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Napoléon à Sisteron 1815

Le premier rassemblement familial des GINOUX et familles alliées post confinement, s’est déroulé en octobre 2021 à Sisteron. Cette ville a été choisie car proche des hameaux d’origine de la famille FABRE. La ville de Sisteron à travers sa citadelle est toute imprégnée de Napoléon Bonaparte pourtant passé rapidement, en mars 1815, dans cette ville à priori non favorable à son retour de l’île d’Elbe.

Parti le 1er Mars 1815 de Golfe Juan-Vallauris, pour rejoindre Grenoble, Napoléon décide d’emprunter une route qu’il voulait directe pour Paris et sans trop d’embûches.

A Sainte-Hélène, Napoléon aimait à rappeler à son entourage les épisodes marquants de son retour de l’Ile d’Elbe et il ne cachait pas combien il avait éprouvé de vives inquiétudes pendant les cinq premiers jours de cette épopée. Ces inquiétudes étaient amplement justifiées, mais là où vraiment tout risqua d’échouer, ce fut devant la Citadelle de Sisteron : le site, les fortifications, une population et un maire royaliste…

Les possibilités de résistance pouvaient à cet endroit venir facilement à bout de l’audacieuse équipée. Le 4 mars 1815 au soir, dès son arrivée à Malijai, Napoléon avait expédié Cambronne et cent cavaliers sur la route des Alpes, ayant pour mission de parvenir à Sisteron à marche forcée, il fallait que la ville fut investie coûte que coûte.

Ce ne fut que le 5 au matin à 2 heures, que l’Empereur retrouva sa « sérénité » lorsqu’un cavalier revenu de Sisteron lui annonça que la ville était soumise, et toute résistance étouffée.

Vers les 10 heures du matin, Sisteron s’offrit sans défense à l’Empereur « Soldats, nous voilà sauvés, nous sommes à Paris ! » Il entre dans la ville et descend à l’hôtel du Bras d’Or, de la rue Saunerie ( plaque souvenir) .

Après s’être restauré, la population commence à se rassembler et devient nerveuse, Napoléon décide alors de quitter rapidement Sisteron, trois heures à peine après y être entré.

Extrait du site https://www.tourisme-alpes-haute-provence.com/

Le Maire royaliste de Sisteron, Jean Joseph Laurent De Gombert raconte son entrevue avec l’Empereur

Jean Joseph Laurent De Gombert l’a écrit, et son petit-fils, Pierre, a repris son récit dans son livre «  « Napoléon de l’Ile d’Elbe à la Citadelle de Sisteron ». Jean Joseph Laurent de Gombert est royaliste et le passage à Sisteron de l’Empereur, de retour de l’Ile d’Elbe, qui remonte vers Paris, est tout simplement inconcevable pour lui.

Et par loyauté envers le Roi, il fera tout ce qui est en son pouvoir pour, au mieux, retarder la marche de l’Empereur. Sans succès, et le 5 mars pourtant, il se résigne à accueillir l’Empereur. Pour rester au plus près de l’histoire, je vais vous relater la rencontre avec Napoléon, telle que Jean Joseph Laurent De Gombert, Maire de l’époque donc, les a rapportés dans ses écrits :

« Napoléon, en capote grise nous apparut à cheval, au milieu d’une centaine de cavaliers ». L’empereur s’adresse au Sous-Préfet :

« Y a –t-il longtemps que vous êtes sous-préfet à Sisteron ?

– Sire, lui répond celui-ci, depuis votre avènement.

– Et vous, Monsieur le Maire ?

– Sire, lui répondis-je, depuis 8 ans.

– Eh bien, répliqua Bonaparte, j’ai grand plaisir à vous voir ! »

Et en même temps, il tourna bride, poussa son cheval et continua sa route vers la ville.  Quoique ce fut un dimanche, il ne se trouvait là qu’un petit nombre d’enfants du peuple, dont quelques-uns, excités par l’exemple des gens de sa suite, laissèrent échapper le cri de « Vive l’empereur ! ».

Napoléon mit pied à terre à l’hôtel du Bras d’or, au centre de la ville, et ne fut accueilli, dans le trajet qu’il parcourut pour s’y rendre, que par un morne silence qui décelait la plus profonde consternation.

Le sous-préfet et le maire, qui avaient lentement suivi le cortège, en étaient encore loin quand un officier vint leur dire que Sa Majesté désirait avoir un entretien avec eux. L’un et l’autre se rendent à cet hôtel ; le sous-préfet est introduit le premier dans l’appartement et y reste quelque temps. Le maire introduit à son tour, Napoléon lui dit:

– « Vous êtes bien étonné, n’est-ce pas, Monsieur le maire, de me voir ici ?

