosqueyrage. Le seigneur de Rognes a aussi certains droits.

Par une transaction passée par Antoinette de la Terre et Gaspard de Forbin, son fils, postérieurement à l’acte d’habitation, les anciens droits du seigneur avaient été remplacés par une redevance annuelle de 60 charges de blé et 150 poules. Mais le pire était qu’à cette époque les habitants, presque tous de la religion prétendue réformée, avaient abandonné leurs maisons et leurs biens : « dès le commencement des troubles, ledit lieu de la Roque a été grandement affligé et plus ruiné que point des autres, et les maisons ont été brûlées, ledit lieu de la Roque démoli et rendu inhabitable ». La maison de la Roque était réduite aux caves.

Par acte du 5 avril 1578, Melchior de Forbin, seigneur de Janson, en son nom et au nom d’Annibal, seigneur de la Roque, son frère, pour lequel il se fait fort, cède à Marguerite de Pontevès, leur mère, toutes les sommes dues par Vincent de Forbin, seigneur de la Fare, jadis leur tuteur, pour le reliquat de son administration tutélaire.

L’année suivante, 1579, et le 4 décembre, Annibal assiste au contrat de mariage de sa soeur Lucrèce, veuve de Annibal de Glandevès, sieur de Cuges, avec Antoine de Glandevès, vicomte de Pourrières, chevalier de l’ordre du Roi, conseiller en son conseil privé et gentilhomme de sa chambre. L’acte est passé au château de Pourrières.

Le 23 novembre 1580, Annibal consent une obligation de 90 écus d’or sol en faveur de François de Glandevès, seigneur de Cuges, son beau-frère, pour le prix d’achat d’un cheval barbe de poils gris, avec selle et bride ; il en reçut quittance le 14 novembre 1581, et fit canceller l’acte le 3 juillet 1595.

1586 - Mariage entre Annibal de FORBIN et Camille GRIMALDI

Le 1er février 1586, Annibal passa contrat de mariage avec Camille Grimaldi, fille de René, sieur d’Antibes, et de Yolande de Villeneuve ; Camille reçut en dot 5000 écus d’or sol. Elle reçut en outre un legs au testament de son père.

Le 12 avril 1586, Annibal donne une procuration à Melchior, seigneur de Janson, son frère, pour recevoir 100 écus sol de Jehan Perrin, marchand d’Aix, son rentier, somme due suivant acte passé chez Degramot, notaire à Aix, sous sa date.

Par acte du 1er avril 1587, Annibal reçut de sa mère cessions de 4348 florins, d’une part, 48 florins et 8 charges de blé d’autre part. En échange, il lui payait 1500 écus comptant et la « quittait » de certains dommages et intérêts, restitution de meubles, etc. Acte faux et simulé, diront plus tard ses soeurs : il a reçu (d’ailleurs moins de 1500 écus), et n’a rien donné. La preuve en est, ajoute-t-elle, que, dans son testament du 18 juillet 1607, Madame de Janson nomme «donation» cette session, faite sur le nommé Michellon.

Donation simulée également, prétendent-elles, que l’acquisition faite, le 30 avril 1588, des moulins de la Roque pour le prix de 13 [cents ?] écus ; la Roque n’assiste pas à l’acte qui est passé en présence de la dame de Janson et dans sa maison [à Pertuis ?] ; 1025 écus sont payés comptant, dit-on, mais c’est faux : Madame de Janson passe en même temps, devant le même notaire, en faveur de la communauté une obligation de 1000 écus, que la communauté cède à la Roque, qui s’en fait payer par sa mère.

1587 - Annibal de FORBIN prête de l'argent à Jean de PONTEVÈS, seigneur de Saint André (de la Mure)

Par acte du 4 décembre 1587, Jehan de Pontevès, seigneur de Saint-André, reconnaît avoir reçu d’Annibal de Forbin, seigneur de la Roque, la somme de 2511 écus 35 sol, qu’il promet lui rendre à la Saint-Michel prochaine.

Mais il ne tint pas sa promesse ; au contraire, il fit à Annibal de nouveaux emprunts, et quand celui-ci voulut être payé, des difficultés faillirent s’élever, Saint-André disant avoir remboursé 300 écus à Madame de Janson pour son fils, et invoquant aussi le « débordement des monnaies » à l’époque de ses emprunts. Le 31 janvier 1596, une transaction intervient, et Saint-André promit de verser 3400 écus sol à la Roque dans la quinzaine, les parties renonçant à se prévaloir, l’une du débordement des monnaies, l’autre des intérêts des sommes prêtées.

Mais M. de Saint-André ne s’exécuta pas davantage ; il emprunta de l’argent à Madame de Janson, d’une part, fit quelques paiements partiels de l’autre et passa de vie à trépas, devant encore à Annibal 3000 écus de capital et les intérêts depuis le 31 août 1602, suivant un compte arrêté le 26 septembre 1602 par devant Pélarquin, notaire à Bauduen, plus 400 écus, légués à Annibal par sa mère, sur plus grande somme à elle due…

1560 - Annibal de FORBIN, seigneur de Saint André

Gaspard de Pontevès, fils et héritier de Jean, se décida à donner en insolutumdation à M. de la Roque la place et seigneurie de Saint-André, avec juridiction haute, moyenne et basse, mère et mixte impère, fours et moulins, passages, péages, pulvérages, droits de leydes, lods et trézain, tasques, etc., en dépendant, domaine, maison seigneuriale, logis et autres bâtiments, plus ses domaines dans les terroirs voisins de Trouis ( ?) Méoulles et Moriez, le tout en paiement de 4347 écus 55 sous, pour tous capitaux et intérêts, avec faculté de rachat pendant cinq ans. L’acte est passé le 3 mars 1609, à Aix, dans la maison du seigneur de la Roque, par devant Jean Chabert, notaire à Lambesc.

Cette terre de Saint-André de la Mure était située dans la viguerie de Castellane. Elle avait appartenu à Gaspard de Vintimille, dont les seigneurs de Saint-André et de Sillans étaient héritiers. La dame du Revest, Sibylle de Pontevès, avait été colloquée pour sa part ( ?) de la succession sur cette terre pour 3235 écus 14 sous ; il lui restait dû 2301 écus 28 sous, que Mme de Janson, mère d’Annibal, aurait payé à sa soeur, et son frère s’obligea pour la même somme, plus une année d’intérêts envers M. de la Roque. J’avoue que je ne comprends pas… à moins que Saint-André, déjà débiteur de Madame de Janson, n’ait fini par abandonner la terre tout entière.

Le 29 mars 1610, la Cour des Comptes rendit un arrêt à la requête d’Annibal « demandeurs en exécution du rapport fait sur l’estimation des biens nobles dépendant du fief et juridiction de Saint-André, et séparation des roturiers et taillables joints à son acquisition ». Annibal en fit l’hommage devant la cour des comptes de Provence le 2 avril 1610.

Église de Saint André les Alpes – Wikimédia – photo de Patrice Semeria

1590 - La maison de la rue Saint Jean à Aix en Provence

Le 9 décembre 1590, Camille Grimaldi est marraine d’un fils de Charles d’Arcussia et de Marguerite de Forbin Janson. Son compère est Jean-Baptiste de Forbin ; son fils ? il n’aurait que trois ans ! Je pense qu’il s’agit plutôt du seigneur de Gardanne.

Le 18 avril 1590, Melchior de Forbin, seigneur de Janson, cède à son frère Annibal une maison qu’il avait à Aix rue Saint-Jean ; Marguerite de Pontevès, leur mère, devait en conserver la jouissance sa vie durant.

Annibal revendit cette maison à la comtesse de Sault, par acte du 9 novembre 1593 moyennant 4000 écus ; Madame de Janson la mère devait, en remplacement, jouir de diverses pensions.

Quand elle mourut, une transaction intervint le 21 janvier 1608535 entre Anibal et son frère, héritiers de leur mère, pour le paiement du prorata de ses pensions jusqu’au jour du décès.

L’acquisition de 1590, prétendirent plus tard leurs trois soeurs, Mmes de Cuges, de Pourrières et d’Esparron, avait été faite en réalité par Madame de Janson, leur mère, qui, dans l’un au moins de ses testaments, déclarait « que du temps de la Roque n’avait aucun moyen de faire l’acquisition, ne jouissant pas de sa rente à cause des guerres, et qu’à occasion de ce il était contraint de vivre chez ses parents avec sa famille ».