– Mais, sire, on le serait à moins.

– Pourquoi cela, Monsieur le maire, pourquoi cela, ne suis-je pas le père des Français ?

Vous le voyez, j’arrive avec confiance, je n’ai pas beaucoup de monde.

– Il est fâcheux que Votre Majesté ne comptant pas abandonner la partie ne l’ait pas continuée l’année dernière.

A cette époque, sire, sur le simple appel que fit aux Français Marie-Louise pour la remonte de la cavalerie, je fis personnellement l’offrande d’un cheval aux prochains succès de vos armes ; j’étais donc alors bien évidemment tout à vous, comme nous l’étions tous, sire ; mais aujourd’hui, Sa Majesté le sait, son abdication a dû nous faire contracter de nouveaux engagements, et personne n’est mieux qu’elle, à même d’apprécier les sujets fidèles.

– Sans doute, Monsieur le maire, mais vous me parlez de mon abdication, je ne l’ai faite que dans les vrais intérêts des Français ; il fallait, l’année dernière, faire cesser l’effusion du sang ;

Aujourd’hui, le trône des Bourbons est entouré de la féodalité, il laisse dans les transes éternelles les acquéreurs des biens nationaux ; il faut que je profite de ces avantages.

– Mais, Sire, répond le Maire, votre abdication n’en est pas moins pour nous un fait accompli ; et puis, il fallait, dites-vous, faire cesser l’effusion du sang, Votre Majesté ne craint-elle pas de le faire verser plus abondamment encore cette année ?

– Pas du tout, Monsieur le maire, soyez tranquille ; il n’en sera pas versé une seule goutte, ni brûlé une amorce : deux régiments m’attendent à Gap, tout autant à Grenoble, et j’ai de bonnes nouvelles fraîches de Paris ; enfin, si l’armée est à moi, comme je m’en flatte, j’ai la certitude de remonter sur mon trône ;

Je n’ai pas passé par Marseille parce que les Marseillais ne sont pas mes amis.

Puis il ajouta : « Et vous, Monsieur le Maire, qu’étiez-vous avant la Révolution ?

– Sire, je suis né d’une ancienne famille noble.

– Aviez-vous des terres nobles ?

– Non, sire ; mais après avoir été sincèrement affligé de vos revers, j’ai dû sans peine voir succéder un état de choses qui seul, dans ma conviction, promettait la paix au monde.

Je préfère que vous le sachiez de ma bouche, plutôt que d’une autre, il n’a pas dépendu de moi que votre passage à Sisteron n’ait éprouvé des obstacles, car j’ai fait hier une proclamation qui n’était pas pour vous.

– Bah ! ce n’est rien, je sais que les Français sont des écrivassiers.

– Sire, outre qu’elle a été la conséquence de mon nouveau serment, j’avais de plus fait partie d’une députation pour aller présenter à Louis XVIII l’hommage des félicitations des habitants de ce département, et particulièrement de mes concitoyens.

– Mais ces sortes de députations sont gratuites ; vous êtes donc fort riche, monsieur le maire ?

– Il s’en faut de beaucoup, Sire ; mais, outre que je ne pouvais reculer devant un tel honneur, déterminé aux plus grands sacrifices pour l’éducation de mes enfants, je profitai de cette occasion pour les conduire moi-même à Paris.

 

Après ce colloque, Napoléon continuait à me questionner sur le nombre des officiers en demi-solde et des émigrés de Sisteron, lorsque la porte de l’appartement s’ouvrit ;

C’était le général Bertrand qui, la refermant brusquement, jette sur moi un regard foudroyant, qu’il porte successivement sur Napoléon et sur moi, comme pour lui dire qu’il restait bien longtemps avec un de ses pires ennemis.

Bonaparte comprit son langage muet et me congédia par ces mots :

– « Allez, Monsieur le maire, maintenez toujours le bon ordre dans votre commune. »

Je lui fis une profonde révérence et lui dis en le quittant :

« Quelle que soit, Sire, l’issue des événements qui se préparent, et tout ce qu’a eu pour moi de pénible l’aveu de ma conduite, je n’en conserverai pas moins le plus mémorable souvenir de l’honneur que sa Majesté a bien voulu me faire, de les écouter avec bonté. »

Un montage de la commémoration du bicentenaire du retour de Napoléon de l’île d’Elbe à Sisteron

L’arrivée de Napoléon à Grenoble

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