Mais avant cela, Annibal avait eu des difficultés au sujet de la vente de cette maison. En paiement de partie du prix, la comtesse de Sault lui avait cédé une pension de 100 écus au capital de 1200 écus, qu’elle avait sur la communauté de Rognes, comme cessionnaire de Dominique Savornin, de Cadenet, jadis fermier de Lourmarin. La communauté de Rognes avait commencé par refuser de payer la pension, puis la procédure en réduction des dettes des communautés était intervenue, un procès avait été entamé. Le 9 avril 1601, un arrêt du parlement de Provence réduisit le capital de 1200 écus à 450 et l’intérêt de 100 écus à 37 écus et demi, attendu le « débordement des monnaies » lors de l’obligation primitive, et condamna la comtesse de Sault à garantir à M. de la Roque la différence de 750 écus avec intérêts au denier 15, liquidés à 405 écus 14 sous.

Dans un compte du 16 janvier 1594, entre Marguerite de Pontevès, dame de Janson, et noble Antoine Dorgon son rentier de Villelaure, est mentionnée une somme de 60 écus payés par celui-ci à M. de la Roque et prise en charge par sa mère.

1594 - La construction du petit château de La Roque d'Anthéron

Le 28 décembre 1594, Annibal passait un prix fait avec trois maçons pour « parachever, bâtir et édifier un château et maison seigneuriale au lieu de la Roque composé de deux corps de logis avec ses quatre tours ».

Construction de château en 1594 – image générée après deux correctifs par l’IA ChatGPT à partir d’une carte postale des années 1900 – octobre 2026

1597 - Annibal devient seigneur de Turriers (Alpes de Haute Provence)

Le 30 mai 1597, Annibal de Forbin, seigneur de la Roque retient par prélation la place de Turriers. Il avait reçu du Roi le don de ce droit de lods !

Turriers appartenait au seigneur de Sillans, débiteur de Marguerite de Pontevès, qui se colloqua sur ce fief. Elle avait dès lors, prétendent ses filles, l’intention d’en disposer en faveur d’Annibal ; la rétention mentionnée ci-dessus n’était qu’une manière de dissimuler une donation. Mme de Janson n’a rien reçu de son fils et qui plus est, c’est elle qui fournit les deniers baillés alors à la dame du Revest, sa soeur. Elle légua à Annibal les 3000 écus soi-disant encore dûs sur le prix de cette terre.

1597 - Les bonnes oeuvres de la mère d'Annibal

Madame de Janson, mère d’Annibal avait, nous l’avons vu, consacré par acte du 6 mai 1597, une pension annuelle de 200 écus sur la communauté de Pertuis à des fondations charitables : 60 écus devaient être distribués chaque année à deux religieux carmes, l’un du couvent de Pertuis, l’autre du couvent d’Aix, ce dernier nommé par le seigneur de la Roque, « et c’est pour parachever leur cours à ladite faculté de théologie » ; 40 écus seraient employés en achat de drap que les consuls de Pertuis distribuaient à 26 (sic ?) pauvres, dont le tiers serait de la Roque ; 20 écus serviraient à doter de pauvres filles à marier, une année à Pertuis, une année à Villelaure, Janson et Saint-Étienne, et une année à la Roque ; les 80 écus restants serviraient à acheter du blé « consegal », que les consuls de Pertuis distribueraient, moitié à Noël, moitié au 1er mai, aux pauvres des mêmes lieux, soit un tiers pour ceux de la Roque.

Cette pension, constituée au denier 12, suivant l’usage de l’époque, fut soumise quelques années plus tard à la vérification et à la réduction nécessitées par l’insolvabilité des communautés. Après examen, le 1er février 1601, le commissaire Antoine Séguiran maintint le capital de 2400 écus, mais réduisit les intérêts au denier 15.

Une autre pension, de 83 écus 20 sols, au capital de 1000 écus, constituée par acte du 11 novembre 1593 et cédée depuis par Marguerite de Pontevès à son fils la Roque, est réduite à 959 écus 16 sol en capital, et à 79 écus 56 sols 4 denier, que l’on précompte sur les arrérages d’une autre pension.

D’après une quittance du 1er octobre 1605, Annibal aurait rétrocédé à sa mère, tant qu’elle vivrait, 112 livres 10 sols de pension, par acte du 18 décembre 1604.

1607 - La mère d'Annibal contribue à la construction d'un hôpital à La Roque d'Anthéron

Annibal de Forbin, sieur de la Roque et de Turriers, fut l’un des procureurs que sa soeur Lucrèce, vicomtesse de Pourrières, chargea de consentir en son nom une donation de 1200 écus à son fils Jean-Baptiste de Glandevès, sieur de Bauduen et du Cannet, lors de son mariage avec Ysabeau de Grasse du Bar. Elle approuva, ratifia et confirma cet acte le 19 janvier 1602.

Lors de la réception de sa fille Diane au monastère de Saint-Jean, à Cavaillon, le 17 août 1604, monsieur de la Roque lui promit une dot de 300 écus sol. Il en reçoit quittance de l’abbesse et des religieuses, le 8 novembre 1605, et promet en outre à sa fille une pension annuelle de 21 écus.

Peu de temps avant sa mort, le 19 février 1607, Marguerite de Pontevès avait donné à prix-fait la construction d’un hôpital à la Roque.

Peut-être cet acte ne fut-il pas suivi d’effet, car, le 20 décembre 1610, nous voyons Melchior de Forbin, seigneur de Janson, céder à son frère Annibal, seigneur de la Roque, une somme de 900 livres à prendre sur ses rentiers de Villelaure, moyennant quoi Annibal promet de faire bâtir cette hôpital.

Elle aurait aussi fourni 6000 écus pour le bâtiment du château et église du lieu de la Roque, et les meubles légués par elle à Annibal et sa femme vaudrait 1800 livres ; nous verrons que d’après Annibal ils ne valaient pas 200 écus !

Madame de Janson, nous dit-on, « semait à pleine main des bienfaits audit seigneur de Janson », son fils aîné ; mais Annibal savait défendre ses intérêts. Sa mère voulait leur faire signer à tous deux son testament de 1607 ; Janson signa ; la Roque refusa, « estimant que sa légitime montait beaucoup davantage que sadite mère ne lui laissait quoique ce qu’elle lui avait donné, tant auparavant que après ledit testament se monta à plus de trente mille écus; et pour le satisfaire la dame augmenta ses légats par son codicille du huitième juillet 1607… Elle n’a pas voulu être chiche envers la Roque ».

Annibal est en effet héritier particulier de sa mère, qui lui lègue ce qui lui restait dû sur le prix de la maison d’Aix vendue à la comtesse de Sault et 9000 livres qu’il lui devait sur la place de Turriers.

1607 - Annibal, l'héritier particulier de sa mère

À la mort de sa mère, Annibal fit valoir « plusieurs grandes prétentions… tant pour l’éviction de la dette de Michellon et Sauvecanne que ladite feue dame lui avait cédé en l’année mille cinq cent huitante sept et dont y a procès pendant par devant la cour de parlement de Provence, que aussi pour raison de l’éviction qu’il prétend pour le fait de la place de Turriers, dont y a aussi procès avec le sieur de Sillans, et pour la restitution de plusieurs sommes qu’il dit ladite dame avoir exigées de ses biens, fruits, rentes et dettes, tant de la dame comtesse de Sault, sieur de Saint André, que autres, lesquelles prétentions ledit sieur de la Roque présuppose se monter, avec les fruits et intérêts, à plus de 30 000 livres, et en considération desquelles ladite dame lui a fait de grands légats, par son testament et codicille [sic], la réduction desquels poursuivant ledit sieur de Janson, ledit sieur de la Roque prétend l’empêcher au moyen desdits prétentions qu’il est chargé quitter moyennant lesdits légats, comme est déclaré audit testament et codicille ».

Annibal nous a laissé, en effet, un « Mémoire de ce que feu ma mère me chargea de quitter à M. de Janson, mon frère, par son testament » 2200 écus qu’elle lui avait cédés sur Michellon, et les intérêts depuis vingt ans ; 400 écus retirés par elle d’un rentier de la Roque ; 300 écus dus par Saint André à Annibal, et retirés par elle ; 300 écus du prix de la maison d’Aix ( ?) ; de plus la communauté de la Roque lui avait cédé 1000 écus de principal, avec les intérêts de dix ans, soit 837 écus 20 sols, à recevoir de Madame de Janson, qu’Annibal n’avait jamais pu toucher de sa mère ; elle veut qu’il quitte aussi son frère de « tous les meubles et bétails » qu’elle était tenue de lui rendre par le testament de Gaspard de Forbin, de l’éviction de la maison ( ?) et de l’éviction de la place de Turriers ( ?).

« En récompense », elle ne lui a légué que 3000 écus qu’il lui devait pour le solde du prix de Turriers avec leurs intérêts depuis huit ans, les meubles de la maison d’Aix, « qui ne peuvent pas valoir deux cents écus », et par son codicille, 800 écus dus par la communauté d’Aix, 500 écus sur Courbons et 400 écus sur Saint André, ces deux dernières dès « assez mal assurées ».

« Quant à toutes autres prétentions que ladite dame a insérées dans son testament à l’encontre dudit de la Roque, son fils, ce ne sont que paroles à plaisir car ledit de la Roque ne lui doit rien que c’est ce qui est écrit ci-dessus, comme fera paraître par quittances quand il en sera besoin ».

Dans un inventaire de pièce du début du XVIIe siècle, nous trouvons mentionné « un autre sac où sont les mémoires et papiers concernant tout le différend que feu Madame de Janson pouvait avoir avec le sieur de la Roque, son fils ».

Nous trouvons la trace des travaux faits à la Roque par Annibal de Forbin dans un prix-fait de travaux au logis de Janson donné par son frère. Les prix-facteurs s’engagent à fournir à M. de Janson tout le bois de sapin nécessaire « au même prix qu’ils en ont de Monsieur de la Roque, frère dudit seigneur de Janson, à la charge que là où les mesures dudit bois seront moindres que celui qu’ils fournissent audit seigneur de la Roque, auquel cas ils déduiront dudit prix au prorata et à proportion de ce qui manquera ».

Le 14 août 1609, Annibal fait donation à dame Julie de Rouère, sa belle-soeur, femme d’Alexandre de Grimault, sieur de Cuges, de la somme de 1800 livres à lui due par ce dernier, et de plus, et après elle à Marguerite de Grimault, sa fille, des intérêts de la somme de 2100 écus qu’il avait à prendre sur les deniers de la vente de la terre d’Antibes.

Le 24 septembre suivant, un arrêt du conseil d’État validait les paiements faits par le Trésorier de l’Épargne aux créanciers Alexandre Grimaldi (ou de GRIMAULT), qui avait vendu au Roi sa moitié de la seigneurie d’Antibes au prix de 132 791 livres 5 sols. Camille Grimaldi, femme d’Annibal de Forbin, figure parmi les créanciers pour la somme de 13 800 livres.

Nous trouvons en 1610 la mention d’une cession de 1865 livres dues par la communauté d’Aups pour arrérages de pension, consentie par Annibal de Forbin à Jean Aguillenqui, trésorier des États.

On trouve également mentionnée, sans date, une déclaration d’Annibal passée en faveur de son frère Melchior, seigneur de Janson, devant Citrany, notaire à Aix.

On trouve également des procédures de la communauté d’Apt contre les péages de la Roque.

1611 - Le duel mortel infondé d'Annibal de FORBIN

Annibal de Forbin mourut tragiquement.

« M. le baron [d’Allemagne], son cher époux, nous dit-on, ayant quelque démeslé avec Monsieur de la Roque, son cousin-germain, il vidèrent ce différent à Aix, au faubourg des R. R. P. P. Cordeliers le 27 novembre 1611 par la mort de l’un et de l’autre. Dieu leur donna seulement le loisir de confesser leurs péchez pour trouver la vie dans les plaies de Jésus, n’ayant trouvé que la mort dans celle de leurs corps ; la grâce de Jésus répara la seconde vie, qui est celle de l’âme, lorsque leur colère destruisit celle du corps ».

Ce duel est évoqué dans Le vrai théâtre d’honneur et de chevalerie, où le Miroir héroïque de la noblesse. « Etrange duel du vicomte d’Allemagne et du sieur de la Roque et de leurs seconds : Les deux autres combats dont ce chapitre est principalement composé sont signalés à cause de l’étrange façon des armes qui furent choisies par les querellans. Le premier fut entre le sieur de la Roque et le vicomte d’Allemagne, tous deux provençaux, et tous deux si voisins que leur querelle ne procéda que du voisinage : car pour être trop près l’un de l’autre, et avoir des villages dont ils estoient conseigneurs, il arriva que leur bailles furent les premiers qui se querellèrent, et ensuitte leurs maistres épousèrent les querelles de leurs bailles. En ce païs-là, ils nomment de la sorte ceux qui représentent le seigneur du lieu en son absence ; en notre province de Dauphiné nous les appelons des chastelains.

Ces deux bailles donc, s’estant rencontrés un jour ensemble en cérémonie, se voulurent précéder l’un l’autre, chacun prétendant que son seigneur devoit estre le premier. Mais comme ils n’estoient pas gens à vuider leur différent par les armes, leur querelle ne passa point les paroles, qui furent bientost après rapportées par eux-mêmes à leurs seigneurs. Quelque temps après, Allemagne chassant dans un bois, y rencontra le baille de la Roque, qui chassoit aussi ; auquel il dit : « Et bien baille, vous avez voulu précéder le mien ? Mais s’il vous arrive d’y retourner, je vous donneray si serré sur les doigts, que l’envie ne vous en reprendra jamais ». « Monsieur, répondit le baille, j’ai un bon maistre qui me deffendra ». « Dittes à votre maistre, répliqua Allemagne, que je vous donneray et sur les oreilles, et à lui aussi ».

La Roque apprit incontinent tout le contenu de cette menace, et même le baille adjoustant à la lettre, n’oublia pas de bien exagérer le fait, et de dire qu’il avoit dit, et à lui aussi, ce qui pourtant n’estoit pas véritable, comme Allemagne tesmoigna depuis, disant qu’il n’avoit jamais parlé que du baille; nonobstant quoy, tient que la Roque fust esclaircy de cela, et que ses amis lui dissent qu’il n’estait point offensé en l’injure de son baille, il resolut toutefois de se battre avec Allemagne. Il avoit plus de soixante ans, et Allemagne en pouvoit avoir environ trente ; par quoy les billes n’estoient pas pareilles : mais à quoy ne nous fait resoudre la rage, quand elle s’empare de notre coeur. Ce pauvre gentilhomme hors de combat, et prest à faire une entrée naturelle dans le sepulcre, trouve moyen de l’anticiper par un duel, qu’il croyoit ne luy estre point desavantageux, si fort sa passion l’avoit aveuglé. Il fait faire deux poignards, et appelant son ennemy dans la ville d’Aix : « Monsieur, lui dit-il, vous estes jeune et je suis vieux ; vous auriez trop bon marché de moy si nous nous battions à coups d’épée : mais prenez un de ces deux poignards, et laissez-moy l’autre, pour tirer raison de l’offense que vous m’avez faite ». Allemagne ayant accepté ce beau party, il convindrent prendre deux seconds, qui furent le sieur de Vins pour la Roque, et le Cadet de Valernes pour Allemagne. En cet état ils sortirent de la ville, et sans aller plus loin que sur le fossé, les seconds s’étant écartés : la Roque dit à Allemagne : « Donne-moi la main » ; il la lui donne et se tenant ainsi tout deux fort près l’un de l’autre, ils se poignardèrent de la main droite.

La Rocque luy porte à son cou dans le corps, et receut celuy d’Allemagne dans la gorge dont il tõba mort tout incontinent, mais Allemagne eut encore assez de vie, pour aller séparer les secõds qui estoient déjà blessés tous deux ; et après cette séparation, comme il sentit approcher celles de son ame, il voulut prier Dieu ; mais la mort le prévint, ainsi qu’il mettoit les genoux à terre.

Voila selon mon advis un des plus furieux, et des plus enragés combats qui se soient jamais faits en France : car tant plus les armes sont courtes, tant plus il faut s’approcher, et l’on ne se peut guere servir de son adresse, ny de sa force.

Estant certain au reste, que si les duels eussent été permis selon leurs vray et ancien usage, ces deux gentilshommes ne se fussent point entretués si brutalement, sur une querelle si mal fondée. Il n’aurait jamais osé la disputer devant le prince, ny devant ses lieutenants. Et quand ils eussent eu l’imprudence de demander un combat si déraisonnable au souverain, il les eust fait plutôt châtier, ou grievement censurer, que le leur permettre ; et eux-mêmes s’ils eussent eu trente ou quarante jours pour y penser, ils auroient calmé leurs fureurs, et eussent eu honte de se vouloir arracher la vie pour un si petit sujet.

On avait rapporté l’histoire à Alexandre Dumas fils, qui pria Mme Lucas de Montigny « de rechercher à Aix un renseignement sur un duel au couteau qui aurait eu lieu au XVIIe siècle entre un Alexandre Dumas et un Fortin ou Forbin, ces deux adversaires ayant le bras gauche attaché l’un à l’autre. « Il me plairait assez, ajoutait-il, de descendre de cet Alexandre Dumas, mais comment ? ».

Ce duel aurait eu lieu sur l’emplacement actuel de la place Bellegarde, à Aix.

Duel tragique au porte de la ville – image générée par l’IA ChatGPT à la lecture du texte ci-dessus – octobre 2026 

Dès le 6 mai 1603, Annibal de Forbin, seigneur de la Roque, Gontard et Turriès avait fait son testament. Il y nomme sa femme, Camille de Grimaud, ses filles, Marguerite, Diane, Sibylle

et Julie ; son fils Gaspard, auquel il lègue la seigneurie de Turriès ; Melchior et François, ses autres fils, substitués à Gaspard pour la dite seigneurie ; sa mère Marguerite de Pontevès, dame de Janson, son frère Melchior, seigneur de Janson. Il institue héritier Jean-Baptiste de Forbin, son fils aîné, et nomme exécuteur testamentaire M. de Valavoire, son cousin, et M. d’Esparron, son beau-frère. Sépulture dans l’église de Notre-Dame de Grâce du Thouret-lès-la Tour d’Aigues, au tombeau de son père, ou au Carmes d’Aix, s’il meurt dans cette ville.

Longtemps après la mort d’Annibal, ses biens devaient donner lieu à contestations par l’extinction de la postérité masculine de son fils aîné. Jean-Baptiste de Forbin, fils de son fils cadet, réclama à l’ouverture à son profit du fidéicommis et des substitutions établis par les testaments d’Antoinette de la Terre et d’Annibal de Forbin, sur les biens qui composaient leurs successions. Une transaction intervint entre lui et Mathias de Milan, fils de Gabrielle de Forbin, fille unique de Melchior de Forbin, marquis de la Roque, le 25 février 1697.

On trouve, le 26 août 1613, donc après la mort d’Annibal, une « présentation » en son nom. Camille Grimaldi, veuve d’Annibal de Forbin, déclare, dans un acte du 17 mai 1617, avoir, depuis la mort de son mari, administré les biens de la succession de son mari ; et ayant fait de nombreuses acquisitions, tant du sien propre que des deniers de son fils, elle spécifie les biens acquis avec l’argent de ce dernier et l’en reconnaît légitime propriétaire.

Nous retrouvons encore Camille Grimaldi dans deux actes du 15 février 1625. Par l’un, elle donne à ses fils François et Allemant, qui partent pour Malte, « y faire leurs voeux et vaquer aux exercices auxquels les chevaliers de la dite religion sont occupés », savoir : 2000 livres au premier et 1000 livres au second.

Par le second, François de Forbin, faisant abandon de ses biens à Jean-Baptiste, son frère aîné, déclare réserver à sa mère une somme de 2475 livres.

Camille Grimaldi d’Antibes fut ensevelie à Aix, aux Grands Carmes, le 20 avril 1626578, après avoir testé en faveur de Melchior de Forbin son petit-fils.

Les enfants d'Annibal de FORBIN et Camille GRIMALDI

 Du mariage d’Annibal de Forbin et de Camille Grimaldi était issus de nombreux enfants :

  • 1. Jean-Baptiste, qui continua la branche de la Roque
  • 2. Gaspard, mort sans avoir été marié 
  • 3. Melchior, qui fit la branche des seigneurs de Turriers 
  • 4. François, chevalier de Malte
  • 5. Allemand, chevalier de Malte
  • 6. Annibal, chevalier de Malte
  • 7. Amédée, capucin
  • 8. Marguerite, mentionnée dans le testament de son père, depuis religieuse
  • 9. Diane, religieuse à Cavaillon
  • 10. Jeanne, morte jeune
  • 11. Sibylle, dame de Guérin-Castellet
  • 12. Julie, mentionnée dans le testament de son père, religieuse
  • 13. Angélique, religieuse bénédictine
  • 14. Claire, carmélite à Avignon
  • 15. Marie, religieuse de Ste Claire
  • 16. Euphrosine, religieuse carmélite

 

Leurs portraits

Les portraits d’Annibal de Forbin et de Camille Grimaldi, sa femme, existaient autrefois au château de la Roque, chez le marquis de Florans. Il les donna au marquis de Forbin la Barben en s’en réservant des copies. Ils ont été ensuite exposés dans l’hôtel d’Aix. Antoine de Forbin la Barben les a donnés au marquis de Forbin des Issarts vers 1980.

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